RDC : "Le pouvoir ne sera pas exercé par le gouvernement, mais par Kabila et Tshisekedi"

Jospeh Kabila et Félix Tshisekedi, se serrent la main lors de la passation du pouvoir présidentielle en janvier 2019. Sept mois plus tard, ils sont tombés d'accord sur la composition du nouveau gouvernement congolais.
2 images
Jospeh Kabila et Félix Tshisekedi, se serrent la main lors de la passation du pouvoir présidentielle en janvier 2019. Sept mois plus tard, ils sont tombés d'accord sur la composition du nouveau gouvernement congolais. - © TONY KARUMBA - AFP

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a enfin été dévoilé lundi, sept mois après la passation de pouvoir entre le président sortant Joseph Kabila et son successeur élu fin 2018, Félix Tshisekedi. La composition de cette équipe pléthorique apparaît comme le fruit d’une difficile négociation pour satisfaire les forces ralliées à ces deux personnalités.

Le poste de Premier ministre avait déjà été attribué en mai à Illunga Ilukamba, un proche de Joseph Kabila. Environ deux tiers des postes vont aujourd'hui à ses partisans, majoritaires à l’Assemblée nationale. Nous avons demandé à Bob Kabamba, professeur de Science politique à l’université de Liège, de décrypter la composition de cette nouvelle équipe gouvernementale.

Un gouvernement qui compte 65 membres, est-ce habituel en RDC ?

- Bob Kabamba : " Non, dans le gouvernement précédent, il y avait une quarantaine de membres et quelques vice-ministres. En général, les gouvernements congolais ne dépassent pas le nombre de 50 ministres. Avec 65 ministres, on a explosé les critères habituels de fonctionnement. Cela découle de la complexité de la situation politique congolaise. Nous avons un rassemblement de deux coalitions composées chacune de forces internes. Pour les satisfaire, il faut multiplier le nombre de compétences et de ministres. La coalition de Joseph Kabila représente la majorité sortante et dispose toujours de la majorité au parlement. Elle est constituée d’environ une centaine de forces politiques. Et du côté de Félix Tshisekedi, c’est une coalition qui est composée d’une part de l’UDPS et d’autre part de l’UNC de Vital Kamerhe, auquel s’ajoutent quelques autres alliés qui voulaient aussi avoir des postes ministériels dans ce gouvernement."

Ce gouvernement paraît composé essentiellement de personnes novices. Pourquoi ?

- Bob Kabamba : " Cela confirme que le pouvoir ne sera pas exercé par ce gouvernement, il va être réparti entre deux pôles. Le pôle Kabila voudra gérer le gouvernement face au pôle Tshisekedi. Ce sont ces deux personnalités qui vont diriger ce gouvernement et pour pouvoir le faire, ils devaient éviter la présence de poids lourds en son sein. Les membres du gouvernement sont en fait des collaborateurs de ces deux personnalités : ils vont travailler pour leur leader, plus que dans l’intérêt national de la RDC. On a choisi le plus petit dominateur commun pour permettre que d’une part Félix Tshisekedi puisse exercer son rôle et d’autre part que Kabila puisse garder son influence sur la gestion du pays."

Y a-t-il un équilibre respecté entre ces deux forces dans la répartition des portefeuilles ?

- Bob Kabamba : " Il y a une recherche d’équilibre sur deux points. D’abord dans le secteur de la sécurité : ils ont donné le ministère de l’Intérieur à Tshisekedi et la Défense à Kabila. On espère ainsi arriver à stabiliser et équilibrer le contrôle des forces de sécurité. La même dynamique se retrouve au niveau des Finances, puisqu’on a d’une part les Finances qui sont aux mains de Joseph Kabila et le Budget dans le clan de l’UNC, c’est-à-dire du côté de Tshisekedi. On voit cet équilibre permanent au niveau des postes clés qui permettent d’avoir un contrôle sur la gestion du pays. D’autres ministères ont été scindés en plusieurs compétences, comme l’Energie qui s’occupait de l’électricité, du pétrole… Il a été divisé en plusieurs compétences, réparties entre les gens de Tshisekedi et de Kabila. Tout ça dans une recherche d’équilibre pour qu’aucun n’obtienne la mainmise exclusive sur la gestion du pays."

Dans ce cadre, la justice est une compétence sensible ?

