Rencontre entre Corée du Nord et Corée du Sud: pourquoi est-ce un moment important dans le conflit?

Pour la première fois en 2 ans, les deux Corées se sont réunies pour des pourparlers. La rencontre a eu lieu à Panmunjeom , un village frontalier où a été signé le cessez-le-feu de la guerre de Corée en 1953. Que retenir de cette rencontre entre les deux pays ? Bruno Hellendorff, chercheur au GRIP, le groupe de recherche et d'informations sur la paix et la sécurité, était l'invité de Matin Première pour en parler.

Comment peut-on qualifier cette reprise du dialogue entre les deux Corées ?

"À mon sens, c'est un espoir important vraiment critique. 2017 a été une année absolument fondamentale dans l'escalade en péninsule coréenne. On a vu la Corée du Nord procéder à 20 tests de missiles balistiques dont 2 de portée intercontinentale, une explosion nucléaire monumentale de plus de 100 kilotonnes. Mais c'est un espoir qu'il faut tempérer. Si on regarde l'histoire de la crise, on a pu constater que la Corée du Nord a pris pour habitude de souffler le chaud et le froid afin d'être en position de force dans les négociations. C'est peut-être un peu ce qui est en train de se passer aujourd'hui."

Ces pourparlers font suite à une main tendue lancée le jour du Nouvel An par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Il a évoqué une participation de Pyongyang aux Jeux de Pyeongchang en Corée du Sud, ce qui a été confirmé cette nuit. Quel est l'intérêt pour lui de tendre cette main et de se remettre à la table ?

"C'est son objectif depuis longtemps. L'agence de presse officielle nord-coréenne a diffusé (ce mardi), un avis disant que maintenant, parce que la Corée du Nord dispose de l'arme nucléaire, les États-Unis (...) n'ont pas d'autre choix que de cohabiter pacifiquement avec la Corée du Nord. Donc finalement l'objectif c'est de normaliser sa situation, mais sur une base tout à fait nouvelle que la communauté internationale pour le moment n'est pas prête à accepter. (C'est-à-dire) un statut nucléaire qui serait vu comme la garantie de la survie du régime."

Les discussions se sont beaucoup focalisées sur les Jeux olympiques. C'est un événement important pour la Corée du Sud qui veut garder la face puisqu'ils ont proclamé ces Jeux olympiques comme les JO de la paix, il y a d'autres dossiers sur la table.

"La Corée du Sud a taché de mettre sur la table plusieurs autres dossiers, c'est ce qu'on attendait. (Par exemple) la réunion des familles qui ont été séparées depuis des décennies donc c'est très important pour la Corée du Sud qu'il y ait une série de gestes. Cette réunion des familles était interrompue depuis 2015 et la fermeture du complexe industriel partagé de Kaesong. Toutes les communications, mêmes téléphoniques, étaient interrompues. Aujourd'hui, ce redémarrage se fait sur des bases très limitées. Mais c'est une rencontre ministérielle qui a eu lieu. C'est quand même important. Les Sud-Coréens ont demandé que des pourparlers entre les forces armées des deux pays puissent reprendre. Mais on verra la réponse que va donner la Corée du Nord à ce genre de demande. On sait que la première chose qu'a faite le négociateur nord-coréen en arrivant là, c'est de proposer que les journalistes participent à ces discussions. On voit que la Corée du Nord essaye de se donner le bon rôle."

De la transparence de la part de la Corée du Nord ?

"En tout cas, c'est cette manœuvre-là qui a débuté les négociations qui ont eu lieu cette nuit."

Quelle est la place pour la rhétorique guerrière de Donald Trump depuis quelques mois ? Il s'est félicité ce week-end de cette main tendue et cette reprise des discussions. Mais il a eu des mots assez particuliers vis-à-vis du leader nord-coréen.

"Le président sud-coréen Moon Jae-In montre beaucoup de pragmatisme dans cette crise. Il s'est toujours montré prêt à discuter avec la Corée du Nord, mais en ayant comme contrepoint une armée forte à sa disposition derrière. Donald Trump dans ce cadre-là a (...) joué la carte de l'imprédictibilité. Est-ce que cela va pouvoir servir la Corée du Sud dans ses négociations avec la Corée du Nord ? Peut-être, peut-être pas. Il faut probablement à ce stade espérer qu'il va se retenir comme il l'a fait pendant toute sa tournée asiatique, de tweets incendiaires et plutôt laisser à la Corée du Sud, la latitude nécessaire pour conduire cette négociation, ces discussions et peut-être ouvrir une nouvelle opportunité de négociation sur le programme balistique et nucléaire."

Dans un mois jour pour jour, c'est l'ouverture des Jeux olympiques en Corée du Sud. Est-ce que ce sera un moment important de la vie de ces deux pays ?

"C'est un moment très important parce qu'ils ont rythmé à plusieurs moments de cette crise nucléaire et politique (...) les relations entre les 2 pays. Une des demandes de la Corée du Sud c'est de faire défiler les athlètes nord-coréens et sud-coréens sous une même bannière, le drapeau de la péninsule coréenne. Ce sont des moments qui sont très symboliques. Les Jeux olympiques de 1988 (s'étaient déroulés) dans un contexte très délicat. La Corée du Nord avait alors mis une bombe dans un avion de la Korean Air. À ce moment-là, l'administration Reagan avait réussi par une diplomatie pragmatique à mettre en place les bases qui allaient permettre d'atteindre, à terme en 1994, un accord entre les États-Unis et la Corée du Nord."

En 1988, les Jeux avaient été boycottés…

"Oui, la tension était palpable. Mais ça a été l'occasion de jeter les bases de cette négociation entre les États-Unis et la Corée du Nord. Il y a eu d'autres moments (comme celui-là) dans les Jeux olympiques. C'est ce qui fait d'ailleurs que le comité international olympique est absolument flexible et prêt à collaborer avec toutes les parties pour permettre à cette participation nord-coréenne d'avoir lieu dans les meilleures conditions."

Est-ce qu'une coexistence pacifique est possible entre ces deux pays ?

"C'est ce qu'on doit espérer. Quelle est l'alternative finalement ? La difficulté pour la communauté internationale aujourd'hui c'est de trouver une solution dans cette crise nucléaire nord-coréenne, tout en sauvegardant les grands principes qui à un niveau international gouvernent. Non-prolifération, contrôle des armements... C'est ça le dilemme aujourd'hui. Il faut avoir comme objectif une cohabitation pacifique. La Corée du Nord dit que c'est ce qu'elle veut à condition qu'on lui reconnaisse son statut nucléaire. La communauté internationale dit : 'C'est nous aussi ce qu'on veut, sans vous reconnaître ce statut.' Donc c'est là le point d'accroche."

Sujet du JT 13h de ce mardi:

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