Rubygate: 7 ans de prison pour Silvio Berlusconi

Rubygate: Silvio Berlusconi condamné à 7 ans de prison et à l'inégibilité
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Rubygate: Silvio Berlusconi condamné à 7 ans de prison et à l'inégibilité - © AFP PHOTO / FILES/ FILIPPO MONTEFORTE/GIUSEPPE ARESU

L'ancien chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a été condamné lundi à 7 ans de prison et l'inégibilité par le tribunal de Milan dans le procès Rubygate, où il répondait d'abus de pouvoir et de prostitution de mineure, une décision qui risque de peser sur la stabilité politique de la péninsule.

La peine prononcée par le tribunal présidé par Giulia Turri a été assortie de l'interdiction à vie d'exercer un mandat public pour Silvio Berlusconi, âgé de 74 ans. Ces condamnations ne seront cependant effectives qu'une fois que l'accusé aura exercé tous les recours (en appel, en Cassation etc..) possibles.

Au terme de près de sept heures de délibérations, la juge Turri a souligné que Silvio Berlusconi a été condamné pour "abus de pouvoir sous la contrainte", durcissant sensiblement la peine requise par le parquet qui avait demandé "une peine de base" de 5 ans pour abus de pouvoir et un an de plus pour prostitution de mineure.

Un petit groupe d'une dizaine de manifestants a applaudi la condamnation avec des cris de joie et certains ont même entonné l'hymne italien.

L'un des avocats vedettes du Cavaliere, Niccolo Ghedini, a parlé de "verdict complètement déconnecté de la réalité" tout en affirmant qu'il s'attendait à une peine de cette ampleur.

Berlusconi déclare vouloir "résister" à la persécution"

L'ancien président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a fustigé "un verdict violent" et déclaré qu'il "résisterait à la persécution", dans une déclaration écrite.

"Encore une fois, j'entends résister à cette persécution, parce que suis absolument innocent", écrit le Cavaliere, dans sa première réaction à sa condamnation en première instance par un tribunal de Milan pour abus de pouvoir et prostitution de mineure, contre laquelle il a interjeté appel.

"J'étais vraiment convaincu qu'ils m'acquitteraient, parce que, dans les faits, il n'y a aucune possibilité de me condamner", a ajouté le Cavaliere. "Une sentence incroyable a été émise, d'une violence jamais vue auparavant, en vue de m'éliminer de la vie politique de ce pays", a-t-il poursuivi. "Ce n'est pas seulement une page de justice déficiente et une offense à tous les Italiens qui ont cru en moi et qui ont confiance en mon engagement pour le pays", a estimé Silvio Berlusconi.

Le Cavaliere a également été condamné à l'interdiction à vie de l'exercice de toute fonction publique.

Silvio Berlusconi, 76 ans, n'ira cependant pas en prison car ses avocats vont déposer un recours. Tant que cette peine n'est pas validée en Cour de Cassation, elle n'est pas exécutoire.

"La voleuse de coeurs"

Silvio Berlusconi était poursuivi pour avoir rémunéré une dizaine de prestations sexuelles de Karima El Mahroug, mineure à l'époque, qui se faisait appeler "Ruby la voleuse de coeurs" entre février et mai 2010. Il était aussi poursuivi pour avoir fait pression sur la préfecture de Milan dans la nuit du 27 au 28 mai 2010 pour faire libérer Ruby qui avait été interpellée pour un larcin.

Les trois magistrates qui jugeaient Silvio Berlusconi depuis l'ouverture du procès en avril 2011 ont également décidé la transmission des actes de procédure au parquet, en lui demandant d'enquêter sur de possibles fausses déclarations faites par certains témoins pendant le procès.

Une trentaine de jeunes femmes qui fréquentaient les soirées organisées dans la villa de Silvio Berlusconi à Arcore, près de Milan, avaient défilé à la barre, contredisant leurs déclarations faites selon des enregistrements d'écoutes téléphoniques. Elles juraient avoir participé à des dîners élégants, joyeux et arrosés, mais qui n'étaient absolument pas des orgies.

La procureure Ilda Boccassini avait demandé une "peine de base de cinq ans" pour le premier chef d'accusation -M. Berlusconi, alors Premier ministre, aurait utilisé sa position pour faire libérer la jeune Ruby interpellée à Milan pour un larcin-, "aggravée d'un an" pour avoir rémunéré les prestations sexuelles de cette mineure, un délit en Italie.

Pour sa part, la défense du Cavaliere avait demandé son acquittement pur et simple. "Silvio Berlusconi doit être acquitté car il n'a commis aucun délit", avait affirmé son avocat Niccolo Ghedini, dénonçant "les préjugés" des juges et du parquet à l'encontre de son célèbre client.

La thèse de Silvio Berlusconi est que des "magistrats rouges" (communistes, ndlr) tentent, en le poursuivant sur le plan juridique, de se substituer aux partis politiques de gauche qui n'ont pas réussi à le battre sur le plan politique.

Le verdict arrive quelques jours à peine après le rejet par la Cour constitutionnelle d'un recours très important pour Silvio Berlusconi, qui cherchait à obtenir l'annulation d'une condamnation pour fraude fiscale (procès Mediaset) risquant de le priver de tout mandat électoral.

Selon les médias, dans cette procédure, Silvio Berlusconi place désormais tous ses espoirs dans le verdict de Cassation attendu vers octobre/novembre pour annuler sa condamnation en appel à un an de prison et surtout à une interdiction de mandat public pendant cinq ans, qui pour cet homme de 77 ans, équivaudrait à une mort politique.

Depuis son entrée en politique en 1994, le Cavaliere a été condamné à un total de onze ans et cinq mois de prison ferme, dont trois ans couverts par une amnistie, pour des délits comme corruption, faux en bilan, financement illicite d'un parti politique ou autre, mais aucun de ces jugements n'a jusqu'à présent été définitif, Silvio Berlusconi ayant bénéficié soit d'un acquittement soit de la prescription, tandis que pour deux d'entre eux des recours et procédures d'appels sont en cours.

Avec AFP

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