Roberto De Primis analyse les frappes en Syrie : "C'est une guerre pour ne pas perdre la face"

Suite à l'attaque menée cette nuit par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni contre le régime Syrien, nous avons rencontré Roberto De Primis, chercheur à l'Université du Québec et spécialiste des États-Unis. Il nous propose son analyse géopolitique au regard de quelques questions.

Pourquoi les États-Unis, la France et la Grande Bretagne ont-ils mené des frappes coordonnées en Syrie ?

"Premier message: Donald Trump s'adresse à sa nation en faisant comprendre qu'il est un président fort, contrairement à Barack Obama."

"Second message à l'égard du régime syrien pour faire comprendre qu'il faut stopper l'utilisation et le stockage d'armes chimiques."

"Troisième point, un message est envoyé à Moscou et Téhéran parce que les frappes chirurgicales ont été menées le plus loin possible d'intérêts stratégiques de Moscou et de l'Iran dans la région."

Ces frappes sont-elles une opération médiatique ?

"C'est une guerre pour ne pas perdre la face. Chaque homme politique s'est engagé face à sa nation à intervenir en cas d'attaque chimique."

"Personne ne voulait perdre la face, mais il fallait éviter un embrasement de la région. Donc, on est parti sur le scénario le moins mauvais pour l'ensemble des acteurs politiques."

Pourquoi seulement trois pays ?

"Des pays n'ont pas été concertés parce qu'il fallait agir très vite et en fonction des infrastructures militaires que les nations avaient déjà sur le terrain."

"Ces différentes nations-là (les USA, la France et le Royaume-Uni) n'avaient pas besoin de se tourner vers d'autres pays."

Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il donné son feu vert ?

"C'est tout-à-fait conforme à ce qu'il avait annoncé en mai 2017. Comme Barack Obama, il avait parlé d'une ligne rouge à ne pas franchir dans le cadre de l'utilisation d'armes chimiques."

"C'était le premier à prendre contact avec Donald Trump, pour exprimer son désir de pouvoir intervenir."

Quel est l'intérêt de la Russie à soutenir la Syrie ?

"En 2013, quand Barack Obama a décidé de ne pas intervenir, les Russes sont intervenus dans ce courant d'air, une petite marge de manœuvre pour redorer le blason russe dans la région. Ils se sont positionnés, ils ont aidés le régime Assad."

"Le conflit prenant beaucoup de temps, les Russes ne veulent pas perdre la face lors d'attaque avec une petite coalition."

"Jusqu'ici, les Russes ont déjà fortement armé le régime Assad, et le réarmer encore plus ne changerait pas grand chose."

Que va-t-il se passer ?

"Il n'y a pas de canal de communication diplomatique directe à l'heure actuelle, ou peut-être quelques émissaires onusiens, qui dialogue avec le régime à Damas."

"Par contre, si les missiles se taisent, il faudra laisser place au canal diplomatique entre Moscou et Washington, peut-être avoir une table beaucoup plus large avec des puissances régionales, Arabie Saoudite, Iran, voir qui viendrait autour de la table pour la Syrie, pour permettre un dialogue de sortie de crise ouverte depuis 2011."

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