Réunion tendue des pays de l'Otan, divisés par le conflit en Syrie

Des Kurdes assistent au départ des forces américaines de la ville de Tal Tamr, dans le nord de la Syrie.
Des Kurdes assistent au départ des forces américaines de la ville de Tal Tamr, dans le nord de la Syrie. - © DELIL SOULEIMAN - AFP

Les ministres de la Défense de l’Otan se retrouvent ces jeudi et vendredi à Bruxelles dans une ambiance électrique. De nombreux alliés sont choqués et inquiets par les initiatives des États-Unis et de la Turquie dans le nord de la Syrie. Washington a retiré ses troupes, abandonnant sans gloire les alliés Kurdes de la coalition contre le groupe État islamique. Ce retrait a constitué un feu vert pour une intervention militaire turque contre ces combattants kurdes.

La France exprime le plus ouvertement son exaspération face à la dérobade américaine en Syrie. Paris dénonce la perte de crédibilité des États-Unis et de l’Alliance atlantique. Le président Emmanuel Macron a manifesté son agacement, en soulignant qu’il avait appris par un tweet que les États-Unis retiraient leurs troupes. La France, comme la plupart des membres de l’Otan, était partenaire des Kurdes au sein de la coalition contre le groupe État islamique. "Cela affaiblit durablement notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain. Ça interroge aussi le fonctionnement de l’Otan", a commenté le président français.

On ne peut pas d’un côté être un partenaire important de l’OTAN et d’un autre s’acoquiner avec la Russie

En Belgique, l’ancien vice-Premier ministre Kris Peeters s’est inquiété de la position ambiguë de la Turquie à l’égard de ses partenaires de l’Alliance. "On ne peut pas d’un côté être un partenaire important de l’OTAN et d’un autre s’acoquiner avec la Russie", a-t-il souligné. Kris Peeters préside la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Assemblée parlementaire de l’Otan. "Ceci ne peut pas être admis plus longtemps. La situation explosive doit être déminée rapidement et tous les partenaires doivent se retrouver autour de la table", a-t-il réclamé.

Pour Kris Peeters, l’opération militaire turque en Syrie montre l’urgence pour l’Europe de se doter d’une politique commune de défense et d’une meilleure politique d’asile. La menace brandie par le président turc Erdogan de renvoyer des millions de réfugiés vers l’Europe relève du "chantage, un langage que nous ne pouvons admettre". La Turquie se retrouve plus isolée au sein de l’Otan, mais son exclusion n’est pas évoquée.

Stoltenberg ne condamne pas l’intervention turque

A Londres, Boris Johnson a également avoué son trouble face à ces désaccords entre proches alliés. Avec la France et l’Allemagne, le Premier ministre britannique dit vouloir persuader nos amis américains que nous ne pouvons pas tout simplement fermer les yeux ce qui se passe en Syrie".

A la veille de la réunion des ministres de l’Alliance, le secrétaire général Jens Stoltenberg a reconnu des " divergences ". "Les désaccords entre les alliés posent des problèmes et c’est pourquoi nous avons besoin d’une discussion franche et ouverte" lors des débats prévus jeudi et vendredi, a prévu Jens Stoltenberg. Il n’a cependant pas pris parti, en refusant de condamner l’intervention turque contre les Kurdes.

L’attitude incohérente de Donald Trump

Les événements de ce mois d’octobre laisseront inévitablement des traces entre les alliés de l’Otan. L’attitude incohérente du président américain sur des choix aussi fondamentaux pour la sécurité de tous a de quoi inquiéter ses partenaires.

À la suite d’une conversation téléphonique avec le président turc, Donald Trump annonce le retrait américain du nord de la Syrie. Cet abandon de l’allié kurde face à l’offensive turque provoque la stupeur aux Etats-Unis comme en Europe. Donald Trump change alors de ton et menace le président turc de " détruire l’économie " de son pays, s’il ne met pas fin à son offensive. Mais le président américain se radoucit dès que Recep Tayyip Erdogan accepte un cessez-le-feu qui entérine ses objectifs : le départ des combattants kurdes de la zone autonome qu’ils avaient créée dans le nord de la Syrie. Ce mercredi il annonce la levée des sanctions imposées il y a quelques jours à peine à la Turquie.

Jeudi et vendredi, les ministres de la Défense américain et turc seront sur la sellette. Ils devront tenter de restaurer la confiance et l’unité de l’Otan. Si la crise se prolonge, elle déteindra sur le sommet de décembre convoqué à Londres pour marquer le 70e anniversaire de l’Alliance.

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