Roselyne Bachelot: "La France vit un séisme politique"

Roselyne Bachelot: "La France vit un séisme politique"
Roselyne Bachelot: "La France vit un séisme politique" - © IAN LANGSDON - BELGAIMAGE

Roselyne Bachelot, ancienne ministre UMP sous les présidents Chirac et Sarkozy, aujourd'hui chroniqueuse à la télévision française pour le groupe Canal, a commenté ce lundi les résultats du premier tour des élections régionales françaises. Elle a répondu aux questions de Medhi Khelfat dans Le Plus de Matin Première. Elle s'est d'ailleurs montrée assez pessimiste. 

Pour vous, quel est le principal enseignement de ce scrutin ?

Le principal enseignement, c’est que la France vit un séisme politique qu’on n’a pas connu depuis extrêmement longtemps. Certes, le Front national avait enregistré, au cours d’élections, des résultats étonnants mais qui n’avaient pas entraîné une remise en cause en profondeur de la structuration politique de notre pays.

Là, ce n’est pas du tout ce qui arrive. La victoire est d’une ampleur qui casse complètement le plafond de verre auquel était confronté le Front national, c’est-à-dire des résultats brillants au premier tour mais qui ne se concrétisaient pas au second. Là, on voit bien que le Front national est en passe probable, même si ce n’est pas encore certain, de gagner deux, trois et pourquoi pas plus de régions, et que, même quand il n’est pas en tête, il a opéré une opération en profondeur : plus de 50% des communes de notre pays voient le Front national en tête des suffrages. C’est tout à fait considérable.

Le Front national est en tête dans six régions. Deux ou trois pourraient être dirigées la semaine prochaine par l’extrême droite. Je vais vous faire entendre le patron des Républicains, Nicolas Sarkosy. Les socialistes en mauvaise posture avaient proposé une fusion. Elle a été rejetée.

Nous devons impérativement rester fidèles à nos convictions en refusant la tentation trop facile, après ce premier tour, de jouer avec les suffrages des Français en choisissant je ne sais quel arrangement tactique, en contradiction totale avec ce que nous leur avons dit. Je proposerai à notre bureau politique de refuser toute fusion et tout retrait de liste.

Roselyne Bachelot, pourquoi une telle intransigeance ? Pourquoi refuser le front républicain alors qu’en étant seul face au FN, dans le Nord-Pas-de-Calais et en PACA dans le sud de la France, la droite n’est pas sûre de l’emporter ?

La droite et la gauche ne sont pas du tout dans la même position électorale. Je parlais d’électoralisme avant de parler de principe. Elle n’est pas du tout dans la même situation puisque c’est le Parti socialiste qui est troisième et que, dans ces régions, il est troisième loin derrière les Républicains et leurs alliés. Donc, on n’est pas du tout dans la même situation.

En plus, la région ou la région où la Droite est troisième, c’est plutôt intéressant pour le Parti socialiste qu’elle reste en place.

Donc, soit des calculs ici ou là, on n’est pas du tout dans la même position. Ceci étant, le Front Républicain, dont je suis une militante, je le dis à titre personnel, doit maintenant s’évaluer en fonction de la nouvelle donne. Le retrait de la droite serait peut-être même un moyen de favoriser le Front national tellement l’exaspération des Français contre la gauche est importante.

Donc, le Front Républicain est à manier avec beaucoup de prudence. Il serait même de nature à favoriser le Front national.

En 2007, Nicolas Sarkozy était parvenu à marginaliser ce vote frontiste. Comment expliquez-vous ce raz-de-marée huit ans plus tard, qu’on soit revenu pire qu’avant la case départ ?

Il avait contenu le vote Front national. Maintenant, le problème c’est que les gens ont le sentiment qu’il n’y a plus d’alternative ni à droite, ni à gauche. Nicolas Sarkosy a perdu les élections présidentielles après un quinquennat difficile marqué par la crise. La gauche s’est embourbée dans des promesses totalement irréalisables et le Front national a capitalisé sur une situation internationale et interne extrêmement compliquée.

Il n’a pas seulement fait un discours, je dirais, sécuritaire parce que la totalité des candidats ont tenu ce discours. La gauche a avalé son chapeau sur ces questions et la droite a toujours mené un discours sécuritaire. Là, ce n’est pas du tout différent. C’est que l’extrême droite a tenu un discours xénophobe et carrément anti-musulman et islamophobe et que ce discours, dans les circonstances actuelles – j’écoute les gens – a eu une résonance tout à fait particulière.

Donc, les bons esprits, les gens bien gentils qui disent c’est un discours sécuritaire du front, je ne dis pas qu’ils se trompent, mais ils ont une vision à l’eau de rose de ce qui est en train de se passer dans notre pays, hélas.

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