Elections en Russie: une webcam enregistre un bourrage d'urnes

Les images, visibles ci-contre, montrent plusieurs personnes qui pendant plusieurs minutes glissent des dizaines de
bulletins dans deux urnes, sans se dépêcher et sans s'interrompre quand viennent voter d'autres électeurs.
     
"Nous avons visionné la vidéo. La caméra a fixé le bourrage d'urnes dans le bureau de vote 1402 au Daguestan. Nous avons aussi reçu des plaintes de ce bureau. Je vous assure que le résultat de ce bureau sera invalidé", a déclaré le vice-président de la commission électorale centrale Léonid Ivlev, cité par l'agence Ria Novosti.
     
Vladimir Poutine a ordonné l'installation de webcams dans tous les bureaux de vote après les manifestations d'opposition protestant contre des fraudes aux législatives de décembre.
     
Le chef de la campagne de Vladimir Poutine, Stanislav Govoroukhine, a estimé qu'il ne s'agissait pas forcément d'un bourrage d'urnes.
     
"Selon toute vraisemblance, les responsables mettaient ainsi les bulletins d'une petite urne mobile parce qu'il faut être idiot pour bourrer les urnes au vu de tout le monde, " a déclaré Stanislav Govoroukhine cité par l'agence Ria Novosti.
     
"Mais si la fraude se confirme, nous allons contester les résultats dans ce bureau", a-t-il souligné.

Des drôles de jeunes électeurs

De drôles de jeunes électeurs ont afflué dimanche à Moscou à bord de nombreux autobus venus de différentes régions de Russie pour voter dans la capitale, alors que des témoignages sur des fraudes électorales affluaient dès les premières heures du scrutin.

Plus d'une centaine d'autobus remplis de jeunes gens, souvent à peine majeurs, étaient regroupés sur la place du Marécage et dans des rues voisines, près du Kremlin, après des "voyages électoraux" visiblement organisés et au motif pour le moins flou.

Des associations et médias indépendants ont dénoncé à la veille du scrutin la technique du "manège", qui consiste à faire voter plusieurs fois dans des bureaux des électeurs transportés en autocar.

Interrogés par l'AFP sur la raison de ces voyages de parfois plus de 1000 km pour venir voter à Moscou, ces jeunes électeurs s'exprimant sous couvert d'anonymat ont refusé de fournir des explications mais affirmé pour certains qu'ils avaient voté Poutine.

Mais pourquoi venir de Briansk (400 km au sud-ouest de Moscou) pour voter? "Pour des élections honnêtes", sourit une jeune femme en reprenant le slogan de l'opposition anti-Poutine qui dénonce des fraudes.
Le voyage aurait-il été organisé par le parti Russie unie de Vladimir Poutine?
"Non", dit-elle. Par qui alors? "Hum, difficile à expliquer", dit-elle.
Un jeune homme de Saransk (500 km à l'est de Moscou) affirme être venu dans la capitale "pour soutenir Vladimir Vladimirovitch. J'ai voté Poutine", dit-il.
Mais pourquoi faire un tel voyage? Etait-ce à la demande quelqu'un? "Non, juste comme ça", dit-il.
Un autre jeune qui votait visiblement pour la première fois après être arrivé de Belomorsk (1300 km au nord de Moscou) est tout aussi laconique: "J'avais juste envie de venir à Moscou", dit-il en souriant avant de courir vers le bus qui l'attend.

Le mouvement de jeunesse pro-Kremlin Nachi (Les Nôtres) a fait savoir dans un communiqué avoir organisé le transport à Moscou pour 20 000 de ses membres venus "participer aux manifestations prévues pour empêcher l'opposition de déstabiliser la situation" et leur permettre à cette occasion de voter sur place.

Mais les participants ont apparemment eu pour consigne de ne rien dévoiler.

Fraudes dans de nombreux bureaux selon l'opposition

"Les mêmes personnes votent dans les bureaux de vote n°2164 et 2166" de Moscou, indique sur son site le parti démocrate Iabloko, qui a déployé de nombreux observateurs à travers la Russie.
"A Vladivostok, au bureau n°155, des électeurs ont découvert (en arrivant) qu'ils avaient déjà voté", recense encore le parti, dont le candidat, Grigori Iavlinski, a été disqualifié pour l'élection fin janvier, au motif d'irrégularités dans la collecte des deux millions de signatures de soutien.
Le parti communiste dénonce lui aussi toute une série de fraudes, comme celle commise selon ses observateurs dans un bureau de vote de la région de Kirov (est de Moscou), où une liasse de bulletins a été jetée dans l'urne. L'ONG Golos, qui réalise une carte des fraudes interactive en ligne en coopération avec l'édition russe du magazine américain Forbes, recensait de son côté vers 12h30 heure de Moscou (08h30 GMT) plusieurs centaines de violations.
Belga
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