Retour sur un sommet européen fait d'éclats de voix et de rebondissements

La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse
La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse - © GEORGES GOBET - AFP

Ultimatum de Rome et de Madrid, éclats de voix dans la salle du Conseil, conclave imprévu des dirigeants de la zone euro, pimenté par la victoire de l'Italie contre l'Allemagne au football: le 19e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE depuis le début de la crise grecque a été celui de tous les rebondissements.

Avant même de démarrer, le sommet de Bruxelles était mal engagé: peu avant son ouverture, la presse faisait ses titres sur l'inflexibilité de la chancelière allemande Angela Merkel, sourde aux appels à l'aide de l'Espagne et de l'Italie. "Nein ! No ! Non !", peut-on lire en une du quotidien économique allemand Handelsblatt.

"On espère que le bon sens va prévaloir et qu'on va trouver une solution acceptable pour tous", indique une source diplomatique européenne.

14H00. Les premiers dirigeants arrivent au bâtiment du Conseil européen à Bruxelles. Beaucoup poussent pour des solutions à court terme pour aider l'Italie et l'Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, en plus de mesures sur le long terme pour renforcer l'union budgétaire.

Berlin freine des quatre fers. Sur la même ligne, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte invite Rome à "serrer les dents".

15H25. Le sommet démarre avec des discussions sur le budget 2014-2020, un sujet qui doit en théorie être expédié rapidement. Mais preuve du climat de tension entre Européens, les échanges durent bien plus longtemps que prévu, repoussant le dîner des chefs d'Etat après 23H00. Une réunion de hauts fonctionnaires de la zone euro se tient en parallèle pour trouver des solutions contre la flambée des taux des pays en difficulté.   

20H45. La demi-finale de l'Euro de football opposant la Squadra azzurra italienne à la Mannschaft allemande débute. Les journalistes se massent dans le bar de la presse où trois écrans retransmettent le match. La bière coule à flots.

Pendant ce temps, aucune nouvelle des dirigeants européens qui sont, eux, privés de match. "Pas assez sérieux", aurait déclaré le président de l'UE Herman Van Rompuy.

21H05. Premier but de l'Italie. Les journalistes --largement acquis à la cause transalpine-- exultent. Le deuxième but les fait jubiler. "Il n'y aura plus d'eurobonds", plaisantent certains, suggérant que Berlin voudra encore moins lâcher du lest sur la solidarité en Europe.

En dépit de cette fièvre footballistique, Herman Van Rompuy annonce une conférence de presse, qui intervient pile au moment où l'Allemagne marque un but sur penalty. Il annonce un accord sur le pacte de croissance. Sauf que Rome et Madrid ont refusé d'apposer leur signature, faisant monter les enchères afin d'obtenir une aide.

Ils "ont pris le pacte en otage", commentent des diplomates.

Ce coup de théâtre a provoqué la colère du président de l'UE qui s'est mis à crier en pleine réunion, selon des témoins. En coulisses, on apprend que c'est Angela Merkel qui a poussé Herman Van Rompuy à annoncer un accord pas encore finalisé.

01H00. Le sommet à 27 se transforme en sommet à 17. Les discussions sont parties pour durer toute la nuit même si les rangs des journalistes sont de plus en plus clairsemés.

03H00. Des rumeurs laissent entendre que les dirigeants étudient une solution qui pourrait à la fois satisfaire les Italiens et les Espagnols.

04H30. Après 14 heures de sommet, un accord est annoncé, avec des solutions de court terme pour faire baisser la pression sur les marchés.

Le chef du gouvernement italien Mario Monti ne boude pas son plaisir et répond aux nombreuses questions des journalistes.

"La soirée a vu s'entremêler beaucoup de discussions importantes, parfois tendues, et beaucoup d'aspects émotifs, souvent autour du football", avoue-t-il.

Herman Van Rompuy a pour sa part reconnu vendredi que ce sommet avait été "difficile", ajoutant, in fine, qu'il avait été "fructueux".

 

AFP

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