RDC: Qui seront les candidats à l'élection présidentielle ?

RDC: Qui seront les candidats à l’élection présidentielle ?
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Sauf rebondissement ou nouveau retard, l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), devrait avoir lieu le 23 décembre prochain.

Pour prétendre à la présidence, les candidats doivent déposer leurs candidatures à la Commission électorale nationale indépendante (CÉNI) à Kinshasa avant le 8 août.

Mais qui sont les potentiels candidats à la présidence de la RDC ? Joseph Kabila sera-t-il candidat ou présentera-t-il un "dauphin" ?

Félix Tshisekedi

Félix Tshisekedi, c’est le fils d’Etienne Tshisekedi, ancien président de l’UDPS et opposant historique au pouvoir (Mobutu d’abord, Laurent-Désiré Kabila ensuite et puis Joseph Kabila) décédé en février 2017. Le fils a depuis repris les rênes du parti "Union pour la démocratie et le progrès social". En tant que président du premier parti d’opposition, il devrait, selon toute vraisemblance se porter candidat puisqu’en devenant président de l’UDPS en mars dernier, il est devenu de facto le candidat de son parti pour la présidentielle.

Le fils porte tout le poids de la figure paternelle et bénéficie d’un appui important dans les deux anciennes provinces du Kasaï (central et oriental), dans l’ancien Bas-Congo et à Kinshasa, notamment.

Jean-Pierre Bemba

Ancien homme d'affaires et ancien chef de guerre avec sa milice du MLC (Mouvement de libération du Congo) devenu un parti politique officiel, Jean-Pierre Bemba a déjà déposé son dossier de candidature auprès de la CÉNI pour l’élection présidentielle du 23 décembre. Mais sa candidature pourrait être refusée par la CÉNI et peut-être aussi par la Cour constitutionnelle.

Même s’il a finalement été acquitté, en appel, par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre  en juin dernier, en raison d’une accusation du procureur général mal ficelée selon certains observateurs, un deuxième dossier judiciaire pourrait contrarier ses projets.

Car il n’est pas exclu qu’il soit aussi inculpé pour une affaire de subornation de témoins, ce qui impliquerait de la corruption. Or aucun candidat ne peut se présenter à la présidentielle de la RDC s’il a été condamné pour corruption. Un point qui pourrait vraiment mettre en péril sa candidature.

Il est pourtant extrêmement fort d’un poids de vue électoral, on l’a vu lors de la campagne de 2006 puisqu’il a obtenu près de 40% des voix dans tout le pays, mais en tête dans l'Ouest du pays et à Kinshasa. Un refus de sa candidature pourrait provoquer de sérieux troubles.

Moïse Katumbi

Moïse Katumbi n’a jamais vraiment caché ses intentions. En mai 2016 il déclarait déjà qu’il serait candidat à l’élection présidentielle. Le président de la plateforme électorale "Ensemble pour le changement" est un riche homme d’affaires et bénéficie d’un important soutien populaire.

Après avoir vécu plusieurs année en Europe suite à ses démêlés avec le pouvoir, l’ancien gouverneur du "grand Katanga" cherche à rentrer en RDC pour déposer sa candidature. Mais les autorités lui refusent jusqu'à présent l’accès au territoire.

Il lui a été aussi signifié qu’à son arrivée, il serait immédiatement inculpé dans une affaire, dont les partisans de Katumbi disent qu’elle a été montée de toute pièce. Il est cité dans plusieurs affaires judiciaires, certains affirment aussi qu’il ne serait pas en possession d’un passeport en règle. 

Se présenter en personne à la CÉNI parait compliqué mais ses partisans pourraient très bien aller déposer une candidature en son nom à la CÉNI, car il n’est pas tenu légalement de s’y rendre personnellement.

Le pouvoir semble tout faire pour l’empêcher d’être candidat car c’est probablement la personne dont Joseph Kabila se méfie le plus aujourd’hui. Ancien fidèle du président, l’amitié s’est rompue entre l’actuel président et celui qui dirige le club de foot du Tout Puissant Mazembe. Une rupture marquée par sa démission du poste de gouverneur et du PPRD, le parti de Joseph Kabila, et la dénonciation du non-respect de la constitution par le gouvernement avec la dénonciation du projet de troisième mandat.

Moïse Katumbi est populaire dans beaucoup de régions, avec un électorat extrêmement important dans sa région d’origine, le Katanga, qui est une région importante d’un point de vue économique.

Un sondage paru en mai 2016 le donnait en tête des intentions de vote dans l’optique présidentielle, mais les résultats de ce sondage sont à prendre avec prudence, un an plus tard. Mais à l’échelle nationale, il resterait le plus populaire de tous les candidats.

D’autres candidats de l’opposition ?

Certaines personnalités de l’"autre opposition", celles passées dans le camp gouvernemental en rejoignant le front commun pour le changement autour de Joseph Kabila suite aux accords de la Saint-Sylvestre pourraient aussi se déclarer.

Et l’une de ses personnalités pourrait être l’actuel Premier ministre Bruno Tshibala , un ex-compagnon de lutte d’Etienne Tshisekedi. Cette option fragmenterait encore davantage l’opposition. Autre personnalité souvent citée : Vital Kamerhe, arrivé en troisième position à l'élection présidentielle de 2011 derrière Jospeh Kabila et Etienne Tshisekedi. Le natif de Bukavu jouit d'un appui populaire important dans les deux Kivu (Nord et Sud).

