Rentrée des classes en Italie : une pièce Covid dans chaque école

Premières en Europe à fermer leurs portes à cause de l'épidémie début mars 2020; les écoles italiennes sont les dernières à rouvrir. La rentrée scolaire est prévue ce lundi 14 septembre dans plusieurs régions du pays, mais dans le sud de la péninsule, elle a déjà été repoussée au 24 septembre.

La cour de récréation est silencieuse depuis bientôt sept mois, car ici, à Bergame, ville martyre du coronavirus,  les enfants ne sont plus revenus en classe depuis les vacances de carnaval en février dernier. Du jamais vu selon Elena Legler , la directrice de  cette petite école bilingue italien-allemand, la plus vieille d'Italie, fondée à Bergame en 1892. "Cette épidémie est une chose qui nous a tous surpris et nous avons été pris au dépourvu. Mais je vois qu'il y a maintenant une grande volonté de repartir, de retourner à  une certaine normalité, surtout en ce qui concerne les enfants, mais je crois que si les écoles restent encore fermées, en Italie, il y aurait une révolution ! "

Tout l'été, la directrice a réorganisé les classes, car les directives du gouvernement se basent sur un principe, celui de la distanciation physique des enfants. Les bancs à deux places ne peuvent donc plus être utilisés. " Pratiquement, sur chaque banc de deux, sera assis un seul enfant, et au milieu de ces tables disposées en carré, nous avons décidé de placer une plante verte ainsi les enfants devront prendre soin de quelque chose de vivant dans leur classe ! Le problème c'est que les règles du gouvernement changent continuellement !"

Appliquer les règles, tout en dédramatisant la situation, c'est l'objectif de l'école qui accueille cent quatre vingts enfants. Pour les établissements de Rome ou de Milan, c'est un peu plus compliqué. Des lycées qui comptent plusieurs milliers d'élèves se sont retrouvés à devoir appliquer des règles de distanciation dans des bâtiments déjà très vétustes ou peu spacieux.

Une pièce Covid

" Nous avons appris très tard, que toutes les écoles devront avoir une pièce " Covid " " explique ce dirigeant d'une école milanaise, " nous avons décidé que le bureau de cette secrétaire sera transformé si jamais un élève devait avoir des symptômes, il sera isolé dans la pièce et nous devrons appeler immédiatement le médecin qui a été attribué à chaque école ! " La prise de température fera partie du protocole, tout comme le port du masque pour les plus de six ans, mais là aussi, après beaucoup de discussions le ministre de la santé, Roberto Speranza a clarifié les choses au parlement. " A l'école les masques devront  être portés, c'est un point de départ incontournable et décisif.  Mais le comité technique et scientifique a expliqué les différences entre les moments dynamiques et les moments statiques.  Exemple quand un enseignant explique une matière et les élèves  se trouvent à plus d'un mètre de distance, assis sans bouger à leur banc, dans ce cas, l'indication du comité technique et scientifique est que le masque peut être abaissé ! "

Un milliard d'euros pour les nouveaux bancs

La rentrée scolaire s'est transformée en bataille politique. La ministre de l'éducation, Lucia Azzolina, du Mouvement 5 Etoiles, a été critiquée pour les retards dans la prise de décision. En imposant la distanciation, de nombreuses écoles se sont retrouvées sans les bancs nécessaires pour accueillir les élèves, le gouvernement a donc décidé d'acheter près de trois millions de bancs individuels pour une dépense d'un milliard d'euros, mais ils n'arriveront que fin octobre, alors que le ministère a eu plus de six mois pour organiser cette rentrée. Onze millions de masques seront distribués chaque jour dans les établissements scolaires, ainsi que cinquante mille litres de gel hydroalcoolique, les élèves devront arriver et repartir des écoles avec des horaires décalés et des parcours fléchés sont instaurés pour éviter les attroupements. Pas de cours de chant, pas de sports de groupe, des assiettes et des couverts jetables dans les cantines…. Une série de mesures qui a provoqué la panique chez les directeurs d'école, certains ont demandé un report de la rentrée. " En substance les mesures ont été adoptées, mais la question essentielle  reste le facteur temps, et là sans aucun doute nous sommes loin d'avoir obtenu les délais suffisants,  au contraire nous courrons après le temps,  et donc un peu partout les écoles attendent qu'on leur livre les bancs, les directeurs attendent qu'on leur indique des endroits pour augmenter le nombre de locaux,  et nous attendons aussi que les entités régionales délivrent les autorisations pour que les écoles puissent engager plus d'intérimaires pour affronter les exigences des règles de l'enseignement qui nous sont imposées par le gouvernement pour cette année scolaire " explique Antonello Giannelli, président de l'association des directeurs d'écoles.

Des enseignants testés

Car il manque près de quatre vingt mille membres du personnel enseignant, mais les concours publics n'ont pas suivi, et un enseignant sur quatre en Italie a signé  un contrat précaire. De nombreuses régions ont décidé de tester les enseignants sur base volontaire, la moitié d'entre eux a accepté, treize mille professeurs avaient des traces du virus. " L'épidémie a aggravé les problèmes des écoles, un secteur déjà sous financé en Italie, puisque le budget attribué à l'éducation est l'un des plus bas des pays dits avancés " estime Massimo Giannini , rédacteur en chef du  journal La Stampa. Pour le gouvernement de Giuseppe Conte, la rentrée scolaire du 14 septembre est devenue la date fétiche, le symbole de l'Italie qui repart après la terrible épidémie du Covid19. A partir de lundi, dix millions d'Italiens, huit millions d'élèves et près de deux millions de travailleurs et professeurs, reprendront le chemin des écoles dans le pays européen le plus endeuillé par le virus.

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