RDC: une opposition à nouveau divisée

RDC: une opposition à nouveau divisée
RDC: une opposition à nouveau divisée - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Lorsque le téléphone portable de Martin Fayulu sonne, c’est la musique qui a rythmé sa campagne électorale qui résonne dans le bureau de sa résidence. L’homme d’affaires et opposant s’était vu président de la République démocratique du Congo. Mais c’est finalement Félix Tshisekedi qui a été proclamé vainqueur de l’élection de décembre 2018, suite à un accord de partage de pouvoir avec l’ex-président Joseph Kabila.

Le chef de l’Etat devrait annoncer ce mois-ci la composition de son nouveau gouvernement. Les négociations sont toujours en cours, afin de déterminer les postes qui seront attribués à des membres de sa formation politique, la coalition Cap pour le changement (Cach), et ceux qui resteront aux mains du Front commun pour le Congo (FCC), le regroupement politique mené par Joseph Kabila, qui reste largement majoritaire à l’Assemblée.

Mais du côté de l’opposition, c’est une autre question qui se pose : comment sortir de la crise électorale ? Et les positions des opposants Martin Fayulu et Moïse Katumbi, son allié au sein de la coalition Lamuka, semblent de plus en plus difficiles à concilier.

"Une crise de légitimité"

Depuis l’annonce des résultats de la présidentielle – que la Conférence épiscopale du Congo a déclarés non conformes à ses observations -, Martin Fayulu, candidat malheureux, fulmine et dénonce ce qu’il perçoit comme une "manœuvre de Joseph Kabila" pour garder la main sur les affaires du pays. "Nous sommes dans une crise de légitimité, dit-il. Vous avez des représentants du peuple, qui n’ont pas été élus".

Près de six mois après le scrutin, il estime toujours être le vrai gagnant de l’élection et continue de réclamer que les votes soient recomptés, ou de nouvelles élections organisées. "Nous ne reconnaissons pas Félix Tshisekedi comme président, insiste-t-il. Nous ne pouvons pas être complices du forfait qu’il a commis et nous allons continuer à nous battre". Mais Martin Fayulu semble de plus en plus isolé, y compris au sein de Lamuka.

Alors que Martin Fayulu revendique le départ de Felix Tshisekedi, Moïse Katumbi – rentré au pays pour la première fois le mois dernier, après trois ans d’exil- plaide pour aller de l’avant et jouer un rôle dans l’opposition. "Nous nous positionnons par rapport au régime en place, et au président "de fait"", dit Chérubin Okende, porte-parole de Lamuka. "Nous ne ferons pas partie du gouvernement, mais nous ferons de l’opposition, pour critiquer ce gouvernement si ses actions ne correspondent pas à la volonté du peuple."

Au sein de la société civile, qui espère des réformes, ces divisions inquiètent. "L’adversaire du développement, l’adversaire la démocratie, ce n’est pas Félix Tshisekedi, c’est le FCC, avec son autorité morale, Joseph Kabila. Pour éradiquer leur système, l’opposition doit faire front, pense l’avocat et activiste Chris Shematsi. Mais il y a un problème d’opinions qui divergent sur la stratégie à adopter, et surtout un problème d’ego. Et au final, c’est à nouveau la population qui va en pâtir."

Comme cela a souvent été le cas sur la scène politique congolaise, une opposition divisée augmentera la marge de manœuvre du pouvoir en place.

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