Réchauffement climatique : les Vosges attendent la neige désespérément

Depuis le télésiège, le décor est immaculé. Ce mercredi 5 février sous le soleil, la station "La belle montagne" tourne à plein régime. Perché à un peu plus de 900 mètres d’altitude, ce domaine skiable situé sur la commune de La Bresse est la première station des Vosges. Pourtant, 24 heures plus tôt, il n’y avait pas un seul flocon sur les pistes totalement lessivées par la pluie. La neige n’est plus tombée en grande quantité depuis le 26 décembre dernier. Et les températures positives annoncées dans les prochains jours donnent des sueurs froides aux professionnels des sports d’hiver.

Les pieds dans la boue

Si la neige forme un mince manteau, cette couche de poudreuse ne va pas sauver la saison. En France, les vacances de février débutent samedi. Avec les congés scolaires des pays voisins, l’affluence va s’échelonner sur 3 semaines mais la neige ne tiendra pas la longueur au vu des températures trop douces et de la pluie qui devrait être de retour dès dimanche.

"C’est la première fois qu’on ressent une si grosse déception avec la pluie qui a précédé le verglas… On vient ici depuis 20 ans. On a jamais vu ça !" constate un couple d’amoureux inconditionnels de la région.

Les Belges sont très nombreux à fréquenter le domaine et ils sont soulagés de pouvoir quand même profiter des plaisirs de la glisse : "On est là depuis deux jours et donc on est content d’en profiter même si qualité n’est pas terrible", sourit l’un d’eux. "On est heureux qu’elle soit tombée la nuit dernière même s’il en manque encore un peu. On vient quand même pour ça donc c’est toujours décevant quand on ne la trouve pas l’arrivée", reconnaît une maman qui a fait le déplacement avec sa famille.

 

La Bresse, morne plaine

Dans le village de La Bresse, c’est le calme plat. Chez Sport passion, l’un des plus gros loueurs de skis du coin, l’activité est partagée entre la glisse en hiver et les vélos durant la belle saison. Damien Bouton est sceptique : "on travaille 365 jours par an mais si la période de ski devient de plus en plus courte et de plus en plus compliquée, il y aura inévitablement un impact sur notre chiffre d’affaires" prévient le loueur.

A l’hôtel des Vallées, l’heure n’est pas à la panique. Avec une centaine de chambres, l’établissement va faire le plein durant toutes les vacances. Pourtant, le directeur Hervé Pierrel, s’inquiète pour l’économie locale : "C’est clair que nos collègues commerçants ont vécu un très mauvais mois de janvier. Au niveau social, c’est compliqué. A La Bresse, il n’y a actuellement qu’une cinquantaine de saisonniers en activité contre 300 habituellement."

S’adapter et changer de métier

À Gérardmer, la population va doubler d’ici la semaine. 20 mille touristes devraient débarquer dans cette petite ville de 10 mille habitants. Pour compenser le manque de neige, la municipalité a construit un village des skieurs équipé d’une patinoire. Des activités sont aussi prévues à l’abri des averses pour les vacanciers, dans les gymnases et les salles publiques.

Mais pour Hervé Poizat, le directeur de l’office du tourisme, les opérateurs et surtout les travailleurs saisonniers vont devoir s’adapter : "Pour le moniteur de ski, ça s’annonce compliqué. C’est clair qu’un moniteur de ski qui est moniteur de natation l’hiver devra soit changer de métier, soit il devra aller travailler ailleurs… Mais ce sera difficile."

D’après une étude de Météo France, la moyenne montagne souffre davantage du réchauffement climatique que la haute montagne. Celle-ci perd en moyenne cinq jours de neige tous les dix ans.

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