Royaume-Uni: s'endetter pour étudier

Royaume Uni : s'endetter pour étudier
Royaume Uni : s'endetter pour étudier - © RTBF

Parmi les grands enjeux de cette campagne, le coût des études universitaires. Il a été multiplié par trois par le gouvernement Cameron, obligeant beaucoup d'étudiants à emprunter de l'argent. Certains entrent dans la vie active avec 60 000 euros de dettes.

L'Angleterre, ses campus et ses vastes pelouses. En ces jours printaniers, les étudiants de l'Université de Birmingham savourent les premiers rayons de soleil. Pourtant, derrière leur flegme légendaire, il y a de la rancœur et de l'indignation. Wil Metcalfe, 19 ans, étudiant en médecine : "Je suis scandalisé. Ce n'est pas juste. J'ai un cousin qui a deux ans de plus que moi. Et il n'a payé que le tiers de ce que je dois payer."

Il y a deux ans, David Cameron décidait de tripler les frais de scolarité, passant de 3000£ à 9000£ (11 400€). Les conséquences pour certains se feront sentir une bonne partie de leur carrière professionnelle.

22 ans, et déjà criblés de dettes

Rhiannon, étudiante de première année en relations internationales, ne décolère pas. 11 400 euros chaque année, rien que pour s'asseoir sur les bancs de l'université. Car cette somme ne couvre pas les fournitures, la nourriture ou le loyer.

Rhiannon paie 5500 euros par an pour son kot d'étudiant, dans un état plus que douteux : "Regardez dans quoi je vis. Ce n'est pas vraiment digne du 21e siècle, n'est-ce pas? Regardez, la peinture qui s'effrite ici... la peinture qui s'effrite là... Pourquoi est-ce que l'université de Birmingham propose des loyers aussi élevés : tellement chers, qu'on finit par se demander : 'comment vais-je payer mon loyer, ma nourriture et mon matériel ?' Avant mes études j'ai travaillé et j'ai économisé de l'argent, mais là, presque tout est parti !"

Alors pour s'en sortir, il faut emprunter. L'Etat prête aux étudiants 6000 euros par an. Mais ce n'est pas suffisant. Certains font aussi des emprunts privés. Et termineront leurs études couverts de dettes. "La plupart des étudiants auront une dette de 55 à 60 000 euros", explique Hattie Craig, membre du syndicat des étudiants de l'Université de Birmingham.

Pour Nick Cooke, 20 ans, "l'éducation est devenue quelque chose de purement financier... un vrai business. Cela rend les études de moins en moins accessibles."

Se prostituer pour financer ses études

Certains se retrouvent dans de réelles difficultés financières. Surtout s'ils ont emprunté à des organismes privés. Hattie Craig : "Ils empruntent quelques centaines ou milliers de livres, mais les intérêts sont tellement élevés qu'ils accumulent des milliers et des milliers d'euros de dettes. Et se trouvent en situation de faillite. Certains ont même recours à la prostitution pour payer leurs études."

Etudier, c'est investir

Mais tous ne sont pas aussi pessimistes. Quelques rares étudiants trouvent que le nouveau système est un bon système, comme Megan Wilkinson et Oliver Foster qui souglignent que "si vous n'avez pas fini de rembourser après 30 ans, le prêt sera annulé. Et si vous ne gagnez pas plus de 28 000 euros par an, vous ne devrez pas le rembourser. Mais même si cela entraîne des dettes une partie de votre vie, c'est un investissement."

Baisse des inscriptions

Pourtant, les effets se font déjà sentir. De nombreux établissements britanniques ont enregistré des baisses d'inscriptions. Rhiannon, elle, craint une fuite des cerveaux : "Beaucoup d'entre nous envisagent d'aller étudier à l'étranger parce que c'est moins cher. Et donc on risque de se retrouver dans une situation critique où le pays viendra à manquer de docteurs, d'avocats ou d’infirmiers."

Les promesses de Milliband

Le leader du parti travailliste, Ed Milliband, a promis de réduire d'un tiers les frais de scolarité, s'il accède au pouvoir.

Un progrès, mais insuffisant selon les étudiants, qui par ailleurs craignent de nouvelles augmentations si David Cameron reste premier ministre.

Annick Capelle

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