Réfugiés: Chypre menace de bloquer l'accord entre la Turquie et l'Union européenne

La semaine dernière, lors d'un sommet extraordinaire sur la crise des réfugiés, l'Union européenne et la Turquie ont dégagé ensemble les grandes lignes d'un accord qui devrait être entériné lors d'un nouveau sommet ces jeudi et vendredi. Ankara a proposé à l'Union européenne une série de mesures pour aider l'Europe dans la gestion de cette crise. Mais la Turquie exige évidemment des contreparties : trois milliards d'euros d'ici la fin 2018, en plus des trois milliards déjà promis par l'UE en novembre dernier, la levée des visas en juin pour les ressortissants turcs et l'ouverture de chapitres pour l'adhésion de la Turquie à l'Union. Et c'est notamment sur ces contreparties que les Etats européens sont divisés.

Parmi les Etats membres les plus inquiets, Chypre, qui menace de bloquer l'accord entre la Turquie et l'Union européenne.

Une île pour deux républiques

Si les Chypriotes s'inquiètent plus que les autres de cet accord avec la Turquie, c'est que l'île de Chypre est divisée depuis l'intervention turque de 1974 et la création, dix ans plus tard, d'une République turque de Chypre nord, reconnue uniquement par la Turquie. Au sud de l'île, la République chypriote grecque. Toute l'île est membre de l'Union européenne depuis 2004, mais tant que l'île est divisée, la partie turque de l'île n'est pas soumise aux règles européennes et ne bénéficie pas de tous les avantages liés à cette adhésion européenne.

Un contexte un peu compliqué donc qui explique que tout ce qui concerne la Turquie touche de très près Chypre. D'autant plus que depuis l'adhésion de la République chypriote grecque à l'UE, la Turquie continue à snober les Chypriotes grecs. Par exemple, la Turquie refuse toujours que les avions et les navires chypriotes grecs entrent sur le territoire turc, alors que tous les autres Etats ont cette liberté. Cette discrimination est inacceptable pour les Chypriotes grecs et pour l'Union européenne. Donc, depuis des années, plusieurs chapitres des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE sont gelés. En clair, si la Turquie ne considère pas les Chypriotes grecs comme les autres Européens, ces chapitres ne pourront ni être ouverts, ni être négociés, ni forcément être fermés. Cela bloque un peu plus encore des négociations d'adhésion pas évidentes au départ.

Entrave à une possible réunification de l'île?

Ce qui inquiète les Chypriotes, c'est de voir la détermination européenne faiblir par rapport à la situation de Chypre. La Turquie aimerait faire sauter ce verrou des chapitres gelés et Chypre a peur de ne plus avoir ce moyen de pression pour obliger la Turquie à changer d'attitude. D'autant qu'une réunification de l'île est tout doucement envisageable. Mais ce n'est pas la première fois. En 2004, un premier accord de réunification avait échoué. Les Chypriotes turcs avaient dit oui au plan de l'ONU lors du référendum, les Chypriotes grecs avaient dit non. Le plan avait été enterré.

Mais depuis, on n'a sans doute jamais été aussi proches d'un accord. Les deux présidents chypriotes grecs et turcs se parlent beaucoup, ils s'apprécient. Ils ont géré cela ensemble, à deux, même si évidemment, Union européenne, Grèce et Turquie surveillent cela de très près. Mais la semaine dernière, le président chypriote grec a estimé que cet accord sur les réfugiés entre la Turquie et l'UE pouvait mettre en péril l'équilibre très fragile qui existe entre les deux communautés de l'île. En tout cas si la partie grecque a l'impression que les revendications turques écrasent les droits des Chypriotes grecs.

Mettre la pression sur le rocher chypriote

Et puis, il y a la question de la suppression des visas, réclamée par Ankara, pour les Turcs qui souhaiteraient se rendre dans un des Etats membres de l'Union. Cette mesure était prévue depuis longtemps et devait s'effectuer de manière progressive. Mais la crise des réfugiés est passée par là, et les autorités turques se sont retrouvées en position de force. Cela leur permet d'accélérer le processus. Mais attention, préviennent de nombreux pays dont Chypre, il y a des conditions qui actuellement ne sont pas toutes remplies. Par exemple, la réciprocité. Il faudra que les Européens souhaitant se rendre en Turquie soient aussi dispensés de visas. Aujourd'hui, si un Chypriote veut demander un visa en Turquie, il doit le faire comme ressortissant de l'administration chypriote grecque, comme si l'Etat chypriote n'existait pas. Inacceptable pour les Chypriotes.

L'inquiétude chypriote est bien réelle et pourrait mener au blocage de l'accord. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si ce mardi matin le président du conseil européen, Donald Tusk, s'est rendu à Nicosie pour "écouter les craintes chypriotes" et non pas pour leur mettre la pression, dit-il. Mais personne n'est dupe. Jeudi et vendredi prochain, lors du nouveau sommet européen, nul ne doute que le petit rocher chypriote sera sous pression pour ne pas bloquer cet accord avec la Turquie.

Retrouvez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK