Dans son discours sur l'état de la Nation, Vladimir Poutine promet l'immunité collective contre le coronavirus à l'automne

Le président russe Vladimir Poutine a commencé mercredi son grand discours annuel sur l’état de la Nation, en pleine période de tensions avec les Occidentaux et avant des manifestations prévues en soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny. Vladimir Poutine s’exprime devant les deux chambres du Parlement, le gouvernement et les gouverneurs régionaux pour fixer ses priorités pour le pays.

Le président russe a déclaré viser une immunité collective contre le Covid-19 en Russie à l’automne, saluant la "véritable percée" scientifique de son pays avec la création de trois vaccins. "La Russie dispose désormais de trois vaccins fiables contre le coronavirus", dont son injection phare, le Spoutnik V, a poursuivi Vladimir Poutine.

Des frontières sous contrôle

Notant la "retenue" de ses compatriotes qui ont "respecté des mesures de précaution épuisantes", le président russe les a appelés à se faire vacciner, alors que la campagne d’immunisation connaît des lenteurs en Russie, sur fond de méfiance de la population. Vladimir Poutine a également dit vouloir "garder toutes les frontières sous contrôle pour ralentir la propagation" du virus.

Ces propos optimistes viennent pourtant au lendemain d’inquiétudes du bourgmestre de Moscou, Sergueï Sobianine, qui a relevé une dégradation de la situation épidémiologique dans la capitale russe. Sergueï Sobianine veut lancer "un programme de stimulation de la vaccination des personnes âgées" pour éviter de mesures de confinement dures comme en Europe.

2000 nouveaux cas quotidiens à Moscou

Moscou a enregistré quelque 2000 nouveaux cas quotidiens ces derniers jours et la Russie entre 8000 et 9000 cas chaque jour au mois d’avril. Pour protéger l’économie, la capitale et le reste du pays n’ont pas introduit de confinement lors de la seconde vague qui a frappé la Russie de plein fouet à l’automne 2020.

Selon l’institut Gamaleïa, qui a créé le vaccin Spoutnik V, 3,8 millions personnes ont reçu les deux doses alors que la Russie compte 146 millions d’habitants. Les chiffres de la mortalité divergent fortement selon les sources : le gouvernement reconnaissait mercredi 106.706 décès, quand l’agence des statistiques Rosstat en avait recensé au moins 224.000 fin février, ce qui place la Russie parmi les pays les plus meurtris au monde.

Une ligne rouge à ne pas franchir

Vladimir Poutine a promis mercredi à ses rivaux étrangers une riposte "dure" s’ils tentaient de s’en prendre à la Russie, sur fond de tensions croissantes avec l’Occident et avant des manifestations d’opposition menacées de répression. Washington et l’UE dénoncent depuis des semaines la Russie pour avoir déployé des dizaines de milliers de troupes aux frontières de l’Ukraine. Ils critiquent sans relâche l’emprisonnement du principal détracteur du Kremlin, Alexeï Navalny, en grève de la faim depuis trois semaines et qui serait mourant selon ses proches.

Le président russe, dans son grand discours annuel, n’a pas parlé directement de ces dossiers, mais a adressé une mise en garde à ses adversaires étrangers : "Si quelqu’un prend nos bonnes intentions pour une faiblesse […] qu’ils sachent que la réponse russe sera asymétrique et dure. J’espère que personne n’aura l’idée de franchir une ligne rouge avec la Russie", a-t-il déclaré, jugeant que s’en prendre à son pays "pour tout et n’importe quoi est devenu une sorte de sport".

La Russie, du fait du conflit en Ukraine, de la répression de l’opposition, d’accusations de cyberattaques, d’espionnage et d’ingérences électorales a été la cible de multiples sanctions occidentales, entraînant à chaque fois une riposte russe. Mais le seul dossier international précis que le président russe a abordé est celui d’une "tentative d’organiser un coup d’État et l’assassinat du président du Bélarus", mis au jour le week-end dernier selon les services de sécurité des deux pays.

Vladimir Poutine a dénoncé le silence occidental dans cette affaire, à la veille d’une rencontre à Moscou avec son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko, honni en Occident du fait de la répression brutale d’un mouvement de contestation depuis août 2020. Sur le plan domestique, la crise économique et sanitaire due au Covid-19 a figuré en bonne place du discours du président russe, d’autant que des législatives sont prévues en septembre.

Le silence sur Navalny

Sans surprise, M. Poutine n’a dit mot du sort de celui dont le nom est sur toutes les lèvres : Alexeï Navalny, qui a cessé de s’alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, dont l’Occident réclame la libération et dont l’empoisonnement en août 2020 impliquerait les services spéciaux russes.

Dans l’espoir de peser en ce jour de discours présidentiel, ses partisans ont appelé à des manifestations dans une centaine de villes à 19h00 locales le long des neuf fuseaux horaires. "Pour obtenir des élections honnêtes et la libération de prisonniers politiques il faut des centaines de milliers, des millions de gens dans la rue et pas une fois, mais autant de fois que nécessaire", a estimé sur YouTube Leonid Volkov, un proche l’opposant russe qui s’est exilé.

Dès la semaine prochaine, la justice doit examiner une demande du Parquet visant à classer comme "extrémistes" les organisations liées à l’opposant, ce qui exposerait tous ses militants à de lourdes peines de prison.

 

Spoutnik, le vaccin russe : JT 5 décembre 2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK