RSF dénonce la mécanique de la peur pour mettre les journalistes sous pression

Des journalistes soumis à des intimidations, menacés, visés par des violences, assassinés : c'est ce qui ressort du classement que publie ce jeudi Reporters sans Frontières. Ce classement, RSF l'a élaboré sur base de critères comme la liberté de la presse, le pluralisme, les exactions contre les journalistes...

La Belgique est plutôt bien classée, 9e derrière la Norvège, la Finlande et la Suède, mais RSF pointe aussi ce qui ne va pas ailleurs et dénonce une "mécanique de la peur".

L'affaiblissement de la liberté de la presse est dû à plusieurs phénomènes. Plus qu'avant, les journalistes doivent faire face à des formes de pression. A Malte, en Italie, en Pologne, en France mais aussi chez nous en Belgique, on tente par exemple de les bâillonner par des procédures judiciaires et de leur faire abandonner leurs enquêtes.

En Italie (43e, +3), le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a envisagé de remettre en question la protection policière du journaliste Roberto Saviano suite à ses critiques contre lui. En Bulgarie, deux journalistes ont été placés en détention alors qu’ils enquêtaient depuis plusieurs mois sur des détournements de fonds européens.

Bashing et passage à l'acte

RSF dénonce aussi une stigmatisation des journalistes qui existait déjà en Russie ou aux Etats-Unis depuis l'arrivée de Donald Trump mais qui se répand en Europe de l'est et centrale. La Hongrie par exemple est classée 87e, avant-dernière de l'Union européenne.

Cette libération de la parole contre la profession et une rhétorique anti-média inquiète RSF. Des journalistes sont déclarés persona non grata, menacés et insultés par des personnalités au plus haut sommet du pouvoir. Cette tendance s’amplifie, notamment en France (32e), où le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a estimé que la haine des journalistes était “saine et juste”.

En Hongrie (87e, -14 places), le refus des responsables du parti de Viktor Orban de parler aux journalistes qui ne sont pas affiliés aux médias "amis du Fidesz" est une constante. Viktor Orban a refusé il y a quelques mois de répondre aux questions posées par la chaîne d'information HírTV, arguant que le média n’était qu’un concentré de "fausses informations". Certains journalistes n’ont plus le droit de s’adresser à des membres du gouvernement ni de poser des questions lors des conférences de presse.

"Si le débat politique glisse subrepticement ou manifestement vers une ambiance de guerre civile, où les journalistes font figure de victimes expiatoires, les modèles démocratiques sont en grand danger, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Enrayer cette mécanique de la peur est une urgence absolue pour les femmes et les hommes de bonne volonté, attachés aux libertés acquises au long de l’histoire."

Cette méfiance a débouché sur des violences, lors de manifestations, de la part de certains gilets jaunes.

Assassinats

Une autre violence, encore plus directe, vise aussi les médias : en Slovaquie, à Malte, en Bulgarie, des journalistes ont été assassinés.  On est passé de la parole aux actes, constate RSF. Ce sont souvent des journalistes d'investigation, qui enquêtent sur la mafia qui en sont les victimes.

Au Monténégro (104e), il a fallu plusieurs mois aux autorités pour arrêter les auteurs d’une agression contre la journaliste d’investigation Olivera Lakic - spécialiste du crime et de la corruption -, blessée par balle devant son domicile en mai.

Des remontées et des mauvais points

Au rayon des bonnes nouvelles sur le continent africain, des pays comme l'Ethiopie et la Gambie progressent significativement et dépassent des pays comme la Bulgarie 111e.

Par contre, en Asie certains pays restent au fond du classement : propagande totalitaire, censure et intimidation, violences physiques, cyber-harcèlement… Il faut du courage pour exercer le métier de journaliste dans certains pays : la Chine (177e) et le Vietnam (176e) réussissent l’exploit de perdre un point, alors qu'ils végètent en queue de classement, souligne RSF. La cause en est un accaparement absolu du pouvoir par les présidents Xi Jinping et Nguyen Phu Trong. Leur clan respectif s’attache à faire taire tout débat dans la presse officielle et à mener une chasse impitoyable aux journalistes-citoyens qui tentent de faire vivre les voix dissidentes. Le Vietnam compte ainsi une trentaine de journalistes derrière les barreaux, et la Chine en détient près du double.

Côté points positifs, deux remontées significatives :  en Malaisie, la première alternance politique en 62 ans d’indépendance a fait souffler un vent de fraîcheur sur une presse jusque-là sclérosée ; résultat, le pays est propulsé à la 123e place. Et aux Maldives, l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président qui a tenu en partie ses engagements en faveur de la liberté de la presse permet à l’archipel de l’océan Indien de se hisser à la 98e place.

D'autres pays sont en recul à cause des arrestations de journalistes comme le Venezuela ou le Turkménistan, désormais dernier.

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