Roumanie: l'abstention fait échouer un référendum contre le mariage gay

Le référendum organisé en Roumanie pour ancrer l'interdiction du mariage gay dans la Constitution a échoué à atteindre le quorum de participation fixé à 30% des électeurs, a indiqué dimanche le bureau électoral central.

Seuls 20,41% des électeurs ont voté lors de ce scrutin qui avait débuté samedi. Les Roumains étaient invités à pérenniser ou pas l'interdiction du mariage homosexuel. Mais force est de constater que la population ne s'est pas précipitée dans les isoloirs.

Interrogée dans les rues de Bucarest, la population exprimait clairement son désintérêt, comme Ileana Popescu, une retraitée : "C'est un énorme mensonge et un gaspillage d'argent. On devrait laisser à tout le monde le choix de se marier ou non, sans regard pour l'orientation sexuelle."

Une campagne violente

Actuellement, la loi roumaine parle d'époux, sans précision de genre. Ce week-end, la population était invitée, à l'appel du gouvernement social-démocrate, à faire inscrire dans la loi fondamentale que seuls "un homme et une femme" peuvent s'unir.

Mais les Roumains sont restés chez eux. Il faut dire que ses dernières semaines, la campagne a été virulente, des propos outrageants ont été tenus contre la communauté gay. "Voleurs d'enfants, pédophiles, malades mentaux", a-t-on pu entendre.

Malgré la pression exercée par l'église orthodoxe (qui a demandé aux Roumains de consentir à un acte de bienfaisance pour la famille et pour le peuple), les électeurs n'ont pas bougé.

Andrei, jeune entrepreneur, n'a pas eu peur de comparer le référendum à une mascarade. Pour le sociologue Gelu Fuminica, interrogé par l'AFP, "l'agressivité qui a marqué la campagne pour le 'oui', la tentative d'instiller la haine contre une minorité ont rendu les Roumains réticents à voter."

Tout ça...pour ça ?

Une modification de la constitution aurait juste verrouiller l'interdiction. Car dans les faits, la législation roumaine n'autorise ni le mariage de personnes de même sexe, ni l'union civile. Les adversaires au référendum estiment toutefois que le projet alimente l'homophobie et éloigne le pays des valeurs progressistes.

De leur côté les sociaux-démocrates comptaient sur le scrutin pour remobiliser les zones rurales et conservatrices du pays, des zones pourtant favorables à leur discours. Mais le parti est en perte de vitesse. Nombreux sont ceux qui l'accusent de ne pas vouloir combattre suffisamment la corruption et de contrôler la justice.

L'un des premiers à voter fut le patron du PSD (Parti social-démocrate), Liviu Dragnea. " Mon éducation orthodoxe, mon éducation traditionnelle me font dire 'oui', c'est comme ça que je vois la continuité de ce peuple. La Roumanie ne doit pas emboîter le pas à d'autres pays qui ont légalisé le mariage entre un homme et un animal."

Les institutions européennes se sont montrées très critiques envers ce référendum. Elles ont rappelé à Bucarest ses engagements en matière de droits de l'homme.

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