RDC: le retour de Bemba pourrait redistribuer les cartes politiques

Jean-Pierre Bemba, l’ancien chef de guerre acquitté par la Cour pénale internationale, est rentré en République démocratique du Congo. Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue de l’ULB, spécialiste de l’Afrique centrale situe l’homme politique qui revient en RDC après 11 ans d’absence.

Le politologue pense qu’il y aura effectivement des scènes de liesse, surtout à Kinshasa et dans son fief de Gemena où il est censé se rendre samedi. "Bemba a laissé beaucoup de partisans et son arrestation avait quand même suscité une vague d’émotion et d’indignation auprès d’une grande partie de l’opinion congolaise. Beaucoup de gens attendent qu’avec son retour il y ait une modification du paysage politique. On croit qu’avec un leader fort comme lui, l’opposition pourrait être revigorée et que le jeu politique pourrait prendre une autre tournure par rapport à ce que l’on vit jusqu’à maintenant."

Le premier qui a le plus de voix est automatiquement élu dès le premier tour

Normalement, Jean-Pierre Bemba doit déposer demain sa candidature officielle pour l’élection présidentielle du 23 décembre. Mais beaucoup de préalables doivent être remplis par rapport à sa démarche. Sa candidature doit être acceptée par la CNE et peut-être aussi par la Cour constitutionnelle en cas de contestation. Et Au sein de la majorité de Kabila certains ont déjà dit qu’en principe Jean-Pierre Bemba ne sera pas éligible étant donné son passé avec la CPI. Et cela malgré l’acquittement remarque Dieudonné Wamu Oyatombwe. "Ils disent qu’il est toujours poursuivi pour des faits de subornation de témoin et que cette procédure n’a pas encore abouti. C’est un débat juridique qui doit encore avoir lieu. Le deuxième préalable est qu’il faudra quand même qu’il arrive à fédérer l’opposition autour de lui. On est dans un type de scrutin à la majorité simple, donc le premier qui a le plus de voix est automatiquement élu dès le premier tour. S’il n’y a pas une union de l’opposition pour éventuellement présenter un seul candidat, ça risque d’être compliqué pour l’opposition de manière générale. " Le troisième facteur est sa longue absence au pays. Une élection présidentielle au Congo demande beaucoup d’argent, de moyens matériels et logistiques pour pouvoir pour faire campagne.

Moïse Katumbi: va-t-il revenir ou pas ?

Une autre inconnue de l’équation est le retour de Moïse Katumbi qui doit, lui aussi, rentrer en RDC. Pour Dieudonné Wamu Oyatambwe, la question de son arrestation éventuelle reste ouverte: "Sera-t-il poursuivi ? Je ne sais pas. Va-t-il retourner? C’est une autre question. Ce n’est pas la première fois que Moïse Katumbi annonce son retour au Congo et espérons que cette fois-ci sera la bonne. Mais il n’y a pas que Moïse Katumbi. Aujourd’hui, il y a plusieurs prétendants annoncés ou qui attendent encore dans l’ombre. Il y a aussi Martin Fayulu, Set Kikuni, âgé de 36 ans, que l’on ne connaissait pas et qui s’est présenté. Il y aura peut-être Adolphe Muzito pour les PALU, il y a Félix-Antoine Tshisekedi pour l’UDPS et Modeste Bahati qui, tout en étant dans la majorité présidentielle aujourd’hui, semble aussi se démarquer de plus en plus et peut-être se profiler pour ces présidentielles. En aussi Vital Kamerhe qui n’a pas encore dit son dernier mot. Il y a donc encore beaucoup d’inconnues. "

L'inconnue Kabila

D’autant qu’on ignore encore la position de Joseph Kabila lui-même.  " Va-t-il proposer un dauphin, comme il semble vouloir le faire pour l’instant, ou va-t-il se profiler lui-même ou profiler quelqu’un de sa famille ? Et quel sera le sort de sa propre majorité au cas où il présente un dauphin ? Ce dauphin va-t-il rassembler suffisamment sa famille politique actuelle ou bien cela va-t-il conduire à des dissidences en cascade qui pourraient faire exploser sa majorité ? De nombreuses questions sans réponse à ce jour, alors que l’échéance approche. Beaucoup de choses peuvent encore se passer d’ici le 23 décembre.

En 11 ans, rien n’a changé

Pour Dieudonné Wamu Oyatambwe, l’absence de 11 de Jean-Pierre Bemba dans le débat politique local n’est pas un élément capital: "En 11 ans il s’est passé beaucoup de choses, mais le Congo n’a pas sensiblement changé, ni sur le plan économique ni sur le plan politique. Entre 2008 — le moment où il est arrêté — et maintenant, le jeu politique a été tenu par les mêmes, le contexte socio-économique n’a pas beaucoup évolué, sinon peut-être qu’il s’est détérioré davantage, le contexte sécuritaire est ce qu’il avait laissé et l’état de nos forces de défense et de sécurité ne s’est pas forcement amélioré. Je pense que ce n’est pas cela qui va être le premier problème pour lui."

Une remise en ordre de bataille des troupes

Jean-Pierre Bemba n’arrive pas non plus comme un ovni, précise Dieudonné Wamu Oyatambwe: "Il arrive comme quelqu’un qui va modifier la donne politique parce que c’est lui, et parce que l’opposition politique en général a été tellement déstructurée ces dernières années qu’avoir un leader qui pèse pourrait avoir une sorte de remise en ordre de bataille des troupes, et peut-être que ça va répondre un peu à un certain besoin de la population, qui a beaucoup manifesté sans pouvoir se trouver des alternatives. Peut-être Bemba sera-t-il une sorte d’alternative qui puisse mobiliser davantage la population, et les jeunes en particulier. Donc, ce sont des  évolutions qu’il faudra suivre de près pour voir ce que ça donnera dans les semaines et les mois qui vont suivre."

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