République démocratique du Congo : le Président Tshisekedi affirme son pouvoir

La rupture entre l’ex-président congolais, Joseph Kabila et l’actuel chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, semble consommée. Les deux hommes s’étaient alliés au lendemain des élections présidentielles de 2018 pour former une majorité gouvernementale. Mais tout vient de basculer en moins de deux mois.

Manœuvres politiques

Le 6 décembre dernier, le Président Tshisekedi annonce la nomination d’un " informateur ", mettant de facto fin à la coalition qui l’unissait au FCC, la plateforme politique de l’ex-président Joseph Kabila. Quelques jours plus tard, la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, une fidèle de Joseph Kabila, est destituée. Dans le même temps, Félix Tshisekedi annonce la constitution d’une nouvelle majorité dite de " l’Union sacrée de la Nation ". Il ouvre les consultations politiques à Kinshasa et reçoit deux figures influentes de l’opposition, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi. S’en suivent des défections en cascade parmi les députés kabilistes pour offrir une nouvelle majorité au président Tshisekedi forte désormais de 391 députés du 500. C’est cette même majorité qui vient de voter une motion de censure à l’encontre du Premier ministre pro-Kabila, Sylvestre Ilunga, ouvrant ainsi la porte à la constitution d’un nouveau gouvernement acquis au président Tshisekedi.

Les coudées franches

" A chaque fois que le président souhaitait mettre en œuvre ses projets pour le pays, nous constations blocages dans le chef de certains ministres FCC, justifie Louis d’Or Ngalamulume, conseiller du président chargé des relations avec la presse. Leur but était de faire échec à l’action de Félix Tshisekedi en sabotant son travail. Ils espéraient ainsi démontrer l’incapacité du président à relancer le pays pour créer un sentiment de révolte au sein de la population. "

Libéré de son alliance avec les proches de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi a donc les coudées franches aujourd’hui pour mener la politique qu’il souhaite en RDC. " Nous souhaitons poursuivre les travaux d’infrastructure, comme la construction de routes pour désenclaver les provinces, poursuit Louis d’Or Ngalamulume. Il s’agit également d’assurer la gratuité de l’enseignement, de lutter contre la corruption, de créer un climat favorable aux affaires ou encore de pacifier l’Est du pays qui est toujours en proie aux violences de nombreux groupes armés. "

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Selon Louis d'Or Ngalamulume (à gauche) conseiller du président de la RDC, Félix Tshisekedi (à droite), le "clan" Kabila "espérait démontrer l’incapacité du président à relancer le pays pour créer un sentiment de révolte au sein de la population". © Tous droits réservés

Objectif 2023

Les défis sont effectivement immenses en République démocratique du Congo. Et ils ne pourront être tous relevés en un jour. Ni même, à vrai dire, en un mandat présidentiel. C’est d’ailleurs tout l’enjeu des manœuvres politiques de ces dernières semaines. La méfiance entre les pro-Kabila et les pro-Tshisekedi au sein du gouvernement était telle que les réformes peinaient à se concrétiser. En prenant le large, le président Tshisekedi se donne donc la possibilité de présenter un bilan aux Congolais au terme de son mandat et ainsi obtenir sa réélection en 2023. Mais à quel prix ? C’est la question que tous les observateurs se posent aujourd’hui.

Droits de l’homme et liberté d’expression

Dans un rapport publié le 28 janvier, l’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW)[1] souligne que la répression contre les libertés d’expression et de réunion pacifique s’est intensifiée depuis un an en RDC. Malgré quelques mesures initiales visant des avancées en matière de droits humains, précise l’ONG, les autorités ont menacé, arrêté arbitrairement, détenu et poursuivi des dizaines de journalistes, d’activistes et d’autres personnes jugées critiques à l’égard du gouvernement. "

C’est principalement l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) qui est visée par ces critiques. Une agence dont l’arbitraire est dénoncé depuis des années en RDC et qui s’est encore manifestée en novembre dernier en arrêtant la chanteuse populaire Elisabeth Tshala Muana. Réputée proche de Joseph Kabila, l’artiste a été arrêtée après la sortie d’un nouveau morceau de musique intitulé " Ingratitude ". Une chanson dans laquelle elle vise clairement, mais sans le citer, Félix Tshisekedi. La chanteuse a été libérée après 24h de détention mais les autorités ont interdit la diffusion de sa chanson sur les ondes.

Peu après son accession au pouvoir, il y a deux ans, le président congolais s’était engagé à " rétablir la presse dans ses fonctions de 4ème pouvoir. " Maintenant qu’il a les coudées franches, la société civile congolaise et les défenseurs des droits de l’homme espèrent qu’il pourra joindre l’acte à la parole.

 

 

 

 

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