Russie vs Ukraine: Lavrov refuse de rencontrer son homologue ukrainien

Russie vs Ukraine: Lavrov refuse de rencontrer son homologue ukrainien
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Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a refusé de voir son homologue ukrainien Andrii Dechtchitsa mercredi à Paris, conduisant ce dernier à décider de quitter la France avant de changer d'avis, selon des sources diplomatiques.

En dépit des pressions britannique et américaine, "Sergueï Lavrov a refusé de voir" Andrii Dechtchitsa, a indiqué l'ambassade d'Ukraine à Paris. Ce dernier a alors décidé de quitter la France pour regagner l'Ukraine, mais il y a eu ensuite "un changement de plan", selon la même source.

Entre-temps, les Etats-Unis avaient fait savoir que le ministre ukrainien n'avait pas quitté la France. Non prévu à l'origine, Andrii Dechtchitsa était arrivé mardi soir à Paris à l'initiative du secrétaire d'Etat américain John Kerry. Ce dernier s'était rendu mardi à Kiev afin d'apporter son soutien au nouveau gouvernement ukrainien, dont Moscou ne reconnaît pas la légitimité.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères "n'est pas parti et envisage de rester à Paris pour d'autres discussions", a indiqué un responsable américain. Mercredi en milieu d'après-midi, une rencontre se tenait entre MM. Kerry et Lavrov à Paris. Les deux hommes s'étaient une première fois retrouvés au Palais de l'Elysée à l'occasion d'une réunion internationale sur le Liban organisée par le président français François Hollande.

Les Occidentaux multiplient les pressions sur la Russie pour obtenir une "désescalade" de la crise ukrainienne avant un sommet européen extraordinaire jeudi à Bruxelles où ils ont promis de prendre des sanctions si Moscou ne montrait pas de souplesse à l'égard de la crise en Ukraine.

L'administration régionale de Donetsk reprise par les pro-russes

Un millier de manifestants pro-russes ont pris d'assaut mercredi l'administration régionale de la région russophone de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, reprenant le contrôle des lieux dont ils avaient été délogés le matin même, et y ont hissé le drapeau russe.

Une dizaine de personnes ont été blessées, certaines ayant le visage en sang, lorsque les contestataires ont franchi le cordon des forces de l'ordre aux cris de "Russie! " et "le fascisme ne passera pas! ".

Ils ont forcé les portes du bâtiment et en ont occupé les trois étages inférieurs.

Depuis lundi, une centaine de partisans d'une intégration de cette région minière, fief du président déchu Viktor Ianoukovitch, à la Fédération de Russie, occupaient une partie de l'administration du gouverneur et y avaient hissé le drapeau russe blanc bleu rouge à la place du drapeau ukrainien jaune et bleu.

Dans la matinée de mercredi, la police les avait évacués dans le calme, au prétexte d'une alerte à la bombe, et le drapeau ukrainien avait été de nouveau hissé.

Mardi, une manifestation réunissant à l'inverse les partisans des nouvelles autorités et en faveur de l'intégrité territoriale de l'Ukraine avait rassemblé 1.500 personnes, brandissant des pancartes: "Je suis de Donetsk, je suis Ukrainien", "Nous ne voulons pas entrer dans la Russie. Touristes, rentrez chez vous! "

Un rassemblement favorable au pouvoir en place à Kiev devait se tenir mercredi soir.

La Russie ne "permettra pas de bain de sang"

"Nous ne permettrons pas un bain de sang en Ukraine. Nous ne permettrons aucun attentat contre la vie et la santé de ceux qui vivent en Ukraine, ni contre les Russes qui vivent en Ukraine", a affirmé Sergueï Lavrov. Le ministre russe a réaffirmé que Moscou n'avait "aucune autorité" sur "les forces d'autodéfense" déployées en Crimée.

"Je voudrais que l'on explique ce que sont les forces pro-russes. Si ce sont les forces d'autodéfense créées par les habitants de Crimée, nous n'avons aucune autorité sur elles. Elles ne reçoivent aucun ordre de notre part", a déclaré Sergueï Lavrov, interrogé pour savoir si la Russie allait retirer les "forces pro-russes" de Crimée. "Quant aux militaires russes de la flotte de la mer Noire, ils se trouvent dans leurs lieux d'affectation", a-t-il ajouté.

C'est dans ce contexte tendu que le chef de la diplomatie américaine retrouve à Paris mercredi son homologue russe Sergueï Lavrov, pour la première fois depuis la mise sous tutelle russe de la Crimée, à l'occasion d'une réunion organisée par le président français François Hollande sur le Liban. Une rencontre entre les deux responsables, qui se sont beaucoup invectivé au cours des derniers jours, pourrait avoir lieu dans l'après-midi.

Il n'est pas exclu non plus que le président français, hôte de cette réunion prévue de longue date, n'en profite pas pour réunir les principaux acteurs impliqués dans la crise ukrainienne, russe et occidentaux. La réunion internationale sur le Liban est prévue entre 13h et 16h à l'Elysée.

35 observateurs de l'OSCE déployés en Ukraine à la demande de Kiev

Un total de 35 observateurs militaires non armés, provenant de 18 pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), vont être envoyés pour répondre à une demande de l'Ukraine, a annoncé mercredi l'organisation. Une source diplomatique avait déjà annoncé à l'AFP qu'au moins quinze pays participeraient.

"Quinze pays, dont les Etats-Unis et d'autres pays européens et d'Asie centrale, participent à cette mission", avait indiqué cette source diplomatique. Jusqu'à présent, 18 pays membres de l'organisation basée à Vienne se sont portés volontaires pour participer à la mission, notamment les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, le Canada ou encore le Royaume-Uni, a pour sa part confirmé l'organisation.

"Ce sont des observateurs militaires mais non armés. Ils ne partent pas en tant que soldats", a précisé une porte-parole. Ils interviennent dans le cadre du Document de Vienne, adopté en 1990 et révisé pour la dernière fois en 2011, dont l'Article III est activé pour la première fois avec cette mission.

Ce document encourage notamment les pays membres de l'OSCE à inviter d'autres Etats membres à observer certaines activités militaires ou encore à accepter jusqu'à trois inspections de leurs sites militaires par an. Il prévoit aussi des consultations et des coopérations "en cas d'activités militaires inhabituelles ou de tensions accrues".

Les militaires sont en chemin vers l'Ukraine et la ville d'Odessa, dans le sud du pays. Kiev avait adressé une demande à l'OSCE pour l'envoi d'une telle mission du 5 au 12 mars.

L'OSCE précise que ce type de missions est quelque chose de fréquent. "Il y a eu à peu près 90 missions de ce genre au cours des 15 dernières années. Cela se fait très régulièrement", selon la porte-parole.

Lundi, les Etats-Unis avaient exigé l'envoi "immédiat" d'une mission d'observateurs afin d'"assurer la protection des droits des minorités" et "veiller au respect de l'intégrité territoriale".

La Russie avait fait part de ses doutes sur l'efficacité d'une telle mission, rappelant le précédent de la mission de l'OSCE en Ossétie du sud, qui n'avait "pas aidé, mais aggravé la situation".

"J'espère que cette mission va aider à une désescalade des tensions en Ukraine", a expliqué le secrétaire général de l'OSCE, Lamberto Zannier, dans un communiqué.

Paris et Berlin veulent proposer un plan de sortie de crise

La France et l'Allemagne veulent proposer un "plan de sortie" de crise en Ukraine qui pourrait être discuté à Paris, a indiqué le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

"L'Allemagne et la France qui travaillent ensemble, main dans la main, ont mis au point une espèce de proposition de plan de sortie (sur l'Ukraine) et on va voir s'il est accepté qu'il soit discuté" mercredi, a déclaré Laurent Fabius à la radio.

Ce plan, a-t-il détaillé, revient sur certains points de l'accord du 21 février conclu à Kiev après plusieurs journées d'affrontements violents entre autorités et manifestants pro-européens: "un gouvernement d'union, le fait que les Russes se retireraient, le fait que s'il y a des milices extrémistes, elles seraient dissoutes, et le fait que la constitution de 2004 s'applique et qu'on aille vers une élection présidentielle".

"On va parler du Liban mais on profite que tous nos grands collègues sont là pour traiter également la question ukrainienne", a souligné Laurent Fabius.

L'idée d'établir un groupe de contact sur l'Ukraine, déjà évoquée avec le président russe Vladimir Poutine par la chancelière allemande Angela Merkel, sera à l'ordre du jour. "On essaie avec nos amis allemands d'établir ce groupe, on va en parler ce matin, parallèlement. Peut-être va-t-on y arriver mais je n'en sais rien", a poursuivi Laurent Fabius.

