Référendum en Nouvelle-Calédonie : Nouméa confirme son attachement à la France, mais pour combien de temps ?

Image prise dans un bureau de vote de Nouméa, de joie d'indépendantistes et d'un paysage néo-calédonien
3 images
Image prise dans un bureau de vote de Nouméa, de joie d'indépendantistes et d'un paysage néo-calédonien - © AFP

Là-bas, on l’appelle le Caillou. C’est Grande Terre, l’île principale de la Nouvelle-Calédonie. L’archipel, perdu en plein pacifique sud, à l’est de l’Australie, a voté pour la deuxième fois en peu de temps sur son indépendance de la métropole. Et à 16.000 kilomètres de Paris, c’est encore une fois le "non" qui l’a emporté.

Une indépendance à portée de main ?

Le taux de participation a été très élevé pour ce deuxième référendum, ce dimanche : 86% de la population en droit de voter (soit 180.000 personnes) se sont rendues dans les bureaux de vote. C’est 5% en plus qu’en 2018. Et le "non" à l’indépendance l’a emporté à 53,26%. Contre 56,67% il y a deux ans. Le camp des indépendantistes fait donc un très beau score, et est plein d’espoir, comme le souligne Franceinfo. Car un troisième (et dernier) référendum est possible. Et ce, dans les deux ans. Il pourrait cette fois faire basculer le choix de la majorité de la population.

Emmanuel Macron, le président de la République française, s’est exprimé lors d’une allocution télévisée ce dimanche 4 octobre. Il dit accueillir ce résultat "avec un profond sentiment de reconnaissance" teinté d'"humilité" au regard de la montée du "oui".

Une population divisée

Pour le député Philippe Gomès, qui milite pour l’indépendance, "la Calédonie française sort fragilisée à l’issue de ce second référendum", comme il a déclaré à Franceinfo. Il dit que les "loyalistes" (les partisans du giron français, qui regroupent six partis classés à droite) ont "raté leur campagne" à cause de leur radicalité et de leur intransigeance. Du côté loyaliste, on rétorque que le taux de participation a été très élevé, et qu’il en ressort que le camp du "non à l’indépendance" gagne 3000 voix.

Témoignages de Juanito Wamyta, directeur de cabinet du groupe Union Calédonienne-FLNKS et de Florenda Nirikari, militante de l’Union Calédonienne.

Kanaks, Caldoches

L’archipel se compose de différents groupes ethniques. Il y a tout d’abord les Kanaks, la population autochtone (descendante des Mélanésiens). Estimée à environ 105.000 habitants, elle peuple principalement le nord de la Grande Terre (le fameux Caillou) et les îles de Loyauté. Elle jouit d’une identité forte, d’une culture fortement revendiquée et est en augmentation. 39% des habitants de Nouvelle-Calédonie se revendiquent canaque. Cette ethnie vote majoritairement pour l’indépendance.

Une autre population néo-calédonienne est descendante des colons européens (principalement français). Ce sont les Européens (environ 27%). Appelés Caldoches, ils côtoient aussi des métis, des personnes d’origine polynésienne (venant de Wallis-et-Futuna, qui constituerait 10% de la population) et une partie de la population qui se désigne comme Calédoniens (refusant de rentrer dans une catégorie). Ceux-ci font appel à l’accord de Nouméa.

La majorité non-kanake, plus riche, se concentre principalement dans le sud de la Grande Terre, et notamment dans Nouméa et sa banlieue.

Une histoire mouvementée

Revenons sur le processus référendaire dans lequel se sont engagées les autorités. Ces bouts de terre (18.000 km2 quand même, soit un peu plus de la moitié du territoire belge) appartiennent à la France depuis 1853. Dans la deuxième partie du XXe siècle s’est engagé, à l’instar d’autres territoires, un processus de "décolonisation".


A lire aussi : Nouvelle-Calédonie : pourquoi choisir entre "la France" et "l’indépendance"?


En 1988, la tension est à son comble. Des militants du FLNKS (Kanaks) prennent en otage des gendarmes dans une grotte. Les négociations échouent et les forces armées françaises interviennent. 19 morts kanaks et 2 militaires sont tués. Après ces tragiques événements, le 26 juin, le président du FLNKS, Jean-Marie Tjibaou, le leader du mouvement anti-indépendance Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) et le Premier ministre français de l’époque, Michel Rocard, signent les accords dits "de Matignon".

Le processus pour l’avenir de l’archipel débute. Une des étapes sera franchie en 1998 avec le fameux accord de Nouméa. Il donne à l’archipel un statut unique, et aussi une "citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie" (un pas vers une potentielle "nationalité"). Les autorités acquièrent également de nombreuses compétences (en fait, toutes celles qui ne relèvent pas du "régalien" – défense, police, justice, affaires étrangères —). L’accord de Nouméa dessine l’avenir institutionnel de l’archipel.

Dans le processus est prévue également l’organisation de trois référendums sur l’accession à la pleine souveraineté avant fin novembre 2018. Les domaines régaliens seraient finalement transférés au cas d’un "oui" à l’indépendance.

Archives : indépendantistes satisfaits de leur score au référendum, à Nouméa, le 5 novembre 2018

Troisième référendum, troisième voie ?

Un troisième référendum pourrait donc voir le jour d’ici 2022. Pour cela, il faut qu’il y ait un tiers du congrès calédonien le demande endéans les six mois. Ce qui est une forte probabilité. Les observateurs y voient un danger car les positions des deux camps pourraient se radicaliser, comme on peut le lire dans cet édito du Figaro.fr. Une solution négociée doit donc être, selon eux, sérieusement envisagée. Pour éviter de fracturer encore plus la société, elle pourrait consister par exemple à donner une plus forte autonomie aux différents districts de l’archipel (à savoir le Nord, le Sud et les îles Loyauté). La question du drapeau, d’une graphie spécifique sur les billets de banque, d’un hymne spécifique ou encore d’une nouvelle appellation du territoire – le nom Nouvelle-Kanaky pourrait par exemple faire son apparition — est aussi sur la table.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK