RDC: les bureaux de vote restent ouverts suite aux nombreux retards et irrégularités

Depuis ce matin, les retards s’enchaînent dans les différents bureaux de vote du pays. Plusieurs problèmes ont été constatés dans l'usage des "machines à voter", mais aussi des problèmes à l'ouverture de plusieurs bureaux de vote. Des retards qui ont forcé les autorités congolaises à poursuivre les opérations de vote au-delà de l'heure butoir fixée initialement à 17h. De son côté, le ministre des affaire étrangères Didier Reynders (MR), s'est inquiété du déroulement de ces scrutins caractérisés par des irrégularités selon plusieurs observateur. 

Après deux ans de retard et trois reports, les élections ont lieu ce dimanche en République démocratique du Congo pour désigner le successeur du président Joseph Kabila. 

Les bureaux de vote ont ouvert à 06h00 heure locale dans l'Est (Kisangani, Goma, Lubumbashi), puis une heure après dans l'Ouest et à Kinshasa. Le président Jospeh Kabila et son dauphin désigné, Emmanuel Ramazani Shadary, ont déjà voté ce matin tout comme Martin Fayulu, candidat de l'opposition. Très vite de nombreux couacs ont été constaté. 

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Les 40 millions d'électeurs enregistrés peuvent voter jusqu'à 17h00 (15h00 GMT dans l'Est et 16h00 GMT à Kinshasa). Les résultats provisoires seront annoncés le 6 janvier, avant d'inévitables contentieux devant la Cour constitutionnelle. Ce matin déjà, plusieurs pannes de "machines à voter"; système choisi par les autorités congolaises pour le vote, et des irrégularités été déjà constatées dans plusieurs bureaux de vote. A Kinshasa, certains habitants expriment leur soulagement : "Enfin on vote. Je suis très contente", explique une congolaise à notre correspondante Patricia Huon à la sortie d'un bureau de vote de la capitale. 

Ce dimanche, les congolais votent pour le scrutin présidentiel mais aussi législatif et provincial. Cependant, plus d'un million de congolais n'ont pas été autorisés à se rendre aux urnes notamment les habitants de la région de Beni au Nord-Kivu ou encore ceux de Yumbi dans la province de Maï-Ndombe. Certains pour cause de possibles violences, d'autres en raison de la maladie Ebola qui sévit dans la région. 

De nombreuses irrégularités constatées 

Très vite après l'ouverture annoncée à 6h00 des bureaux de vote, plusieurs irrégularités ont été constatées. "2.853 bureaux de vote étaient ouverts à 06H00. Cependant 830 n'étaient pas encore ouverts pour les raisons suivantes: aménagement tardif, procédures d'ouverture trop longues, dysfonctionnement de la machine à voter...", ont détaillé les évêques dans un premier rapport partiel sur la journée électorale. 

A de nombreux endroits, les électeurs n'ont pas retrouvé leur nom sur les listes électorales en principe affichées devant les bureaux de vote - qu'ils n'ont souvent découvert qu'en dernière minute en raison de la fermeture de milliers d'entre eux par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), selon de multiples témoignages. 

A ma mi-journée dans le quartier de Limete, l'un des bastions de l'opposition à Kinshasa, une cinquantaine de bureaux de vote n'avaient toujours pas ouverts depuis 6h du matin. Pour cause, les responsable du bureau n'avaient pas reçu la liste des électeurs. 

Refus de toute aide venant de l'extérieur

Pour ces élections, Kinshasa a refusé toute aide logistique des Nations unies, présentes depuis 20 ans au Congo, de même que toute mission d'observation occidentale. Quant au représentant de l'UE en RDC, il a pris l'avion pour Bruxelles samedi soir, après avoir été sommé de quitter le pays jeudi par les autorités.

