République tchèque: la Commission européenne accuse le Premier ministre de conflit d'intérêt

Le Premier ministre tchèque, le milliardaire Andrej Babis, s'est retrouvé dans le collimateur de la Commission européenne qui a estimé dans un rapport que son double rôle en tant que responsable politique et entrepreneur s'apparentait à un conflit d'intérêt.

Le Premier ministre populiste a bâti sa fortune, la cinquième de la République tchèque, en tant que propriétaire de la holding tchèque Agrofert (agro-alimentaire, chimie, médias). Andrej Babis souligne qu'il a transféré la propriété de la holding à deux fonds fiduciaires en février 2017, lorsqu'il était ministre des Finances, pour se conformer à une loi anti-corruption taillée sur mesure à son intention et baptisée "Loi Babis".

Mais des documents accessibles au public montrent qu'il est toujours le véritable propriétaire d'Agrofert. La Commission européenne est arrivée à la même conclusion dans son rapport d'audit publié vendredi, version actualisée d'un précédent texte rendu public en 2019. Selon la Commission, "M. Babis exerce actuellement une influence décisive sur les fonds fiduciaires".

"L'exercice impartial et objectif de ses fonctions par M. Babis ... a été compromis car il était impliqué dans des décisions qui concernaient aussi le groupe Agrofert", a souligné la Commission. "Les sociétés du groupe n'auraient pas dû recevoir de subventions", a-t-elle ajouté. Toutes les aides et subventions accordées après février 2017, date à laquelle M. Babis a transféré la propriété d'Agrofert aux fonds fiduciaires, sont considérées comme irrégulières, selon le rapport.

Andrej Babis a nié dans un tweet tout conflit d'intérêts, estimant que l'audit était "intentionnel et manipulé". "Je me suis toujours conformé à la loi", a-t-il affirmé.

Ivan Bartos, chef du Parti Pirate (anti-système), principal parti d'opposition, a déclaré que M. Babis devrait demander à Agrofert de restituer à l'Etat tchèque et aux contribuables les subventions. "Selon nos analystes, il s'agit de 20 milliards de couronnes (774 millions d'euros)", a affirmé dans un tweet Ivan Bartos.

Le rapport de la Commission européenne représente un nouveau revers pour Andrej Babis, dont la popularité est en baisse en raison de la gestion chaotique de la crise du Covid-19 par le gouvernement.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK