RDC : tension maximale, l'annonce des résultats pourrait être reportée

Organisé de façon chaotique, le double scrutin présidentiel et législatif du 28 novembre à un tour a été émaillé de violences meurtrières, entaché d'irrégularités et de soupçons de fraudes. Initialement prévue ce mardi, l'annonce des résultats complets pour les 11 candidats à la présidence pourrait être différée par la Commission électorale (Céni). Les résultats définitifs de la présidentielle devront toutefois être proclamés le 17 décembre par la Cour suprême, et le nouveau président prêtera serment le 20.

Dans la crainte de débordements violents, les autorités se sont visiblement bien préparées à Kinshasa, une ville plutôt favorable à l'opposition et où aucun incident n'a été signalé ce mardi matin. Quelque 20 000 militaires en armes ont été déployés dans la capitale et des vedettes patrouillent sur le fleuve Congo. Autour du stade des Martyrs, le plus grand de Kinshasa et haut lieu des rassemblements politiques, on pouvait voir mardi un gros détachement de police d'environ 200 hommes. Signe d'une crainte ambiante, la circulation était très limitée. Dans les différents quartiers, la police est présente mais pas omniprésente et "sur les dents". La ville tourne au ralenti : les rues sont presque désertes, il n'y a pas d'embouteillage et les vendeurs ambulants sont quasi-invisibles.

La présence la plus visible des forces de l'ordre est dans le quartier de Limete à distance du QG de l'UDPS, le parti d'Etienne Tshisekedi, le grand rival du président sortant Joseph Kabila. La police "a pris ses dispositions pour maintenir l'ordre public et le rétablir au cas où il y aurait des troubles", a averti lundi son chef, le général Charles Bisengimana.

Le journal de la télévision d'Etat RTNC était d'ailleurs plutôt martial: le chef de la police, le chef d'état-major général, et plusieurs ministres ont défilé à l'écran avec un seul et même message: vaquez normalement à vos occupations, aucun désordre ne sera toléré. Le tout entrecoupé d'images en boucle de soldats en treillis à l'entrainement, de canons à eau dispersant des manifestants. A l'intérieur du pays, on redoute d'éventuelles violences au Katanga, ou dans les Kasaï Occidental et Oriental.

Report de l'annonce de résultats?

Il était depuis longtemps prévu que la Céni annonce ce 6 décembre les résultats globaux provisoires de la présidentielle du 28 novembre. Onze candidats sont en lice mais deux se sont nettement détachés au fil des chiffres égrenés depuis vendredi: ceux de Joseph Kabila et d’Etienne Tshisekedi.

"Nous allons d'abord nous assurer que tous les procès-verbaux sont arrivés et que nous avons toutes les informations. Sinon, on ne pourra donner qu'un rapport partiel", a anticipé lundi soir le président de la Céni, le pasteur Daniel Mulunda, en donnant de nouveaux résultats partiels sur deux tiers des bureaux de vote.

Joseph Kabila, 40 ans, élu en 2006, est crédité de 46,4% et devance d'environ 1,3 million de voix tienne Tshisekedi (36,2%), 78 ans, qui dès vendredi dernier rejetait ce décompte et se faisait menaçant. "L'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) met en garde M. Ngoy Mulunda et Kabila pour qu'ils respectent la volonté du peuple", avait tonné le chef de l'UDPS, ajoutant qu'"en cas de besoin" il lancerait un "mot d'ordre", sans plus de précisions.

J. Kabila et E. Tshisekedi respecteront le verdict des urnes

Des diplomates en poste à Kinshasa, dont l'ambassadeur de Russie, qui préside actuellement le Conseil de sécurité, ont rencontré lundi successivement le président Kabila et son rival Etienne Tshisekedi. Les deux rivaux se sont engagés à respecter le verdict des urnes, a ensuite annoncé le représentant spécial de l'ONU et patron de la Mission des Nations Unies en RDC (Monusco), le diplomate américain Roger Meece.

"Comme (Joseph) Kabila nous a dit ce matin, (Etienne) Tshisekedi vient de nous assurer aussi qu'il partage entièrement ce sentiment dans la nécessité de garder le calme, d'attendre les résultats de la Céni et d'utiliser les voies pacifiques pour la résolution de tous contentieux électoraux", a déclaré Roger Meece à la radio onusienne Okapi.

Départs en masse vers Brazzaville

A Kinshasa, le climat de peur a poussé certains à partir en bateau à Brazzaville. Ainsi par exemple Etienne, un consultant que son entreprise a décidé d’évacuer par précaution. Interrogé par la RTBF, il explique que le climat de tension l'inquiète au plus haut point : "Il y a une peur ; vous savez, dans tous les pays africains, les gens se proclament déjà l'avance comme gagnants et ça provoque des conflits". Plus de 3000 Congolais se sont réfugiés de l'autre côté du fleuve Congo.

Le ministère belge des Affaires étrangères a réaffirmé lundi que la période n'est pas propice pour des voyages en RDC. Les Affaires étrangères n'ont toutefois plus modifié depuis le 14 novembre dernier, deux semaines avant les scrutins présidentiel et législatifs, l'"avis de voyage" adressé aux ressortissants belges désirant se rendre en RDC. Cet avis indique : " L'attentisme des milieux d'affaires, l'indisponibilité des interlocuteurs officiels et les tensions possibles liées aux perturbations de l'ordre public font que la période allant du 15 novembre à la fin de l'année ne sera guère propice pour des voyages en RDC".

Il est donc "recommandé de suivre attentivement les actualités (sur les chaînes Radio Okapi et RFI, qualifiées de 'fiables') et de se tenir à l'écart de tout rassemblement public", ajoutent les Affaires étrangères, dont le porte-parole, Michel Malherbe, a cependant rappelé qu'il restait "vigilant" et "conscient de la tension sur place" et assuré qu'il suivait les élections de près, tout comme le ministère de la Défense.

"En cas de problèmes pour la communauté belge, nous serions préparés à adopter les mesures nécessaires", a-t-il assuré en admettant - tout comme un porte-parole militaire - que le gouvernement avait adopté des mesures de "prudent planning" ("planification de précaution"). Mais il ne s'agit que d'une "simple mesure de précaution", a souligné le porte-parole. Ainsi, "aucune décision d'envoyer une mission militaire au Congo n'a été prise", a-t-il conclu.

L'ONG International Crisis Group a émis un bulletin d'alerte pour la RDC en la classant dans la catégorie "risque de conflit".

RTBF

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK