Retour des talibans en Afghanistan : "L'UE ne doit pas laisser tous ses choix géopolitiques à la décision des États-Unis", clame Louis Michel

Louis Michel a été ministre belge des Affaires étrangères, puis commissaire européen. Vingt ans après les attentats du 11 septembre, les talibans sont de retour à Kaboul : "C’est un échec abominable", estime-t-il, interrogé sur La Première.

"Tout cela n’a servi à rien. D’une certaine manière, les talibans ont vaincu l’Occident, vaincu la plus grande armée du monde. Il suffit de voir avec quelle arrogance ils s’adressent aux Américains et à la communauté internationale tout en laissant entendre qu’ils veulent être reconnus. Je n’y crois pas une seconde ! Je pense que l’obscurantisme de ces gens est toujours là. Malheureusement je n’ai guère d’optimisme pour une évolution qui soit acceptable. Voyez les premières mesures annoncées : séparation entre les hommes et les femmes et des mesures qui rappellent les souvenirs les plus horribles du passé".


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"La communauté internationale est souvent prompte à donner des chances" à un nouveau régime, poursuit-il. "Je mets en garde contre une sorte d’empathie spontanée que l’on aurait de croire en leurs bons sentiments. Je n’y crois pas une seule seconde". Quant au retrait des troupes américaines d’Afghanistan, Louis Michel commente : "Je ne me permettrais pas de juger ce qu’a fait Joe Biden mais il est clair que les effets de sa décision vont être, de mon point de vue, catastrophiques. D’abord en Afghanistan, mais c’est une rupture dans l’imaginaire relationnel entre l’Union européenne et les Etats-Unis, c’est une rupture totale de confiance. Comment voulez-vous encore que les Européens croient sérieusement en une capacité de partenariat loyal et sincère entre ces deux puissances ?"

"Je suis atterré de voir à quel point tout ce que je pressentais, c’est-à-dire cette confiance naïve dans un partenariat préférentiel avec les Etats-Unis, tout cela n’existe pas. Il faut que, une fois pour toutes, l’Union européenne se convainque définitivement que l’on peut être des partenaires privilégiés, mais qu’on ne peut pas laisser tous nos choix géopolitiques à la simple décision des Etats-Unis" conclut-il.

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