Suisse: pour Didier Reynders, "on ne peut pas laisser passer"

La Commission européenne a ainsi fait part de son intention d'examiner "les implications (du référendum) sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse" tout en regrettant la décision des électeurs suisses qui ont approuvé dimanche à une courte majorité de 50,3% une limitation de l'immigration.

Interrogé ce lundi matin dans notre journal de 8h00 sur La Première, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, juge que l'on "ne peut pas laisser passer une votation comme celle-là". Le chef de la diplomatie estime même "qu’on doit la regretter parce qu’elle remet en cause un principe fondamental de fonctionnement de l’Union Européenne: celui de la libre circulation". "Or nous avons des accords avec la confédération helvétique qui incluent évidemment cette libre circulation. Pour l’instant, ce que je peux dire, c’est que nous allons demander à la Commission européenne d’examiner les conséquences et nous avons d’ailleurs aujourd’hui une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne. Je pense qu’on va se préparer à voir quelles sont les décisions concrètes que la Confédération helvétique va mettre en œuvre sur base de cette votation", a encore fait savoir le vice-Premier ministre.

"Mon souhait, c’est évidemment que l’Union Européenne continue à travailler avec la Suisse mais on ne peut pas le faire sans rappeler un certain nombre de principes et sans exiger un respect d’un certain nombre de règles", a précisé l'ancien président du MR. "Il s’agit de tirer les conclusions, d’appliquer finalement les conséquences des choix que les Suisses feront eux-mêmes. Maintenant, il y a eu une votation, je sais que le président de la Confédération veut aller assez vite mais nous allons entamer une négociation. Le tout c’est que dans ces négociations, les principes de base de fonctionnement de l’Union Européenne soient préservés. C’est une votation intervenue en Suisse qui risque de remettre en cause une série d’accords passés depuis maintenant une quinzaine d’années entre l’Union Européenne et la Suisse", a-t-il prévenu.

Remise en cause de plusieurs accords avec l'UE

Le vote des Suisses risque effectivement de remettre en cause de nombreux accords entre la Suisse et l'Union européenne. Ainsi, "l'accord sur la libre-circulation des personnes avec l'UE est remis en cause", a souligné le président actuel de la Confédération helvétique Didier Burkhalter qui a toutefois tenu à rappeler que son pays dispose d'un "système de démocratie directe" et que "le peuple s'exprime". "C'est un mauvais résultat, la Suisse a besoin de bonnes relations avec l'UE", a commenté le syndicaliste et député socialiste Paul Rechsteiner, dont le parti a parlé de "défaite".

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, le plus européen des ministres d'Angela Merkel, a "regretté" le vote suisse estimant qu'il allait " créer de nombreuses difficultés pour la Suisse dans beaucoup de domaines." "Il faut que les responsables en Suisse en prennent bien conscience", a-t-il martelé, admettant toutefois que "dans ce monde de la mondialisation, les gens ressentent un malaise grandissant vis-à-vis de la liberté complète d'installation".

Martin Schulz: "L'UE honorera ses engagements envers la Suisse et attend la réciproque"

"L'UE honorera ses engagements en vers la Suisse et attend la réciproque de ses partenaires", a affirmé le président du Parlement européen, Martin Schulz.

"Je regrette le résultat du référendum et je prends note de l'étroitesse du vote. J'accepte la décision démocratique du peuple suisse", a-t-il ajouté, par voie de communiqué.

"Le gouvernement suisse doit maintenant déterminer quelles conclusions tirer du référendum et voir s'il est possible de le faire en rendant la décision compatible avec ses engagements internationaux, en particulier ses accords avec l'UE", a poursuivi Martin Schulz. Le vote nécessite "une analyse convenable et des réactions calmes et rationnelles".

"Partenaire clé" de l'Union européenne, la Suisse "profite des bénéfices du marché intérieur", note encore Martin Schulz. "La liberté de circulation en est un pilier crucial."

Un vote qui pose des "problèmes considérables" pour l'Allemagne

Le vote suisse en faveur d'une limitation de l'immigration pose des "problèmes considérables", a indiqué lundi le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel.

"Le gouvernement fédéral a pris note de ce résultat et le respecte mais de notre point de vue, il est cependant clair qu'il pose des problèmes considérables", a déclaré Steffen Seibert lors d'une conférence de presse régulière du gouvernement.

"Les relations étroites qui lient la Suisse à l'Union européenne apportent des deux côtés aux populations de grands avantages et la liberté de circulation est au coeur de ces liens étroits", a-t-il ajouté. "La liberté de circulation est pour nous un bien de haute valeur, la chancelière l'a toujours souligné, il appartient désormais à la Suisse, au gouvernement suisse, après le résultat de ce référendum, de se rapprocher de l'UE et d'expliquer comment elle entend composer avec ce résultat", a-t-il poursuivi, précisant: "Les institutions européennes tireront alors toutes les conséquences politiques et juridiques de ce vote".

L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la Suisse.

"Notre intérêt doit être de préserver une relation entre l'UE et la Suisse aussi étroite que possible de manière à ce que les deux parties, les deux partenaires soient en position de conserver leur propre compétitivité, dans un contexte de compétition globale", a encore souligné M. Seibert.

L'extrême droite européenne applaudit

A l'opposé, plusieurs partis européens d'extrême droite se sont félicité du choix des électeurs suisses.

En France, le Front national, présidé par Marine Le Pen, a salué "la lucidité du peuple suisse" tandis que le chef du parti britannique populiste Ukip, Nigel Farage a parlé d'une "merveilleuse nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale en Europe".

En Autriche, le dirigeant du parti d'extrême droite FPÖ Heinz Christian Strache, a salué un "grand succès", affirmant qu'"en Autriche aussi, la majorité des personnes se prononcerait en faveur d'une limitation de l'immigration".

En Italie, le chef de la Ligue du nord Matteo Salvini, considérée comme populiste, a annoncé sur twitter l'intention de son mouvement de réclamer un référendum pour limiter également l'immigration en Italie. "Ici chez nous, il n'y a plus de place ni de travail pour les immigrés. Il faut donner la priorité à nos millions de chômeurs, de retraités sans droits et de jeunes", a déclaré Massimo Bitonci, chef de file de la Ligue au Sénat.

Mais ces déclarations ne seront pas forcément suivies d'effet. La Ligue du nord ne représente plus qu'environ 4% des électeurs dans les sondages et pour convoquer un référendum en Italie, il faut recueillir 500 000 signatures tandis que les référendums sont uniquement abrogatifs de lois existantes.

L'ancien chef de la Ligue et actuel président de la région Lombardie, Roberto Maroni, avait d'ailleurs critiqué le référendum suisse, estimant qu'il risquait de pénaliser les nombreux travailleurs frontaliers italiens, qui tous les jours passent la frontière pour aller travailler dans le Tessin voisin de la Lombardie. "Je ne vois pas comment les Suisses feraient sans les travailleurs italiens", avait-il ajouté.

Dans le même ordre d'idée, le président du comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF) du Haut-Rhin, département français frontalier de la Suisse, a fait valoir que la Suisse pouvait difficilement se passer des travailleurs étrangers.

RTBF avec AFP

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