Tous les électeurs roumains de Belgique ont pu voter à temps

Aux dires du bourgmestre d'Uccle, Armand De Decker, contacté par la RTBF en milieu de soirée, c'est grâce à son intervention auprès de l'ambassadeur de Roumanie qu'un millier de personnes faisant encore la file à 20h15 ont finalement pu voter avant l'heure fatidique de 21h00. Le bureau de vote a passé le grand braquet et personne ne semble donc avoir été lésé au moment de la fermeture légale.

Pendant ce temps, en Roumanie...

Le Premier ministre social-démocrate Victor Ponta est donné favori, mais un fort taux de participation pourrait changer la donne. Les Roumains de l'étranger votent aussi, notamment à Bruxelles où le temps d'attente dépasse parfois 4 heures, et les files sont fort longues. Ancien procureur âgé de 42 ans, critiqué pour son double langage sur les valeurs démocratiques, Victor Ponta est crédité de 54% des intentions de vote, selon les sondages. Le challenger est Klaus Iohannis, 55 ans, maire de la ville médiévale de Sibiu issu de la minorité allemande.

Selon les analystes, le clé de ce second tour est la mobilisation. "Si les électeurs des grandes villes, qui sont plutôt favorables à l'opposition, se mobilisent, Iohannis a une chance", a indiqué à l'AFP Cristian Ghinea, directeur du Centre roumain pour des politiques européennes.

Temps d'attente de plus de 4 heures à Bruxelles

La mobilisation est particulièrement forte à l'étranger, où des queues s'étalant sur des kilomètres se sont formées devant les ambassades et les consulats, notamment à Bruxelles, Paris, Londres et Turin.

Les Roumains de l'étranger votent dans des bureaux ouverts dans les grandes villes des pays où une forte communauté est installée. C'est le cas à Bruxelles où 4 bureaux sont ouverts.

Devant celui de la rue Montoyer et des 3 autres de la rue Gabrielle, de longues files se forment depuis le matin et le temps d'attente annoncé dimanche midi est de 3 heures à 4 heures et demie, selon l'ambassade. 

Les Roumains présents rue Gabrielle s'impatientent et soupçonnent une volonté des autorités de freiner le vote à l'étranger réputés anti-Ponta.

Ils sont au moins 50 000 ressortissants roumains à vivre chez nous. Le vote était possible de 7 à 21 heures.

Par rapport au premier tour, la participation à Bruxelles était deux fois plus importante. L'ambassade attendait seulement 50% de votants en plus.

La rue Gabrielle, noire de monde, a été fermée par la police. Le bourgmestre d'Uccle Armand De Decker (MR) se dit surpris de voir tant de monde. Il soupçonne donc une "manœuvre" de la part du pouvoir en Roumanie et déplore que les autorités belges n'ont pas été mises au courant. 

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De longues files à Bruxelles pour l'élection présidentielle en Roumanie © RTBF

L'organisation de ce vote des citoyens roumains à l'étranger a créé la polémique lors du premier tour.

Le ministre roumain des Affaires étrangères Titus Corlatean avait démissionné le 10 novembre dernier après de vives critiques. Des milliers de Roumains n'avaient pas pu voter le 2 novembre en raison du nombre insuffisant de bureaux de vote ouverts dans des pays comme la France, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne. Après des protestations de la société civile, M. Corlatean avait annoncé avoir pris des mesures pour permettre une meilleure organisation du second tour du 16 novembre, dont l'augmentation du nombre d'isoloirs.

Il avait toutefois affirmé que le ministère ne pouvait pas mettre en place davantage de bureaux de vote car la législation l'interdisait, ce que le Bureau électoral a démenti dans un communiqué. Le président sortant de centre droit Traian Basescu a appelé samedi à la démission du ministre, l'accusant de "désinformation".

Le 8 novembre, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du pays contre le gouvernement, accusé d'avoir tenté d'"entraver" le vote des Roumains de l'étranger. M. Iohannis avait obtenu 46% des suffrages des électeurs roumains de la diaspora, généralement considérée comme favorable à la droite, contre 15,8% pour M. Ponta. En 2009, M. Basescu avait remporté son deuxième mandat de président grâce notamment aux suffrages des quelque 170.000 Roumains de l'étranger qui s'étaient rendus aux urnes.

Appels à la mobilisation

Toujours aussi important, le vote de la diaspora, forte d'environ trois millions de personnes, mais dont 160.000 seulement ont pu exprimer leurs suffrages au premier tour en raison du nombre insuffisant de bureaux de vote. 46% avaient voté pour Klaus Iohannis et 15,8% pour Victor Ponta.

Dimanche, les craintes d'une répétition de cette débâcle étaient vives.

A l'aube déjà, des centaines de personnes faisaient la queue devant de nombreux bureaux de vote de l'étranger, selon des images diffusées par les médias locaux.

Et sur les réseaux sociaux, appels à la mobilisation et conseils pratiques se sont multipliés: "Munissez-vous d'une bouteille d'eau, chargez vos portables et préparez-vous pour faire la queue pendant des heures", peut-on lire sur un des comptes créés pour le scrutin.

"On se prépare comme si on allait à la guerre, on n'a pas le choix", commente une internaute, Anabelle.

Il y a cinq ans, ce sont les voix de la diaspora, généralement favorable à la droite, qui avaient fait pencher la balance en faveur du président sortant Traian Basescu.

En Roumanie, tout semble jouer en faveur de M. Ponta: son expérience politique, un accès aux ressources gouvernementales lui ayant permis, selon ses détracteurs, à multiplier les "cadeaux électoraux", le soutien de la très influente Eglise orthodoxe et l'embellie économique.

Son rival est quant à lui complètement atypique sur la scène politique: ancien professeur de physique mal à l'aise devant les caméras, il s'est tenu à l'écart des polémiques alors qu'il était accusé de ne pas être un "vrai Roumain", tout en prônant "le travail bien fait".

"J'ai voté pour que nos parents puissent vivre dans un meilleur pays et pour que nos enfants aient un avenir ici, en Roumanie", a déclaré M. Ponta, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants.

Toujours avare de mots, M. Iohannis a souhaité que la Roumanie "jouisse de respect et de prospérité".

"Depuis 25 ans, nous n'avons entendu que mensonges et promesses qui n'ont pas été tenues. J'espère que nous aurons enfin un président qui respecte les gens et fait ce qu'il promet", dit Rodica Avram, une enseignante âgée de 56 ans, après avoir voté à Bucarest.

Inquiétude pour la justice

Ce scrutin est considéré comme crucial dans cet ancien pays communiste, à un moment où la démocratie a subi des revers dans certains pays d'Europe centrale, Hongrie en tête.

Une victoire de Victor Ponta équivaudrait à une concentration des pouvoirs entre les mains du Parti social-démocrate (PSD, ex-communiste), qui dispose avec sa coalition de gauche d'une large majorité au parlement.

Cette toute puissance inquiète la justice qui a réussi d'énormes progrès dans la lutte contre la corruption. Car si Victor Ponta dit respecter son indépendance, il a plusieurs fois critiqué le travail du parquet anticorruption (DNA), qu'il juge partisan, et son gouvernement a déjà essayé de brider ses pouvoirs.

Quel que soit le gagnant, le nouveau président devra œuvrer pour réformer les structures économiques et l'administration inefficace de ce pays de 20 millions d'habitants, le plus pauvre de l'Union européenne après la Bulgarie.

jfherbecq avec AFP et F. Gersdorff

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