Une personnalité de la société civile ?

Une candidature issue de la société civile n’est peut-être pas non plus à exclure.

Denis Mukwege, le médecin-gynécologue qui soigne les femmes victimes de viols dans la région du Sud-Kivu n’hésite pas à s’engager sur le terrain politique avec des sorties contre le pouvoir en place. Mais de là à franchir le pas ? S’il affirmait ne pas encore avoir tranché la question en 2015, à priori, ça ne devrait pas être le cas.

Le lauréat du prix Sakharov 2014 a été pressenti à un moment par les milieux intellectuels et la société civile et soutenu par plusieurs personnalité belges pour diriger une improbable force de transition lors de la crise qui a mené aux accords de la Saint-Sylvestre. Mais le docteur Mukwege semble avoir pris la décision de ne pas se présenter. Il n’a aucune expérience politique, mais bénéficie d'une grande crédibilité.

Un autre nom est parfois aussi cité, celui du cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. qui est régulièrement intervenu dans la sphère politique avec des prises de positions parfois tranchées, notamment lorsqu’il s’est opposé, en 2011, au scrutin présidentielle à un tour ou qu’il a contesté les résultats de la présidentielle de 2011 qui a vu la victoire de Joseph Kabila. Mais il a aussi et surtout été président de la conférence nationale souveraine de 1990 à 1992. Pour l’instant, ces deux scénarios ne tiennent pas la route tant qu’il n’y a  pas un accord général là-dessus. Les conditions ne semblent pas réunie pour qu’un tel scénario prenne forme.

D’autres candidats de la société civile, moins connus, pourraient émerger mais une campagne électorale en RDC coûte extrêmement cher. Il faut disposer d’un avion, de moyens logistiques énormes et de gros moyens financiers.

Le candidat du pouvoir : Joseph Kabila lui-même ou un proche

Et puis, c’est la grande inconnue à l’heure actuelle. Même si officiellement Joseph Kabila ne devrait plus se représenter, l’actuel président entretient le suspense et certaines rumeurs disent qu’il hésite encore.

Il n’est donc pas impossible qu’il se présente pour un "deuxième" mandat en invoquant une nouvelle constitution lors des élections de 2011. Alors que dans le fait ce serait pour un troisième, ce qui est interdit par les textes.

La plupart des experts constitutionnalistes estiment que la constitution de la RDC a bien été amendée mais qu’il s’agit toujours de la même constitution : celle de la troisième république. Il ne pourrait donc pas faire de troisième mandat. Une nouvelle candidature de Joseph Kabila pourrait donc entraîner une mobilisation de la rue et rendre la situation du pays encore plus instable.

Dès lors, le président pourrait faire le choix de désigner un "dauphin".  Et là, il faudrait qu’il puisse désigner la personne la plus à même de gagner, mais aussi celle qui serait aussi la mieux à même d’éventuellement le protéger, s’il ne se représente pas.

Dans cette optique, certains noms émergent comme l’ancien premier ministre Matata Ponyo, proche de l’actuel président et à la tête du gouvernement de 2012 à 2016. Ou une personnalité comme Aubin Minaku, président de l'Assemblée nationale depuis 2012.

Problème de cette option, cela pourrait entraîner des jalousies et des divisions dans son propre camp. Et puis un "dauphin" ça peut être très fidèle à un moment et puis finalement prendre son indépendance. Le choix semble donc difficile à opérer.

Quoi qu’il en soit, le parti au pouvoir, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, qui a formé une coalition dite Front commun pour le Congo (FCC) quelque mois avant les élections, s’est fondé sur une charte. Cette charte appelle les partis membres à s'engager à soutenir une seule candidature à la présidentielle. Il ne devrait donc n’y en avoir qu’un.

Un morcellement de l’opposition favorable à Joseph Kabila

Bemba, Katumbi et Tshisekedi incarnent tous les trois les candidats les plus crédibles contre Joseph Kabila. Mais c’est une opposition morcelée. Et ce morcellement pourrait avantager le parti en place grâce à la formule de l’élection présidentielle qui se jouera en un tour.

Un candidat arrivé en tête avec, par exemple, 25% des voix serait donc dès lors élu président. La dispersion des voix de l’opposition à travers trois candidatures importantes, fragilise cette opposition.

S’il y a des fraudes électorales et que la machine à voter est utilisé, cela pourrait aussi profiter au candidat du pouvoir en place, mais la division de l’opposition reste le meilleur atout de Joseph Kabila.

Candidature commune de l’opposition ?

Les trois "poids lourds" de l’opposition ont évoqué une candidature commune, mais la lutte des égos sera certainement très importante et il est actuellement peu probable qu’un candidat puisse se désister en faveur d’un autre.

Après le dépôt des candidatures, la CÉNI devrait officialiser les candidatures rapidement car la campagne électorale devra démarrer au plus vite puisque l’échéance approche et qu’il faut la mener sur un territoire aussi grand que la moitié de l’Europe.

Plus que quelques jours à patienter pour connaitre la composition de l’échiquier. Plus que quelques mois pour voir qui mettra les autres échec et mat.

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