Pour un activiste interrogé par nos journalistes restés à la frontière, vu l'absence d'observateurs internationaux, ces élections ne sont pas "crédibles" et seront de toute façon contestées. "M. Kabila a entre ses mains tout l'arsenal de sécurité du pays, et vu la manière dont il est arrivé au pouvoir, il ne le transmettra pas pacifiquement à un tiers, au cas où il serait démocratiquement élu."

Un avis que partage Merveille, activiste qui a participé à la campagne "Bye bye Kabila" en 2016. "A Kinshasa, la répression est forte, nous sommes suivis de très près et ce n'est pas facile [de s'opposer au pouvoir], nous sommes en clandestinité dans notre propre pays." Elle ne pense pas le changement possible, actuellement. "Pour nous, ce n'est pas le départ d'un individu, mais de tout un système corrompu, de prédateurs. Nous voulons que ce système soit éradiqué pour que le peuple congolais puisse souffler l'air de la démocratie. Avec ces élections, je ne vois pas la démocratie être instaurée en RDC." Elle ne compte d'ailleurs pas se rendre aux urnes.

Trois candidats à la présidentielle

Trois hommes sont candidats à la succession du président Kabila à la tête de la RDC, pays marqué par un contraste violent entre ses richesses minérales (cobalt, cuivre, coltan, diamant, or...), le génie de ses artistes et "sapeurs" - et la pauvreté des deux-tiers de ses habitants.

Pour conserver le pouvoir et le contrôle du pays, M. Kabila et sa majorité misent sur le "dauphin", l'ex-ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, sous sanctions de l'Union européenne qui l'accuse de violations des droits de l'homme.

Le candidat du pouvoir a face à lui l'opposition divisée entre Félix Tshisekedi et Martin Fayulu lors de cette élection présidentielle qui se joue en un seul tour depuis 2011. Des sondages donnent le "dauphin" perdant et prédisent la victoire de M. Fayulu.


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Et à la sortie des urnes, le candidat désigné par l'actuel Président Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary semblait pour le moins confiant. "J'ai déjà gagné. Vous avez vu comment j'ai battu campagne, tout ce qui s'est passé. Je serai élu, c'est moi le président à partir de ce soir" (dimanche), a déclaré M. Ramazani Shadary en sortant de son bureau de vote à Kinshasa.

"Il faut que les gens votent. Il faut éviter les violences", a-t-il ajouté dans des propos reproduits sur le site d'information congolais Actualité.cd qui dispose d'un enregistrement sonore.

"Je déplore tout le désordre dont nous entendons parler", a déclaré le candidat d'opposition Félix Tshisekedi après avoir voté. "Nous nous posons la question de savoir si ce n'est pas un désordre organisé pour que demain la Cour constitutionnelle soit saisie et qu'elle annule tout. Cela, nous ne l'accepterons pas".

"Nous suivons pas à pas ce qui se passe. Si c'est fait dans le but de légitimer le candidat du pouvoir, nous ne l'accepterons pas", a-t-il prévenu.

"C'est un grand jour pour moi, c'est un grand jour pour le Congo parce que c'est la fin de la dictature, c'est la fin de l'arbitraire, c'est la fin (...) de 18 ans du système Joseph Kabila", avait déclaré auparavant l'autre principal candidat de l'opposition, Martin Fayulu, en votant dès le matin dans le même centre que le président et son dauphin.

Didier Reynders s'inquiète du déroulement du scrutin 

De son côté, le ministre des affaires étrangères, Didier Reynders (MR) s'est réjoui de la tenue des élections présidentielle, législatives et provinciales - plusieurs fois reportées - en République démocratique du Congo (RDC), tout en s'inquiétant du déroulement de ces scrutins caractérisés, selon des observateurs sur place, par de nombreuses irrégularités.

Ces élections au déroulement apparemment chaotique sont "sous la responsabilité entière des autorités congolaises", a souligné le chef de la diplomatie belge, en faisant allusion au fait que le gouvernement de Kinshasa a refusé toute aide extérieure pour l'organisation des scrutins, dont une présidentielle censée désigner le successeur du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis janvier 2001.

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