Affaire Benalla: aucune preuve d'ingérence russe sur Twitter pour une ONG

 L’affaire Benalla a trouvé une résonance énorme sur les réseaux sociaux en France.
L’affaire Benalla a trouvé une résonance énorme sur les réseaux sociaux en France. - © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Twitter a fourni une formidable caisse de résonance à l’affaire Benalla en France. 1% des comptes du réseau social actifs sur l’affaire Benalla ont produit 47% des 4,5 millions de messages associés au sujet, entre le 19 juillet et le 3 août. Une analyse  que révèle EU DisinfoLab. 

4 millions de tweets publiés par environ 250 mille personnes. L’affaire Benalla a trouvé une résonance énorme sur les réseaux sociaux en France. Mais parmi tous ces utilisateurs, 2600 comptes ont réussi à générer un trafic important. Rien ne permet pourtant d'affirmer qu'une ingérence russe a amplifié l'affaire Benalla sur Twitter, selon cette étude menée par une organisation de lutte contre la désinformation publiée mercredi.

Des comptes automatisés

Face à ce volume "exceptionnel" - trois fois supérieur à BalanceTonPorc - où 1% des comptes ont publié 47% du contenu, l'ONG a, dans un premier temps, émis début août l'hypothèse d'une ingérence de comptes "pro-Mélenchon", "pro-Rassemblement national" et "russophiles", dont certains seraient tenus par des humains, d'autres par des robots.

Plusieurs responsables politiques, dont le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, avaient alors appelé à ce que "toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de message".

Mais les résultats de l'étude diffusée mercredi nuancent les premières conclusions et relèvent l'absence de preuve d'une tentative d'ingérence organisée, puisqu'il est "impossible de déterminer si une vraie personne se trouve derrière chaque compte, et encore moins d'identifier si un compte est à la solde d'un réseau de désinformation étranger", notent les auteurs. De plus, seulement "trois personnes utilisaient un système automatique de retweet".

Conclusions impossibles

L'étude montre certes "la tendance de comportement d'une minorité de comptes très, très active" et qualifiée de "russophile" pour ses nombreux retweets des médias russes Russia Today et Sputnik, a déclaré à l'AFP Alexandre Alaphilippe, chercheur à DisinfoLab, mais "la raison de ce comportement, nous ne l'avons pas".

Ces conclusions sont renforcées par celles d'une autre étude, menée par un spécialiste de la communication politique en ligne, Damien Liccia. "Il n'y pas d'ingérence russe dans l'affaire Benalla. L'influence des (robots) a été infinitésimale", a-t-il affirmé à l'AFP.

Pour Stéphanie Lamy, spécialiste en communication, "l'hyperactivité de Twitter correspond à celle des médias traditionnels pendant l'affaire".

Appel à une commission d’enquête du Sénat

Ce phénomène n’est pas nouveau. Ces comptes sont impliqués dans tous les débats depuis la campagne présidentielle. Le secrétaire d’Etat français au numérique Mounir Majoubih estime qu’il y a " une volonté opportuniste d’utiliser une actualité chaude pour accélérer sa diffusion et favoriser la polarisation de l’opinion ". Toutefois, des comptes pro Emmanuel Macron ont eux aussi largement relayé à leur manière l’affaire Benalla. Pour tenter d’enrayer le phénomène, le gouvernement français a demandé au Sénat de faire en sorte que sa commission d’enquête se saisisse de ce qu’il appelle une manipulation.

 

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