- Bob Kabamba : " Comme chaque fois qu’il y a un changement de régime, le nouveau pouvoir lance généralement une chasse aux sorcières, qui passe par le contrôle du ministère de la Justice. C’était un point de blocage durant plusieurs semaines : Félix Tshisekedi voulait ce ministère, ce que Joseph Kabila refusait. Dans le rapport de force, c’est Kabila qui a réussi à conserver le ministère de la Justice. "

Doit-on s’attendre à une cohabitation sereine ou conflictuelle ?

- Bob Kabamba : " La cohabitation ne sera pas sereine. La publication de la composition de ce gouvernement a laissé de côté une série de personnalités politiques qui représentent d’autres forces. Ces personnalités frustrées risquent de commencer à interpeller, à mener une fronde dans plusieurs institutions, à l’Assemblée ou bien dans les assemblées provinciales. Cela pourrait augurer des tensions politiques entre les deux familles politiques. Ce ne sera pas une gestion simple et consensuelle. Mais, comme lors des négociations entre les deux coalitions, les difficultés ont été chaque fois résolues par des rencontres bilatérales entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. J’imagine que ce genre de rencontre va se multiplier à l’avenir pour éviter qu’il puisse y avoir une gestion conflictuelle et une cohabitation ingérable."

Quelles sont à présent les priorités de ce gouvernement ?

- Bob Kabamba : " Il y en a beaucoup. Une priorité déjà sur la table, c’est la gratuité de l’enseignement. Le président de la République s’était engagé à la rendre effective à la rentrée scolaire de cette année. Il reste quelques jours pour résoudre cette question. La deuxième, ce sera l’assainissement des finances publiques, puisque le pays est géré depuis plusieurs mois sans gouvernement directement par le président élu. Et puis il y a aussi la crise de la fièvre Ebola et la question sécuritaire à l’Est."

La composition du gouvernement congolais

Voici la liste complète du gouvernement congolais dirigé par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Il comprend 66 membres au total, dont 42 sont issus des rangs du Front commun pour le Congo (FCC, la plateforme de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange), et Cap pour le changement (Cach, la coalition de l’actuel président de la République démocratique du Congo).

L’équipe gouvernementale compte cinq postes de vice-Premiers ministres, dix de ministres d’État, 31 de ministres, trois de ministres délégués et dix-sept de vice-ministres, selon l’agence congolaise de presse. 83% sont des hommes et 17% des femmes, a précisé M. Ilunga.

Vice-Premiers ministres et ministres aux fonctions

  • Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières : Gilbert Kankonde Malamba, issu du parti d’opposition historique de M. Tshisekedi, l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS)
  • vice-Premier ministre, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Célestin Tunda Ya Kasende (FCC). Il est l’un des fondateurs du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de M. Kabila
  • vice-Premier ministre, ministre du Budget, Jean Baudouin Mayo Manbeke (secrétaire général de l’Union pour la Nation congolaise, UNC, le parti de Vital Kamerhe, un ex-allié de M. Kabila devenu directeur de cabinet de M. Tshisekedi
  • Vice-Premier ministre, ministre du Plan, Élysée Munembwe Tamukumwe. Une des rares femmes, issue du FCC, elle préside le parti Action Alternatives pour la Renaissance du Congo (AARC)
  • Vice-Premier ministre, ministre des Infrastructures et Travaux publics, Willy Ngoopos Sunzhel. Il fait partie des cadres du PPRD dont il est un des six secrétaires permanents adjoints.

Ministres d’État et ministres aux fonctions

  • ministre d’État, ministre des Affaires étrangères : Marie Tumba Nzeza
  • ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, intégration régionale et Francophonie : Pépin Guillaume Manjolo Buakila
  • ministre d’État, ministre des Hydrocarbures : Rubens Mikindo Muhima
  • ministre d’État, ministre de la Décentralisation et Réformes institutionnelles : Azarias Ruberwa Manywa.
  • ministre d’État, ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité : Eustache Muhanzi Mubembe
  • ministre d’État, ministre de l’Emploi, Travail et Prévoyance sociale : Nene Nkulu Ilunga.
  • ministre d’État, ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) : Willy Bakonga Wilima
  • ministre d’État, ministre du Genre, Famille et Enfant : Béatrice Lomeya Atilite
  • ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat : Pius Muabilu Mbayu Mukala.
  • ministre d’État, ministre de la Communication et Médias : David Jolino Diwanpovesa Makelele ma-Muzingi.

