Réfugiés: un nouveau naufrage fait 146 disparus, MSF sonne l'alerte

Réfugiés: un nouveau naufrage fait 146 disparus, MSF sonne l'alerte
Réfugiés: un nouveau naufrage fait 146 disparus, MSF sonne l'alerte - © ABDULLAH ELGAMOUDI - AFP

146 migrants sont portés disparus après un nouveau naufrage au large de la Libye, apprend-on du récit livré mercredi à l'ONU par le seul survivant, un jeune Gambien secouru apparemment par hasard en mer. Ils venaient du Nigéria, de Gambie ou encore du Mali.

Il y avait parmi eux cinq enfants et plusieurs femmes enceintes, d'après ce qu'a raconté cet adolescent de seize ans à un représentant du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés à l'hôpital de Lampedusa, l'île italienne la plus proche des côtes libyennes.

Pour nous en dire plus sur cette situation dramatique, le directeur des opérations chez MSF Belgique, Brice De Le Vingne était invité du "Trois questions à" de Matin Pemière.

Avec l'arrivée des beaux jours, est-ce que vous vous attendez à d'autres catastrophes de ce type?

"Malheureusement oui, enfin on a eu l'expérience l'année passée où, l'année passée en 2016, il a été enregistré plus de 5000 morts et ces morts sont seulement ceux qui ont été enregistrés. On ne connaît pas exactement le nombre précis de morts qu'il y a eu mais effectivement, on s'attend à ce que cette année, il y ait encore de nombreux morts. C'est la raison pour laquelle nous venons de lancer encore un bateau, il y a quelques semaines, qui est en train de faire des sauvetages en mer au moment où nous parlons".

Est-ce que c'est lié également à la situation d'accueil en Libye?

"Ecoutez, la Libye, c'est bien simple, est un pays qui est toujours extrêmement instable. Certaines parties de la Libye connaissent toujours des conflits armés avec des combats. Il y a toute la situation aussi des camps en Libye, donc on peut vraiment dire que ce n’est pas du tout un pays où les gens ont envie de rester. C'est un pays où les gens passent effectivement en transit et rien que la situation là-bas fait crée une situation de détresse humanitaire où les gens veulent absolument sortir et plusieurs centaines, si pas plusieurs milliers de personnes aussi ont besoin de sortir de cette situation, car ce n’est pas du tout un pays où il y a moyen de rester".

Que pensez-vous de la volonté notamment des Italiens de fermer la route maritime vers l'Europe en coopérant avec Tripoli?

"Je pense, pour être tout à fait honnête, que c'est une utopie. On n'empêche pas les gens de bouger avec des réglementations, c'est ce que Médecins sans Frontières, c'est ce que nous témoignons tous les jours, tous les jours nous voyons les impacts de tous ces essais de négociations qui provoquent encore plus de souffrances. On voit que les gens ont encore plus difficile, on voit que les bateaux sont encore moins bien équipés et coulent encore plus facilement. Donc systématiquement, en fait, quand on voit une augmentation de ce genre d'actions, on voit une augmentation de la vulnérabilité et on voit encore quelque part plus de morts et plus de victimes".

Alors vous avez évoqué la mise en mer d'un nouveau bateau. Quelles sont vos actions sur le terrain, que ce soit à Lampedusa ou en mer Méditerranée directement?

"Pour l'instant, il y a deux bateaux, un bateau SOS Méditerranée avec lequel MSF coopère, nous avons nos équipes médicales dessus et un bateau que nous avons loué qui s'appelle 'Le Prudent'. Les deux bateaux ensemble ont plus ou moins une capacité entre 500 et 800 personnes chacun. Le bateau SOS Méditerranée a tourné toute l'année et nous venons d'en mettre un nouveau parce que malheureusement avec le retour des beaux jours, il y a beaucoup plus de traversées. Mais voilà, nous faisons face vraiment à une situation... ça fait maintenant deux ans à peu près que nous faisons cette action et nous n'y voyons pas d'issue enfin pour l'instant ne voit pas d'issue. On voit ce flux, le flux continu et on voit les gens qui continuent à mourir en mer donc nous lançons toujours des opérations pour pouvoir les sauver évidemment".

Est-ce que c'est normal qu'une ONG affrète des bateaux pour secourir les gens ? Est-ce que c'est le rôle d'une ONG, ce n'est pas le rôle des Etats?

"Oui tout à fait c'est le rôle des Etats normalement. Nous faisons un rôle, on le dit nous-mêmes, de sauvetage en mer, c'est un rôle, nous faisons un rôle comme des pompiers, on dirait, et les ONG, nous pallions au manque de solutions politiques. Donc nous sommes là absolument pas pour apporter une solution, mais nous sommes là pour diminuer la souffrance des gens, car il y a un manque de décision politique qui (inaudible) en fait cette vulnérabilité des gens".

Pour terminer, le secrétaire d'Etat à la migration, Theo Francken, vous avait qualifiés de trafiquants d'êtres humains dans un tweet. Après une rencontre avec vous, il a affirmé qu'il retirait ses propos. Pour vous, le dossier est clos?

"Oui, qu'il retire ses propos, c'est une chose et on était effectivement assez choqué, quand on a des équipes et on voit tous les jours que l'on sauve des vies de se faire traiter de telle sorte donc on a forcément apprécié qu'il retire ses propos. Maintenant, le fond reste, c'est ce que je trouve assez incroyable, c'est un peu comme si on disait qu’on allait retirer les pompiers que le feu allait s'arrêter. Donc ça, c'est totalement utopique, on n'est pas là, on n’est certainement pas du tout la cause du problème, la cause du problème, c'est le manque de solution de la part des politiques, ce n’est certainement pas le fait que les ONG essaient de sauver des gens".

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