A la veille d'un sommet extraordinaire européen sur l'Ukraine, jeudi à Bruxelles, qui pourrait décider de sanctions contre la Russie s'il n'y a pas de désescalade dans la tension, le ministre français a précisé que "la désescalade, ça veut dire accepter le groupe de contact pour une sortie" de crise.

Fermeté américaine

S'exprimant pour la première fois à Kiev depuis l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle équipe pro-européenne, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait pris mardi son ton le plus ferme pour critiquer le président Vladimir Poutine.

"Je pense qu'il est clair que la Russie fait tout son possible pour créer un prétexte pour pouvoir envahir davantage l'Ukraine", a-t-il dénoncé lors d'une conférence de presse.

Dans le même temps à Washington, le président Barack Obama a carrément mis en doute la bonne foi de Vladimir Poutine, affirmant que ses déclarations "ne trompent personne".

Porte de sortie

La fermeté américaine n'empêche pas Washington de chercher une porte de sortie pour la Russie.

L'idée, mentionnée par Barack Obama lors de l'appel téléphonique à son homologue russe samedi, est de répondre point par point aux inquiétudes formulées par Moscou au sujet de la situation chez son voisin, a précisé un haut responsable de la Maison Blanche.

Après plus de trois mois de crise politique dans l'ex-république soviétique aboutissant à la destitution du président Viktor Ianoukovitch, la prise de contrôle de la plus grande partie de la Crimée par des forces russes a provoqué des tensions inédites depuis la chute de l'URSS entre Moscou et les pays occidentaux.

"Nous pouvons parvenir à une désescalade", a toutefois assuré M. Obama mardi soir.

John Kerry a également assuré ne pas chercher la "confrontation" avec Moscou. Le secrétaire d'Etat américain s'est tout de même étranglé lorsqu'un journaliste lui a demandé de réagir au démenti du président russe , qui a évoqué des groupes "d'autodéfense". "Il a vraiment nié la présence de troupes en Crimée?" a-t-il demandé.

Poutine dénonce un "coup d'Etat"

Un peu plus tôt, Vladimir Poutine était en effet sorti de son silence pour nier toute implication russe en Ukraine et dénoncer un "coup d'Etat" contre le "seul président légitime", Viktor Ianoukovitch.

Alors que les Ukrainiens et les Occidentaux craignaient une opération militaire de grande envergure en Ukraine, le chef de l'Etat russe a estimé que l'envoi de troupes russes n'était "pas nécessaire pour le moment".

En fait, M. Poutine n'a pas entièrement écarté cette option. "Cette possibilité existe", a-t-il dit, précisant que la Russie se réservait le droit de recourir à "tous les moyens" pour protéger ses citoyens dans cette ancienne république soviétique, notamment en Crimée qui compte 60% d'habitants d'origine russe.

Vladimir Poutine, avare de déclarations depuis la destitution le 22 février du président Ianoukovitch après trois mois d'une contestation qui a tourné à la confrontation violente se soldant par la mort de 98 personnes à travers le pays, s'est longuement expliqué.

Les forces russes prennent le contrôle partiel de bases en Crimée

Les forces russes ont pris le contrôle partiel de deux bases de lancement de missiles en Crimée. La première se situe à Evpatoria, dans l'ouest de la Crimée, et la seconde à Fiolent dans le sud de la Crimée, ont indiqué mercredi un porte-parole du ministère ukrainien de la Défense dans cette république autonome russophone et un officiel ukrainien.

Le poste de commandement et le centre de contrôle de la base d'Evpatoria restent sous contrôle ukrainien. Les lieux, d'où les missiles avaient déjà été évacués, avaient été assaillis mardi en fin d'après-midi par une vingtaine de soldats russes assistés de plusieurs centaines de manifestants pro-russes, avait indiqué mardi une source ukrainienne à l'AFP. A Fiolent, des soldats ont pénétré dans la base située à proximité du port de Sébastopol qui abrite la flotte russe de la mer Noire, a indiqué un officiel ukrainien, Volodymyr Bova. "Il y a des missiles mais ils sont désarmés", a-t-il précisé.

Environ 16 000 soldats, dont au moins 5000 arrivés ces derniers jours, occupent la Crimée où ils cernent la plupart des sites stratégiques (navires de guerre, casernes, bâtiments de l'administration).

D'après AFP

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