Référendum en Macédoine: "Une clé dans les Balkans, parce qu'elle se trouve au cœur de toutes les routes"

Ce dimanche, les Macédoniens se rendent aux urnes pour décider ou non de changer le nom de leur pays en "Macédoine du Nord". Pour Simon Rico, rédacteur en chef adjoint du "Courrier des Balkans", l'enjeu est très symbolique, et remonte à l'indépendance de la Macédoine, en 1991. "Ce conflit touche à un point à la fois essentiel et extrêmement subjectif : la question de l’identité", expliquait-il au micro de Week-End Première. Pour la Grèce, le terme "Macédoine" est une spoliation de son histoire : Athènes considère que la "vraie" Macédoine est celle située sur son territoire, autour de la ville de Thessalonique.

"Dans les Balkans, en général, on assoit sa légitimité en étant le peuple le plus ancien, note Simon Rico. Et dans cette histoire, c’est un peu toutes les strates de peuplement qui sont en jeu." Les Grecs estiment qu'ils sont les premiers à être arrivés dans la région, et accusent les Slaves macédoniens de se réapproprier l'héritage antique du roi de Macédoine Philippe II et de son fils, le célèbre Alexandre le Grand.

13 ans dans l’antichambre de l’UE

Dans les Balkans, la question est moins importante que celle, par exemple, de la rectification des frontières entre le Kosovo et la Serbie, selon Simon Rico. Pourtant, de nombreuses puissances, parmi lesquelles les Etats-Unis, ont poussé pour que la question du nom de la Macédoine soit réglée au plus vite. L'explication ? "La Macédoine est une clé dans les Balkans, parce qu’elle se trouve au cœur de toutes les routes : la route des réfugiés, la route des trafics", affirme Simon Rico. C’est le dernier territoire qui était sous l’autorité de l’Empire ottoman, et c’est un territoire qui est disputé par l’ensemble de ses voisins : la Grèce, la Bulgarie, l’Albanie et le Kosovo." La communauté albanaise représente 25% de la population en Macédoine.    

La Macédoine a accepté d'organiser un référendum de changement de nom par stratégie, afin de se rapprocher de l'UE et de l'OTAN. "La Macédoine a le statut de pays candidat à l’union européenne depuis 2005, ça fait 13 ans qu’elle est dans l’antichambre de l’UE à cause du veto grec", explique Simon Rico. Jusqu'à présent, Athènes refusait catégoriquement l'entrée de la Macédoine dans les 28 si elle ne changeait pas son nom. Idem pour l'OTAN, que la Macédoine aurait dû intégrer en 2008.

Beaucoup considèrent que le Premier ministre a trahi la Macédoine

Pour Simon Rico, le véritable enjeu est bien l'entrée de la Macédoine dans l'Otan, ce qui explique que Washington suivent particulièrement le vote. "Les Etats-Unis ont sûrement leur plus grosse ambassade dans les Balkans à Skopje, ce qui montre l’importance qu’ils accordent à ce que certains qualifient de tour de contrôle des Balkans", note le journaliste.

En Macédoine, la question divise la caste politique: le président Gjorge Ivanov lui-même a refusé de signer un accord sur le sujet. Le Premier ministre social-démocrate Zoran Zaev compte, lui, sur ce vote pour relancer le processus d'intégration euro-atlantique, une "panacée, car il n’y a quasiment aucune autre promesse d’avenir à tenir pour la population macédonienne", explique Simon Rico. Mais les Macédoniens ne sont pas tous de son avis: "beaucoup considèrent que le Premier ministre a trahi la Macédoine, a vendu l'identité profondément macédonienne au profit d'un accord moins intéressant que la défense de l'identité du peuple macédonien", affirme le journaliste. Dans l'opposition, le parti de droite conservatrice, dont les partisans représentent 30% de la population, a refusé de donner de consigne de vote.

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