Rupture d'un glacier dans l'Himalaya : conséquence du réchauffement climatique et du "développement incohérent" des infrastructures

Au moins 170 personnes étaient toujours portées disparues ce lundi dans le nord de l’Inde et 14 corps ont été retrouvés au lendemain de la rupture d’un glacier de l’Himalaya, qui a provoqué une crue éclair en s’effondrant dans une rivière. Des centaines de militaires et paramilitaires épaulés par des hélicoptères et des avions militaires ont été dépêchés sur place pour participer aux opérations de secours. L’énorme masse d’eau a dévasté la vallée de la rivière Dhauliganga (un affluent du Gange), détruisant tout sur son passage, submergeant un complexe hydroélectrique et emportant des routes et des ponts. Le barrage a été ravagé par le déluge causé par la chute d’une partie d’un glacier qui s’est détachée d’une paroi de la montagne en amont.

Les autorités ont vidé deux autres barrages pour empêcher les eaux en furie de gonfler le Gange dans les villes de Rishikesh et Haridwar. Elles ont interdit aux habitants des deux villes de s’approcher des rives du fleuve sacré. Les villages dans les montagnes surplombant la rivière ont été évacués.

La zone dans laquelle cette catastrophe s’est produite est le parc national Nanda Devi, dans l’Etat de l’Uttarakhand, au nord de l'Inde, non loin de la frontière avec le TibetQuatorze glaciers y surplombent la rivière. "Les avalanches sont un phénomène courant dans la zone du bassin-versant", explique à l'AFP M.P.S. Bisht, le directeur du Centre d’applications spatiales de l’Uttarakhand. "De gros glissements de terrain se produisent également couramment". Ce genre de catastrophe est appelé à se reproduire car cette zone est victime à la fois du changement climatique et de la déforestation. Ces deux éléments augmentent le risque de rupture des glaciers, selon le climatologue français Jean Jouzel : "Des accidents ont déjà été observés au cours des dernières années, soit à travers des détachements de glaciers, soit à travers des lacs qui se sont formés au sein de glaciers à cause du réchauffement, et qui dévalent brusquement dans les vallées", explique-t-il sur l'antenne de France Info.

En 2013, des inondations dévastatrices dues à la mousson avaient tué 5748 personnes dans l’Etat, entraînant des appels à revoir les projets de développement dans l’Uttarakhand, en particulier dans les zones isolées comme celle du barrage de Rishi Ganga.

"Développement incohérent des routes, des voies ferrées et des centrales électriques dans les zones écologiquement fragiles"

Uma Bharti, une ancienne ministre des Ressources hydrauliques, a indiqué avoir demandé, lorsqu’elle était au gouvernement, le gel des projets hydroélectriques dans les régions himalayennes "sensibles" comme celles du Gange et de ses affluents.

Pour Vimlendhu Jha, fondateur de Swechha, une ONG de défense de l’environnement, ce désastre est un "sinistre rappel" des effets du changement climatique et du "développement incohérent des routes, des voies ferrées et des centrales électriques dans les zones écologiquement fragiles". "Les militants et les habitants n’ont cessé de s’opposer aux grands projets dans la vallée de la rivière", souligne-t-il, interrogé par l'AFP.

Deux tiers des glaciers de l'Himalaya pourraient disparaître

L'International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD), une organisation interouvernementale basée à Katmandou (Népal), a publié en 2019 une étude qui concluait que le réchauffement climatique serait responsable de la fonte de deux tiers des glaciers de l'Hindou Kouch et de l'Himalaya d'ici la fin de ce siècle si rien n'était fait pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Selon cette étude, en 2050, la température pourrait augmenter de 2°C en moyenne dans les montagnes où se situent ces glaciers, ce qui aurait un impact négatif direct pour les communautés locales, qui représentent 250 millions d'habitants.

Mais ce qui se passe dans l'Himalaya a des conséquences potentielles sur les zones arrosées par les rivières qui ont leur source dans ces glaciers, notamment des affluents du Gange, du Mékong et du Fleuve Jaune. Plus d'1,65 milliard de personnes vivent dans ces bassins fluviaux. Et le réchauffement causera un afflux d'eau qui pourrait provoquer des inondations et détruire les cultures. Les glissements de terrain, ruptures de ponts et de barrages seraient plus fréquents, augmentant la détresse de ces populations.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK