Roumains et Bulgares sont libres de travailler partout dans l'UE

Les drapeaux roumain et européen côte à côte le 10 juin 2013 à Berlin
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Les drapeaux roumain et européen côte à côte le 10 juin 2013 à Berlin - © Odd Andersen

Roumains et Bulgares peuvent travailler librement dans l'ensemble de l'Union européenne dès mercredi, une étape qui suscite des polémiques en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais est accueillie dans l'indifférence à Bucarest et Sofia.

Sept ans après l'accession de leurs pays à l'UE, la levée des dernières restrictions sur le marché du travail pour les Roumains et les Bulgares dans neuf pays de l'UE -Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Luxembourg, Malte, Pays-Bas- n'a rien d'un "big bang" puisque 17 autres Etats, dont l'Italie ou la Suède, ont déjà franchi le pas depuis des années.

"Pour cette raison, il est très improbable que nous assistions à une hausse importante de l'émigration" roumaine et bulgare, a souligné mercredi le commissaire européen à l'emploi Laszlo Andor alors qu'une partie de la presse et des hommes politiques britanniques brandissent la menace d'une "invasion" de leur pays.

Laszlo Andor a par ailleurs rappelé que "plusieurs études ont montré que la liberté de mouvement des travailleurs apporte des bénéfices aux économies des pays d'accueil (...) dans une Europe où deux millions d'emploi ne sont pas pourvus".

Il a regretté que les travailleurs migrants soient "une cible" en temps de crise.

Opposition britannique et allemande

Jusqu'au dernier moment, des membres du Parti conservateur britannique ont pressé, en vain, le Premier ministre David Cameron de repousser l'ouverture du marché du travail. Des responsables roumains et bulgares ont dénoncé le ton "hystérique" du débat à Londres.

En Allemagne, le parti conservateur bavarois, allié de la chancelière Angela Merkel, a également tempêté contre la levée des restrictions, l'associant à un risque accru "de fraude aux prestations sociales". Mais le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, a rétorqué que la "libre circulation des personnes est une chance pour les Allemands et l'Allemagne".

"Faire comme si tous les gens en provenance de Bulgarie et de Roumanie étaient pauvres et ne venaient chez nous que pour percevoir des allocations passe sous silence les nombreuses personnes très qualifiées qui travaillent ici, par exemple comme médecins ou personnel de soins", a insisté de son côté la secrétaire d'Etat chargée des Migrations Aydan Özoguz.

En Espagne, pays frappé par la crise qui accueille déjà un million de Roumains et de nombreux Bulgares, la fin des restrictions sur le marché du travail n'a pas suscité de controverse. "La grande majorité des Roumains est très bien intégrée", a indiqué l'ambassadeur d'Espagne en Roumanie Estanislao de Grandes Pascual.

Pas de vague d'émigration attendue

Sur un des marchés du centre de Bucarest, nombre de passants et de commerçants avouaient "ne pas bien savoir" ce qui changeait au 1er janvier et n'avoir aucun plan de départ.

Le Premier ministre roumain Victor Ponta et les responsables bulgares assurent régulièrement qu'il n'y aura pas de vague d'émigration à partir de mercredi. "Les citoyens (...) veulent un bon travail, un bon revenu et la justice dans leur patrie, pas s'acheter un aller simple pour quitter la Bulgarie !", a encore martelé mardi soir le président bulgare Rossen Pleneliev, dans son discours de voeux.

Nombre d'analystes indépendants soulignent l'impossibilité d'évaluer précisément le nombre des candidats au départ mais rappellent que les grandes vagues d'émigration ont déjà eu lieu. Depuis la chute du communisme, environ trois millions de Roumains et un million de Bulgares ont émigré, pour leur très grande majorité en Espagne et en Italie. France et Grande-Bretagne ont aussi recruté des milliers de médecins et d'aides-soignantes.

La faiblesse des salaires dans leur pays explique ces départs : un médecin gagne en général 400 euros par mois en Roumanie ou en Bulgarie, même si d'aucuns s'en sortent beaucoup mieux. Une majorité de Roumains et Bulgares veulent toutefois rester malgré les salaires bas et manque de confiance dans la classe politique.

AFP