Retour de la droite en Grèce : Mitsotakis est pressé de se mettre au travail

 Le nouveau Parlement grec, issu des législatives anticipées du 7 juillet remportées par les conservateurs, a prêté serment mercredi.
Le nouveau Parlement grec, issu des législatives anticipées du 7 juillet remportées par les conservateurs, a prêté serment mercredi. - © ARIS MESSINIS - AFP

En Grèce, c’est aujourd’hui que le Parlement, élu il y a 10 jours, a prêté serment. Ces élections ont vu la victoire de la droite conservatrice. La "Nouvelle Démocratie" du nouveau Premier ministre Kyriakos Mitsotakis dispose d’une majorité absolue et renvoie Syriza le parti de gauche d’Alexis Tsipras dans l’opposition.
Que ce que cela change pour la Grèce ?

Baisse d’impôts : la recette miracle ?

Kyriakos Mitsotakis est pressé. Il veut restaurer la confiance des créanciers et relancer la croissance. Le Premier ministre veut se mettre au travail sans délai, dès ce lundi lors de vote de confiance au Parlement. Ses priorités d’ici fin juillet, ce sont des réformes, à commencer par l’économie, avec des recettes connues comme des baisses d’impôt.

Le nouveau gouvernement doit déposer avant le 10 août un projet de loi pour réduire la TVA, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés (de 28% à 20%) mais aussi une très impopulaire taxe sur la propriété immobilière. Il a promis de baisser de 30% sur deux ans cette taxe foncière introduite au début de la crise en 2013 par le précédent gouvernement conservateur.

"Il n’y a pas un jour à perdre", pour le Premier ministre. Mais il sera surveillé de près par les ministres des Finances de la zone euro, qui l’ont déjà averti qu’il devait "respecter les engagements" de la Grèce vis-à-vis de ses créanciers.

Alors cela peut-il fonctionner en Grèce ? Pas sûr, pour Filippa Chatzistavrou, chercheuse en sciences politiques à l’université d’Athènes : "Pour le moment, tout ce qu’on a essayé de faire dans ce sens-là en Grèce n’a pas marché, car il y a une contradiction entre les surplus budgétaires demandés par les créanciers et faire venir des investissements".

Ce sera le défi de Kyriakos Mitsotakis. Réaliste ou pas ? La politologue Filippa Chatzistavrou en doute : c’est une vieille recette des années 1990, libéraliser encore plus l’économie, privatiser… Or les classes moyennes sont fatiguées, il n’y a pas de recette magique pour l’économie dans les tablettes de Kyriakos Mitsotakis.

Justice et sécurité : le durcissement

Les autres chantiers sont nombreux. Il y a notamment la justice, avec une refonte du Code pénal, et plus de sévérité : fini les allègements de peine en particulier pour terrorisme. Aux antipodes de Syriza, pour plus de sécurité et pour renforcer les frontières.

Les permissions de sortie plus sévèrement encadrées. Le gouvernement Mitsotakis veut également créer des conseils de prud’hommes pour alléger le travail des tribunaux débordés et veut débloquer rapidement les privatisations bloquées à cause de procédures judiciaires.

Le nouveau gouvernement a promis de remettre de l’ordre dans le quartier anarchiste d’Athènes, Exarchia, et d’y faire pénétrer la police régulièrement. Ce quartier au cœur de la capitale est souvent le lieu d’affrontements entre groupes anarchistes et forces de l’ordre, en particulier depuis le meurtre d’un jeune adolescent par un policier en 2008 qui avait conduit à plusieurs jours d’émeutes urbaines.

Pendant sa campagne, Kyriakos Mitsotakis avait promis l’embauche de 1500 policiers et de rétablir des forces spéciales circulant à motos, qui avaient été supprimées par le précédent gouvernement. En matière migratoire, Kyriakos Mitsotakis s’est engagé à "renforcer la protection des frontières grecques et européennes" et à renforcer "les patrouilles des garde-côtes" entre les îles du nord de la mer Égée et la Turquie.

Filippa Chatzistavrou voit un durcissement, qui prévoit aussi la fin de l’asile universitaire. Depuis 1982, les policiers sont interdits au sein des facultés grecques, une loi héritée d’un soulèvement étudiant contre la dictature des colonels (1967-1974) que Kyriakos Mitsotakis veut abolir pour "ramener la sécurité" dans les universités.

Le 17 novembre 1973, une manifestation d’étudiants de l’école Polytechnique d’Athènes contre le régime des colonels avait été réprimée dans le sang, l’intrusion de chars dans l’établissement faisant au moins 44 morts.

Depuis, "le droit d’asile universitaire" impose des conditions strictes pour que les forces de l’ordre puissent pénétrer sur les campus, devenus des sanctuaires pour militants qui s’y réfugient après des manifestations émaillées d’affrontements avec la police. Cette mesure, synonyme du retour du pays à la démocratie, a plusieurs fois été l’objet de réformes et a toujours été critiquée par la droite qui estime que les universités sont devenues des repères de casseurs et de trafiquants de drogue.

Privatisation et numérisation

Une réforme de l’éducation doit aussi permettre la privatisation à terme de l’enseignement universitaire, mis à la diète depuis quelques années.

La recherche a d’ailleurs déjà été retirée au ministère de l’Education pour passer à celui de la Croissance.

Pour le Premier ministre, informatiser et mettre l’État grec à l’heure du numérique est "une voie à sens unique". Pour Kyriakos Mitsotakis, l’administration et les services publics grecs devaient être simplifiés et numérisés pour être au service du citoyen et communiquer facilement avec le public à domicile ou sur le lieu de travail.
 

Kyriakos Mitsotakis et son gouvernement, le 10 juillet:

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