Burkina Faso: Zida semble ouvrir la porte à une transition civile

Reprise des discussions sur un régime de transition au Burkina Faso
Reprise des discussions sur un régime de transition au Burkina Faso - © SIA KAMBOU - BELGAIMAGE

Le nouvel homme fort du Burkina Faso adoubé par l'armée, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a semblé ouvrir la porte lundi à la mise en place d'un régime de transition dirigé par un civil, lors d'une rencontre avec le corps diplomatique à Ouagadougou.

"Le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel. (...) Cet organe de transition sera dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale", a déclaré Isaac Zida devant les diplomates.

La communauté internationale, notamment les États unis ont condamné la prise de pouvoir par les militaires et exigé un retour à l'ordre constitutionnel, après la chute du président Blaise Compaoré vendredi, à l'issue de 27 ans au pouvoir.

"Nous ne sommes pas là pour usurper (...) le pouvoir", a déclaré un peu plus tard le lieutenant-colonel à des journalistes.

Isaac Zida n'a pas précisé de calendrier d'action devant les diplomates, mais a souhaité un délai "le plus bref possible". "Nous voulons aller très vite", a-t-il ensuite redit aux journalistes.

Après la chute vendredi du président Blaise Compaoré, poussé à la démission par une insurrection populaire après 27 ans au pouvoir, la haute hiérarchie militaire a placé à la tête du pays le lieutenant-colonel Isaac Zida, numéro 2 de la garde présidentielle, mais l'opposition, la société civile et la population réclament un pouvoir civil. 

La journée de dimanche a été marquée par la mort d'un jeune homme qui manifestait devant la télévision nationale, tué par une balle perdue, selon l'armée, lorsque les soldats ont dispersé l'attroupement.

Le chef du régime de transition s'est entretenu dimanche soir avec les ambassadeurs de France, des États-Unis et de l'Union européenne, mais rien n'a filtré sur leurs discussions, les diplomates se refusant à toute déclaration. 

Isaac Zida a aussi discuté avec Jean-Baptiste Ouedraogo, président du pays entre 1982 et 1983 avant d'être renversé par un pustch. Ce dernier n'a pas fait de commentaire.

Le Burkina Faso, petit pays sahélien de 17 millions d'habitants, est aussi le thème d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, à Addis Abeba.

Au terme de cette réunion l'Union africaine a appelé à ce que le pouvoir soit rendu aux civils. "Nous demandons aux forces armées de transférer le pouvoir aux autorités civiles, et le Conseil a décidé que ce transfert devrait s'opérer dans une période de deux semaines", a déclaré Simeon Oyono Esono, chef du Conseil de paix et de sécurité de l'UA et ambassadeur de Guinée Equatoriale auprès de l'organisation régionale.

"L'Union africaine est persuadée que le changement est allé à l'encontre de la démocratie. Cependant, nous savons que c'est la pression populaire qui a mené à la démission du président. Les forces armées ont profité de ces circonstances pour accéder au pouvoir mais le peuple est à l'origine", a souligné l'ambassadeur.

"Ayant pris note de l'origine populaire de la révolte qui a abouti à une prise de pouvoir par les militaires, nous avons décidé d'un délai de deux semaines, période à l'issue de laquelle nous imposerons des sanctions".

Dans les rues de Ouagadougou, la circulation avait repris normalement lundi matin, avec l'habituel ballet de mobylettes. Le grand marché, centre névralgique du commerce fermé depuis six jours en raison des événements, a rouvert, ainsi que les banques, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une journée mouvementée dimanche dans la capitale

A coup de gaz lacrymogène et de tirs de sommation, l'armée a chassé les milliers de manifestants qui contestaient sa prise de pouvoir sur la place de la Nation, devenue le lieu emblématique du mouvement de contestation populaire.

Les militaires ont aussi dispersé plusieurs centaines de personnes devant la radio-télévision nationale, où un général et ex-ministre de la Défense de Compaore, Kouamé Lougué, et une dirigeante d'un petit parti politique, Saran Sérémé, ont tenté vainement de se proclamer chef de l’État devant les caméras.

Malgré ce coup de force militaire, le lieutenant-colonel Zida a réitéré dimanche soir son engagement à conduire un processus de transition en concertation avec toutes les composantes de la société burkinabè.

"Le pouvoir ne nous intéresse pas, seul l'intérêt supérieur de la Nation prime", a-t-il affirmé au nom de l'armée dans un communiqué. "Un organe de transition sera mis en place avec toutes les composantes qui seront arrêtées par un large consensus, et dont la durée sera précisée".

Condamnations internationales

La communauté internationale a vivement réprouvé la prise de pouvoir de facto par les militaires.

Les États-Unis, alliés de poids, ont condamné "la tentative de l'armée burkinabè d'imposer sa volonté au peuple", appelant "l'armée à transmettre immédiatement le pouvoir aux autorités civiles".

La médiation internationale tripartite au Burkina, conduite par l'ONU, l'Union africaine (UA) et la Cédéao, l'organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest, a évoqué la menace de "sanctions" si l'ordre constitutionnel, qui prévoit un intérim du président du Parlement, n'était pas respecté.

L'Union européenne a demandé à l'armée burkinabè à respecter les droits fondamentaux de la population, y compris celui de manifester pacifiquement, tandis que le président ghanéen John Dramani Mahama, qui dirige la Cédéao, a appelé "au dialogue" et à la retenue pour éviter que "la situation déjà précaire" ne dégénère.

La France, ancienne puissance coloniale et premier bailleur de fonds du Burkina Faso, ne s'est pas encore exprimée sur les derniers événements qu'elle suit de très près, comme plusieurs pays africains dont les chefs d’État envisageaient, comme Blaise Compaoré, de modifier leur Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Loin de cette confusion, l'ex-président Compaoré jouit d'un refuge doré à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire voisine dirigée par son ami Alassane Ouattara, où il est logé depuis vendredi dans une luxueuse résidence d’État.

AFP

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