Retrait de l'armée américaine en Syrie: quelles conséquences pour les Kurdes?

Un membre de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dans le nord-est de la Syrie
Un membre de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dans le nord-est de la Syrie - © DELIL SOULEIMAN - AFP

Mercredi soir, le président des Etats-Unis Donald Trump, qui estime avoir atteint son objectif de "vaincre" le groupe Etat islamique (EI) en Syrie, a ordonné un retrait complet des troupes américaines stationnées dans ce pays. Cette décision a de lourdes implications géopolitiques, notamment pour les Kurdes, relève Ceng Sagnic, coordinateur du programme d’études kurdes du Centre Moshe Dayan (MDC) à Tel Aviv.

La milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), est un partenaire clé de Washington dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Maintenant que Donald Trump a annoncé le retrait des troupes américaines en Syrie, que va-t-il arriver ?

Il y a deux scénarios probables.

Le premier, c’est que l’armée turque va lancer une incursion dans les territoires du nord-est de la Syrie abandonnés par les Américains, prendre possession de la frontière et avancer d’environ quarante kilomètres sur le sol syrien.

Le deuxième, c’est que le groupe kurde des Forces démocratiques syriennes va se réconcilier avec le régime syrien et atteindre un accord, permettant de stationner des troupes syriennes le long de la frontière avec la Turquie pour empêcher une invasion turque.

Bien sûr, nous devons toujours attendre la décision finale de la coalition concernant le retrait des troupes. Un retrait qui prendra certainement 60 à 100 jours. Nous ne savons pas non plus si le gouvernement américain a donné son feu vert à la Turquie pour intervenir contre les milices kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Sur quoi vous basez-vous pour imaginer de tels scénarios ?

Pour le premier scénario, nous savons que la Turquie s’est préparée pour des opérations transfrontalières contre les YPG. Et le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a annoncé la semaine dernière qu’une opération était imminente dans la région nord-est de la Syrie. Il a déjà envoyé des renforcements militaires dans la région frontalière.

Concernant le deuxième scénario, les YPG ont pris contact avec le régime syrien. Ils craignent que le retrait des troupes américaines, couplée avec une inaction contre la Turquie, pourrait finir en invasion turque. Le régime syrien pourrait donc accepter d’envoyer des troupes à la frontière entre la Turquie et la Syrie pour éviter une invasion.

Les milices kurdes se préparent-elles à une invasion turque ?

Des rapports récents indiquent que les YPG pourraient commencer à se retirer de la ligne de front dans le sud. Les régions de la frontière entre l’Irak et la Syrie où ils combattaient ces dernières années ne sont pas des régions traditionnellement kurdes. Ils se battaient là à la demande des Etats-Unis. Une fois qu’ils ne se sentiront plus en sécurité, ils quitteront ces lignes de combat pour rejoindre le nord, le long de la frontière turque, pour parer à une invasion. Cela donnera un avantage significatif à l'Etat islamique (EI) car il n’y a aucune autre force armée pour empêcher son expansion dans la région.

Le mois passé, une tempête de sable a eu lieu et l'EI a réussi à capturer une large portion de territoire syrien en moins de deux jours. L'EI est très puissant le long de la frontière avec l’Irak. Un retrait des YPG en réaction à une possible invasion turque pourrait évoluer en un retour très rapide de l'EI.

Si les Etats-Unis avaient voulu apporter de la stabilité dans la région, le processus aurait dû commencer maintenant. La Syrie est sacrifiée à cause de conflits internes à Washington DC. Le conflit entre Trump et les institutions américaines provoque ce retrait des troupes américaines. Tout le monde, à part la Turquie et l’Iran, a déclaré que c’était une mauvaise décision. Cela va provoquer le retour de l'EI, étendre l’influence de l’Iran et pousser les Kurdes dans le camp iranien.

Les Kurdes de Syrie ont jusqu'à présent entretenu de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. Celles-ci risquent de devenir très incertaines. Les Etats-Unis, à cause de ce retrait, vont perdre un allié. Un allié qui a défendu et envoyé des idées très "blanches" et "occidentales". Si les Américains partent, les Kurdes de Syrie doivent trouver un nouvel appui. Et le seul appui possible dans la région est l’Iran. Par conséquent, un allié qui était très pro-occidental est en train d’être perdu au profit de l’Iran.

Journal télévisé 13h

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