RDC: Thierry Michel dépose plainte après des menaces liées au prix Nobel de la paix Denis Mukwege

RDC: Thierry Michel dépose plainte après des menaces liées au prix Nobel de la paix Denis Mukwege
RDC: Thierry Michel dépose plainte après des menaces liées au prix Nobel de la paix Denis Mukwege - © ERIC LALMAND - BELGA

Le réalisateur et journaliste Thierry Michel a annoncé vendredi avoir déposé plainte "pour des faits de menaces écrites" proférées sur le réseau Whatsapp en raison, selon lui, de sa proximité avec le gynécologue congolais Denis Mukwege, qu'il a accompagné à Oslo le 10 décembre lors de la remise du prix Nobel de la paix et auquel il a consacré l'un de ses films.

"Cela a commencé, après l'attribution du prix Nobel de la paix, prix considéré par les chantres du pouvoir (de Kinshasa, ndlr) comme le prix de la haine, un prix qui a sali le pays (la République démocratique du Congo) et dont le docteur devra payer le prix",  explique Thierry Michel .

Contacté par nos soins, le cinéaste explique qu'il subit une campagne d'invectives, de diffamations vulgaires, mensongères, calomnieuses, malveillantes, d'un véritable lynchage intellectuel, et de menaces ciblées par réseaux interposés. "Sachez que toi réalisateur de film et ton ami mukwege vous allez devoir payer ça très chère (sic)", est l'un de messages qui circulaient sur Whatsapp.

Thierry Michel a accompagné le Docteur Mukwege à Oslo, le 10 décembre dernier, pour la remise du prix Nobel de la Paix. le gynécologue congolais y a tenu un discours historique.

"Il a mis le doigt sur la plaie béante qui balafre le Congo, en évoquant la cartographie des crimes contre l'humanité commis dans ce pays, un rapport-mapping édité par les Nations unies, qui a listé 617 crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis au Congo et impunis à ce jour. Le pouvoir (de Kabila ndlr) a du prendre cela dans l'estomac, même si les rébellions sont aussi concernées. Malgré tout, il y a des acteurs principaux de l'Etat, qu'ils soient ministres ou généraux qui sont impliqués dans ces crimes." En prononçant ce discours, conclut Thierry Michel, Denis Mukwege s'est mis en danger. D'ailleurs, les porte parole informels de la majorité kabiliste , au pouvoir à Kinshasa ont parlé de "Prix Nobel de la Haine" qui salit le pays.

Le Docteur Mukwege au chevet de son pays, un grand corps malade

Hier, dans une tribune d'opinion publiée sur le site du quotidien américain New York Times, le co-lauréat du prix Nobel de la paix a demandé la démission du président Joseph Kabila et de ses "généraux corrompus".  "Les Etats-Unis et d'autres puissances mondiales doivent mettre en oeuvre
des pressions contre le président Kabila maintenant, pour qu'il soit bien clair que les violences des forces gouvernementales contre des civils innocents est inacceptable", a p
oursuivi  Mr Mukwege.

"Aussi longtemps que l'actuelle gouvernance reste en place, n'importe quel scenario électoral ne mènera qu'à plus de violence, plus d'instabilité et un plus grand risque de sombrer dans la dictature."

Denis Mukwege a toujours été clair: il est hors de question pour lui de délaisser ses patients pour se lancer dans une carrière politique. Par contre, il appelle à la démission du président Kabila, et à l'établissement d'une transition, avec un gouvernement neutre, de techniciens issus de la société civile. Des gens porteurs d'une vision, et préparant des élections démocratiques. Denis Mukwege est prêt à assumer la présidence provisoire de ce gouvernement de transition, pour éviter que le pays ne sombre dans la violence et dans le chaos absolu.

L'opposition divisée : les "Thisekedistes" jaloux de la popularité de Fayulu

Mais les menaces et les critiques n'émanent pas que des cercles proches du pouvoir. Il semble qu'une partie de l'opposition, proche de l'UDPS de Felix Tshisekedi,  et de la diaspora veuillent salir le gynécologue, qu'ils considèrent comme trop proche du candidat "rival " Martin Fayulu. Pour Thierry Michel, on assiste à une radicalisation de l'opposition "tshisékédiste", qui voit d'un mauvais oeil la popularité grandissante de Martin Fayulu.

Pour Thierry Michel, cette campagne se poursuit d'ailleurs principalement sur le groupe Whatsapp Cheikfitanews, qu'il estime proche du parti d'opposition congolais l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social). "J'ai été contraint de porter plainte",  souligne le réalisateur.

Cette plainte avait été déposée mardi auprès de la police de Liège.  Selon lui, Cheik Fita, l'administrateur de ce groupe Whatsapp, a toutefois appelé les membres de son groupe à la retenue et à expulsé le plus menaçant des intervenants du groupe.

Denis Mukwege reste en Europe

Le docteur Mukwege aurait dû rentrer le 20 décembre derneir à Bukavu, pour rejoindre son hôpital de Panzi, où l'attendaient en héros ses patients et ses proches après la consécration du Nobel de la Paix. Etant donné les tensions pré-électorale le docteur a préféré différer son retour, par prudence.

A Panzi, la petite ville où se trouve son hôpital, ses collaborateurs roulent dans des voitures aux vitres teintées, par précaution. Les mamans et les jeunes filles opérées et sauvées par le docteur devront attendre avant de le serrer dans leurs bras.

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