Richard Corbett (eurodéputé travailliste): "Le Brexit n'est plus la volonté du peuple"

Dans quelques heures, un Sommet européen crucial pour le Brexit s’ouvre à Bruxelles. Les Britanniques ont normalement jusqu’au 12 avril pour acter leur sortie de l’Union européenne. Mais, faute d’accord entre eux, Theresa May a été mandatée pour demander un nouveau report.

Deux cas de figure ce vendredi, un no-deal ou un report du Brexit. « Je pense et j’espère que ce sera un renvoi, un no deal ce sera catastrophique pour tout le monde », explique Richard Corbett, eurodéputé et leader du Parti travailliste au Parlement européen, invité de La Première mercredi matin.


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« Madame May l’a enfin reconnu, mais elle demande un petit report qui ne donne le temps de rien faire. Il faut un report plus long, comme le propose le Président Tusk, pour avoir le temps de résoudre ce problème. »

Il y a eu une pétition, signée en 6 jours, par 6 millions de personnes pour demander d’arrêter le Brexit

L’accord de divorce négocié avec Bruxelles a été recalé trois fois pas le Parlement britannique, pourquoi demander encore un report et qu’est ce qui garantit que le Parlement va accepter ?

« Il y a deux cas de figure. Soit il y a une majorité à la Chambre des communes pour trouver un accord différent, un Brexit plus soft et plus proche de l’Union européenne, soit le Royaume-Uni change d’avis sur le Brexit. De plus en plus de gens le demandent. Il y a eu une pétition, signée en 6 jours, par 6 millions de personnes pour demander d’arrêter le Brexit, 1 million a manifesté pour demander un nouveau référendum. D’ailleurs, le parti travailliste, dans les négociations avec le gouvernement, demande, entre autres, que tout accord doit être soumis à un nouveau référendum. »

Ce qui semble être « une solution », selon lui. « Si le Royaume-Uni décide de ne pas sortir de l’UE, le problème est résolu. »

"La situation est figée"

Theresa May a demandé au parti travailliste et Jeremy Corbyn un coup de main à la Chambre des communes. « C’est du jamais vu dans le système britannique. Je ne pense pas qu’elle peut aller loin dans les négociations sans déchirer son parti, qui est déjà dans un état de guerre civile depuis quelques années. Je ne pense pas que ce sera facile de dégager un accord entre les deux partis pour un Brexit plus soft. »

La cheffe du gouvernement a également convoqué des élections européennes pour le 23 mai prochain dans l’espoir de trouver une solution d’ici-là. Richard Corbett compte d’ailleurs se représenter. « Nous sommes au milieu de la procédure pour choisir les candidats du parti travailliste. »

Mais dans le cas où il y aurait un accord sur le Brexit, les eurodéputés britanniques devront pourtant rentrer à la maison. « C’est un risque, il n’y a pas d’issue à cette crise sans risques. Même si on prend nos sièges, on ne sait pas si ce sera pour cinq semaines, cinq mois ou cinq ans. J’espère que ce sera plutôt cinq ans. »

« La situation est figée », insiste-t-il. « A la Chambre des communes, il y a ni une majorité pour l’accord ni pour sortir sans accord, ni pour un autre accord, ni pour changer d’avis sur le Brexit. Mais en attendant, l’opinion publique est en train de changer, en faveur d’un nouveau référendum et de rester dans l’UE. Alors c’est le comble que Madame May dise : 'Il faut quand même sortir de l’UE parce que c’est la volonté du peuple', alors que ce n’est plus la volonté du peuple. Il faudrait au moins vérifier. »

L’idée même du Brexit est discréditée

Surréaliste, « tragédie grecque », les qualificatifs ne manquent pas, ce qu’il comprend très bien. « Il y a une exaspération envers le gouvernement britannique. Le chaos, c’est la confusion. L’idée même du Brexit est discréditée. On a dit que ce serait facile de sortir de l’Union européenne, la situation est toute autre, c’est compliqué, cher, c’est néfaste pour l’économie. »

Avec le risque d’emporter le reste de l’Europe dans ce chaos. « C’est un avertissement envers les eurosceptiques dans les autres pays. J’ai noté qu’ils disent de moins en moins vouloir sortir de l’Union. »

Pour résumer, ce n’est donc pas gagné car « il faut l’unanimité » des 27. Et Richard Corbett le répète, il veut un report long, « pour avoir le temps de faire un nouveau référendum ou trouver une autre solution. »

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