RDC: pourquoi les élections du 30 décembre sont reportées dans trois districts électoraux?

Les élections directes (présidentielle, législatives et provinciales) prévues dimanche en République démocratique du Congo (RDC) ont été reportées au mois de mars dans deux zones de conflit dont Beni, a indiqué mercredi la commission électorale nationale indépendante (Céni). Le lien vers le communiqué de la Céni 

1.256.117 électeurs concernés par ce report

Ce report partiel concerne notamment l'élection présidentielle, déjà trois fois reportée, qui doit désigner le successeur du président Joseph Kabila au pouvoir depuis janvier 2001. Ce report concerne 1.256.117 électeurs (sur les 40 millions inscrits). 

Des régions où les attaques sont fréquentes

Le communiqué de la Céni précise "Considérant la persistance de l'épidémie de la maladie à virus Ebola qui continue de sévir dangereusement dans les circonscriptions électorales de Beni, Beni Ville et Butembo Ville dans la province du Nord-Kivu ainsi que la menace terroriste qui plane sur cette région avec des actes criminels récurrents perpétrés par des bandes et milices armées. Considérant, en outre, que les élections suscitent des mouvements importants des électeurs vers les lieux de vote, entraînant ainsi des concentrations et une forte promiscuité de la population, augmentant le risque de propagation de cette maladie et favorisant opportunément les attaques terroristes. Qu'en sus, le déploiement des agents opérationnels de la Céni, des témoins, des observateurs électoraux et journalistes dans ces contrées les expose aux mêmes menaces relevées ci-dessus (...) les élections directes dans les circonscriptions électorales de Beni, Beni ville et Butembo ville en province de Nord-Kivu ainsi que Yumbi, dans la province de Maï-Ndombe, initialement prévues le 30 décembre 2018, sont reportées au mois de mars 2019 et feront l'objet d'un calendrier spécifique". 

La région de Beni est en proie à des attaques fréquentes de rebelles musulmans ougandais (les ADF) et à une épidémie d'Ebola qui a fait plus de 300 morts. À Yumbi, au moins 80 personnes ont été tuées dans la soudaine éruption de violences communautaires qui a touché la province du Mai-Ndombe au nord de Kinshasa, au bord du fleuve Congo.

"Des arguments qui ne tiennent pas" 

"(A Beni), Ebola et l'insécurité sont des arguments qui ne tiennent pas debout: c'est surtout que la région du grand Nord Kivu n'est pas en faveur de la majorité", a accusé un militant du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (Lucha).

Quant à l'autre région concernée par le report, "c'est une région acquise à (l'opposant) Fayulu, cela semble la vraie raison du report, derrière le prétexte des affrontements intercommunautaires", a ajouté cet activiste, Claude Kinyuyu.

"C'est une décision très grave. Il y a quelque part un agenda caché", a déclaré à la presse le porte-parole et le secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), l'abbé Donatien Nshole, dans une première réaction.

"Un prétexte pour reporter ces élections"

Nous avons joint Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’Université de Liège (ULiège) et auteur de nombreuses recherches sur la République démocratique du Congo. Il se trouve pour l'instant à Kinshasa. Pour lui, ce report est un prétexte pour reporter le scrutin. "L'administration électorale n'est pas en mesure de pouvoir tenir le délais du 30 décembre 2018 pour organiser ces élections. Elle cherche par tous les moyens à avoir des prétextes pour reporter ces élections". 

Ecoutez la réponse complète de Bob Kabamba ci-dessous 

 

Les élections maintenues le 30 décembre dans les autres régions de la RDC 

La Commission électorale nationale indépendante maintient pour l'instant la date des élections le dimanche 30 décembre 2018 pour les autres régions du pays. La prestation de serment du président est, elle, prévue le 18 janvier 2019 selon le dernier calendrier électoral publié par la Céni. 

Un serment présidentiel le 18 janvier 2019 qui pose question 

A la vue du dernier calendrier électoral publié par la Céni, une question se pose. Comment est-il possible de maintenir la prestation de serment du président de la république le 18 janvier 2019 si l'élection présidentielle est reportée au mois de mars 2019 dans certaines régions du pays ?

Pour Bob Kabamba, cela pose clairement question. "Pour moi, cela signifie clairement qu'on ne tiendra pas compte de l'avis de ces populations dans le cadre de l'élection présidentielle. Ce sont des zones acquises à l'opposition".  

Ecoutez la réponse complète de Bob Kabamba ci-dessous 

Le futur parlement sera aussi impacté

Le report des élections dans ces régions aura aussi certainement un impact sur les résultats des élections législatives. "Dans le futur parlement, il va manquer 15 députés (entre janvier et mars) explique Bob Kabamba. Cela devrait compliquer le fonctionnement du parlement. 

Ecoutez la réponse complète de Bob Kabamba ci-dessous 

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