Remdesivir: réel médicament contre le coronavirus ou machine à cash pour un laboratoire américain ?

Depuis le début de crise du Covid-19, de nouveaux noms de médicaments ou de traitements sont apparus, Avigan, chloroquine, Tocilizumab. Certains nous disaient bien quelque chose, d’autres nous étaient totalement inconnus. Celui du Remdesivir, développé pour soigner les malades d’Ebola, évoque à certains spécialistes, un passé pas si lointain. 

Pourtant, ce nom est réapparu avec la crise du coronavirus. Et le médicament fait figure d’espoir aux Etats-Unis, dans un pays qui a déjà enregistré plus de 65000 décès depuis le début de la pandémie. L'Agence Américaine du Médicament (FDA) vient même d'accorder son autorisation d'utilisation en urgence. Cette décision permet aux médecins d'injecter l'antiviral expérimental aux malades graves qui ont besoin d'oxygène sans avoir besoin de participer à un essai clinique. 

Des doses de Remdesivir demandées par quatre hôpitaux belges

Si l'espoir suscité par ce traitement emballe certains spécialistes, d’autres sont beaucoup plus sceptiques. Alors la rédaction de la RTBF s'est posée une question : le Remdesivir est-il utilisé en Belgique ? "Je peux vous confirmer que des doses de Remdesivir ont été demandées par quatre hôpitaux belges. Il s’agit de ceux de Mons, de Courtrai, d’Hasselt et de Louvain", précise le professeur Johan Neyts, virologue à l’Institut Rega de la KUL à Louvain. "Ces doses ne seront pas reprises dans une grande étude mais on peut imaginer que les quatre hôpitaux vont les utiliser pour les patients Covid-19 et revenir ensuite vers le laboratoire américain Gilead Sciences", poursuit le professeur. 

"Soudainement, les critères d’obtention ont changé"

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Remdesivir: réel médicament contre le coronavirus ou machine à cash pour un laboratoire américain ? © Justin Sullivan - Getty Images

Des doses dont il est difficile de savoir si elles ont été effectivement distribuées. Ce qui est certain, c’est qu’à l’hôpital de Mons-Hainaut, le médicament n’est jamais arrivé. "Au tout début du mois de mars, nous avons effectué huit demandes au total à Gilead pour obtenir des doses pour ‘usage compassionnel'" - comprenez qu’ils permettent l'utilisation thérapeutique de médicaments sans autorisation de mise sur le marché (AMM) pour des malades en impasse thérapeutique – "Mais soudainement, les critères d’obtentions ont changé. Ils étaient devenus tellement stricts qu’ils nous étaient impossible d’en obtenir.", explique le docteur Giuseppe Carbutti, chef des soins intensifs du CHR de Mons-Hainaut. 

Une situation rencontrée aussi à La Louvière, à l’hôpital de Jolimont. "On nous a annoncé que l’usage compassionnel était restreint au moment où nous avons envisagé de l’utiliser. Ce qui est troublant et interpellant, c’est que cela correspond au moment exact où la rumeur d’une autorisation de mise sur le marché américain enflait de l’autre côté de l’Atlantique", poursuit Pierre Henin, chef des soins intensifs de l’hôpital de Jolimont. Résultat ? Les doses ne sont jamais arrivées et le médicament a reçu hier l’autorisation d’utilisation en urgence et sera donc plus que probablement payant à l’avenir.   

Un don et des questions 

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Remdesivir: réel médicament contre le coronavirus ou machine à cash pour un laboratoire américain ? © ULRICH PERREY - AFP

Pourtant, le patron de Gilead Sciences, Daniel O'Day, a annoncé que le laboratoire disposait actuellement de 1,5 million de doses, dont il s'est engagé à faire don, permettant de traiter 140 000 patients "sur la base d'un traitement d'une durée de dix jours". Alors pourquoi ce don ? Interrogé par Reuters sur le prix de vente prévu du traitement une fois sa donation épuisée, Gilead n'a pas souhaiter y répondre. Une manière pour le géant pharmaceutique d’implanter le marché ? "C’est un geste de générosité mais c’est aussi une occasion de pénétrer le marché pharmaceutique. C’est une possibilité qu’on ne peut pas ignorer. A priori, les laboratoires pharmaceutiques sont entreprises à profit et ne font pas que de la philanthropie", explique Pierre Henin.

Gilead, le VIH et Ebola

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Remdesivir: réel médicament contre le coronavirus ou machine à cash pour un laboratoire américain ? © AUGUSTIN WAMENYA - AFP

Serait-ce un moyen pour le laboratoire de vendre le médicament à grande échelle ? " Non, je ne pense pas ", explique Johan Neyts. "Il a initialement été développé pour soigner les malades de la fièvre hémorragique Ebola et le laboratoire savait qu’il y avait peu de chances d’en tirer profit. Pour l’instant, à ma connaissance, il n’y a même pas de prix fixé." Un sentiment partagé par le professeur Marc Van Ranst : "Ils n’ont pas produit le Remdesivir pour faire de l’argent. C’est une firme dite ‘responsable’ qui a la réputation de servir l’intérêt général ". Johan Neyts reprend : "C’est ce même laboratoire qui a développé des doses pour les patients atteints du VIH. Sur les 20 millions de doses distribuées, 12 millions le sont d’ailleurs gratuitement car elles sont exportées vers les pays africains".

La solution pour guérir du Covid-19 ?

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Remdesivir: réel médicament contre le coronavirus ou machine à cash pour un laboratoire américain ? © MysteryShot - Getty Images/iStockphoto

Le Remdesivir est testé contre le COVID-19. "Il s’agit d’un antiviral expérimental et il est, en effet, testé car il est conçu pour désactiver le mécanisme permettant à certains virus, dont le SARS-CoV-2, de se répliquer et potentiellement de submerger le système immunitaire des personnes touchées", explique le professeur Johan Neyts, virologue à l’Institut Rega de la KUL à Louvain.  

En France, plusieurs patients ont été traités avec le Remdesivir. Si l’on sait, par exemple, qu’en Février, à Bordeaux, un patient de 48 ans a pu s’en sortir grâce au médicament, les médecins et chercheurs attendent d’autres résultats plus nombreux avant de se positionner quant à son efficacité.

Essais et études aux conclusions mitigées

Le Remdesivir fait l'objet de nombreux essais et études mais les informations publiées ces dernières semaines sont mitigées quant à son efficacité. La semaine dernière, l'extrait d'un projet d'étude rendu public par erreur par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que le Remdesivir n'avait permis ni d'améliorer l'état des patients, ni de réduire la présence du virus dans le système sanguin. Gilead a réfuté ces conclusions en expliquant que les données sur lesquelles elles s'appuyaient étaient incomplètes, l'étude ayant été interrompue prématurément.

"De tous les traitements anti-viraux, aucun n’a fait ses preuves", explique le Pierre Henin, chef des soins intensifs à l’hôpital de Jolimont. "Le problème de cette crise du coronavirus, c’est quand sans traitement fiable, on voit fleurir toute une série de ‘pseudo-traitements’ basés sur des études squelettiques avec tout au plus plusieurs dizaines de cas et très peu d’arguments scientifiques. C’est notre problème. Il y a, pour l’instant, trop peu de solidité scientifique."  

Chloroquine, Remdesivir, Tocilizumab et bien d’autres encore. Les traitements avancés par certains ne sont pour l’instant qu’au stade de tests, d’études, d’hypothèses et d’espoirs des différents chercheurs et laboratoires du monde entier. Tous veulent bien évidemment trouver LE médicament qui apporterait LA solution contre le Covid-19. Mais il est fort à parier qu’on ne connaîtra les conclusions de ces études qu’après la pandémie. C’est bien là tout le problème et la difficulté que constituent ce genre de virus dont on ne connaissait encore rien il y a seulement quelques mois et qui, aujourd’hui, a déjà fait au moins 241.682 morts dans le monde depuis son apparition en Chine en décembre 2019.  

Après la Chloroquine et le Tocilizumab, le Remdesivir est-il la solution contre le Covid-19 comme l'annonce Trump ?
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