Révolution législative au Soudan: l'excision pénalisée, les non-musulmans protégés

Les femmes soudanaises entendue en partie (image prétexte)
Les femmes soudanaises entendue en partie (image prétexte) - © Eric LALMAND - BELGA

Cela ressemble à une véritable révolution législative: après 30 ans d'un régime dictatorial et islamique strict, le Soudan vient d'adopter des textes légaux qui ouvrent le champ aux libertés individuelles dans le pays.

Le Conseil souverain soudanais, instance législative mise en place après la chute de l'ex-président Omar El Béchir en avril 2019, a  en effet approuvé cette semaine une série de lois qui risquent  de modifier profondément la société, et qui donnent de l'espoir aux mouvements de révolte populaire nés il y a un an, ainsi qu'aux organisations  de défense des droits humains dans le pays.

Vers la fin de l'excision 

Parmi ces nouvelles décisions, un point hautement symbolique attire l'attention: l'excision, pratique ancestrale répandue - près de 9 femmes sur 10 l'ont subie - et recommandée par certains dignitaires religieux, sera désormais pénalisée. 

L'annonce a été faite dans un communiqué par le ministère de la Justice, qui explique que les auteurs d'excision seront désormais passibles de peines de prison, sans compter le paiement d'amendes. 

Liberté, paix et justice

Fin avril, le gouvernement avait déjà voté un amendement au code pénal qui rend les auteurs de l'excision passibles de peines allant jusqu'à trois ans d'emprisonnement. "La mutilation des organes génitaux de la femme est désormais considérée comme un crime", selon le texte de loi, qui a désormais aussi l'approbation du Conseil souverain. La clinique ou l'endroit où a eu lieu l'excision risquent également d'être fermés.

Le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, s'est félicité de ces changements législatifs, estimant que le texte pénalisant l'excision était "un pas important sur la voie de la réforme judiciaire, et de la réalisation du slogan de la révolution -liberté, paix et justice".

Alcool, apostasie et flagellation 

Autres avancées: plusieurs nouvelles mesures visent à alléger le poids de la religion sur la société soudanaise. Ainsi, boire de l'alcool en privé, en acheter et en vendre  sera autorisé pour les non-musulmans, l'apostasie sera désormais décriminalisée, et la flagellation en public ne fera plus partie de l'arsenal répressif.

Le ministre de la Justice, Nasreddine Abdulbari a été très clair: "Nous souhaitons abolir toutes les lois qui violent les droits humains au Soudan", a-t-il déclaré. Les non-musulmans représentent 3% de la population soudanaise. Pour le ministre, il s'agit d'éliminer la discrimination dont ils font l'objet. 

Quant à l'apostasie, elle était passible de peine de mort au Soudan jusqu'à aujourd'hui. Le cas d'une femme soudanaise, Meriam Ibrahim Ishak avait  soulevé la réprobation internationale, lorsque celle-ci avait été condamnée à la pendaison pour avoir épousé un homme chrétien en 2014. Meriam Ibrahim Ishak avait trouvé refuge à l'étranger.

Ces changements législatifs sont considérés parmi les plus importants du nouveau pouvoir soudanais. La mise en place des lois islamiques date du règne sans partage de l'ex président Omar El Béchir, qui était soutenu par les islamistes depuis son coup d'Etat. Il avait entre autres écarté en 2015 un projet de loi contre l'excision.

Aujourd'hui, les mouvements de femmes soudanaises veulent aller plus loin: ils réclament un arsenal législatif qui punirait le harcèlement sexuel, et la modification des lois civiles, notamment sur le mariage, inspirées de la charia islamique.

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