Ministres aux fonctions

  • ministre de la Défense et des Anciens combattants : Aimé Ngoy Mukena
  • ministre de Fonction publique : Yollande Ebongo Bosongo
  • ministre des Finances : José Sele Yalaghuli
  • ministre de l’Économie nationale : Acacia Bandubola Mbongo
  • ministre du Portefeuille : Clément Kuete Nymi Bemuna
  • ministre du Commerce extérieur : Jean Lucien Bussa Tongba, un ancien porte-parole de l’opposition à M. Kabila
  • ministre des Mines : Willy Kitobo Samsoni
  • ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication (PT-Ntic) : Augustin Kibassa Maliba, l’ancien président d’une branche dissidente de l’UDPS
  • ministre d’Etat : ministre de la Santé, Eteni Longondo
  • ministre des Droits humains : André Lite Asebea
  • ministre des Relations avec le Parlement : Déogratias Nkusu Kunzi Bikawa
  • ministre de l’Environnement et Développement durable : Claude Nyamugabo Bazibuhe
  • ministre des Transports et Voies de communication : Didier Mazengu Mukanzu
  • ministre de l’Agriculture : Jean Joseph Kasonga Mukuta
  • ministre de la Pêche et Élevage : Jonathan Bialosuka Wata
  • ministre du Développement rural : Guy Mikulu Pombo
  • ministre des Affaires sociales : Rose Boyata Monkaju
  • ministre des Actions humanitaires et Solidarité nationale : Steve Mbikaki Mabuluki
  • ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) : Thomas Luhaka Losendjola
  • ministre de la Recherche scientifique : José Mpanda Kabangu
  • ministre des Affaires foncières : Aimé Sakombi Molendo
  • ministre de l’Industrie : Julien Paluku Kahongya, un ex-gouverneur de la province troublée du Nord-Kivu (est)
  • ministre de la Formation professionnelle : John Ntumba Panumankole
  • ministre de l’Aménagement : Aggée Aje Matembo Toto
  • ministre des PME : Justin Kalumba Mwana Ngongo
  • ministre de la Jeunesse : Eraston Kambale Tsongo
  • ministre des Sports : Marcel Amos Mbayo Kitenge
  • ministre du Tourisme : Yves Bonkulu Zola.
  • ministre de la Culture : Jean-Marie Lukunji Kikuni
  • ministre près le président de la République : André Kabanda Kana, jusqu’ici représentant de l’UDPS en Belgique
  • ministre près le Premier ministre : Jacqueline Penge Sanganyoi
  • ministre auprès du ministre de la Défense : Sylvain Mutombo Kabinga
  • ministre auprès du ministre de l’Intérieur : Eyrolles Michel Nvunzi Meya
  • ministre chargée des personnes vivant avec handicap : Irène Esambo Diata.

Vice-ministres

  • vice-ministre de la Justice : Bernard Takahishe Ngumbi
  • vice-ministre de l’Intérieur : Innocent Bokele Walaka
  • vice-ministre du Plan : Freddy Kita Bukusu
  • vice-ministre du Budget : Félix Momat Kitenge
  • vice-ministre des Affaires étrangères et des Congolais de l’Etranger : Raymond Tchedya Patay
  • vice-ministre de la Coopération internationale et régionale : Valery Mukasa Mwanabute
  • vice-ministre des Hydrocarbures : Moussa Mondo
  • vice-ministre des Ressources Hydrauliques et Electricité : Papy Mpungu Lwamba
  • vice-ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) : Didier Budimbu Ntubuanga
  • vice-ministre Près le Ministres des Finances : Mata M’elanga Junior
  • vice-ministre de l’Economie nationale : Didier Lutundula Okito
  • vice-ministre des Mines : Alpha Denise Lupetu Tshilumbayi
  • vice-ministre de la Santé : Albert Mpeti Biyombo
  • vice-ministre de l’Environnement : Jeanne Ilunga Zaina
  • vice-ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) : Liliane Banga Lwaboshi
  • vice-ministre des Travaux et voies de communication : Jacques Yuma Kipuka
  • vice-ministre de la Formation professionnelle : Germain Kambinga Katomba.
Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK