RDC: la société civile se prépare à défendre "ses" élections

A Goma, le mouvement de la Lucha (lutte pour le changement) est plus mobilisé que jamais.
A Goma, le mouvement de la Lucha (lutte pour le changement) est plus mobilisé que jamais. - © ALEXIS HUGUET - AFP

En République démocratique du Congo, les électeurs attendent impatiemment la proclamation du résultats des élections de dimanche dernier. Une annonce qui a été reportée sine die par le président de la commission électorale, la Céni, qui argue de difficultés dans le dépouillement des résultats.

L'opposition, elle, craint un "tripatouillage" des résultats en faveur du candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary. L’Église congolaise, affirme de son côté connaître le nom du vainqueur. Elle aurait communiqué ce nom aux diplomates accrédités, et même au président Kabila.

La société civile se prépare à défendre bec et ongles les élections pour lesquelles elle s'est tant battue. Jean-Claude Mputu, professeur de sciences politiques à l'université de Mbandaka, prédit une vigilance extrême, qui pourrait déboucher sur de farouches violences en cas de "hold-up" électoral.

"Il y a eu un appel de la société civile  et des mouvements citoyens pour demander à l’ensemble des forces vives de la nation de défendre la vérité des urnes. Aujourd’hui, ce temps mis par le pouvoir pour essayer de gagner du temps, les organisations de la société civile le mettent à profit de leur côté pour mobiliser la situation, aux côtés des évêques, pour que la vérité des urnes soit connue et respectée par le pouvoir. "

On peut craindre un déferlement de violence

Lors de la proclamation des résultats, s’ils ne sont pas conformes à la fameuse vérité des urnes, et contraire au secret bien gardé de l’Église congolaise, on peut craindre une réaction violente de la rue.

"On peut craindre un déferlement de violence, déplore Jean-Claude Mputu, la population congolaise est fatiguée, elle a déjà payé un lourd tribut à ce régime répressif et corrompu. Tout le monde le dit, chaque Congolais partout où il se trouve, que vous interrogiez vos amis ou votre famille, personne n’a voté Shadary. Bien sûr ce ne sont pas des sondages scientifiques, mais c’est la voix de la rue. Les gens disent qu’ils ne laisseront pas le pouvoir les manipuler une fois de plus. Donc la violence est certaine si Kabila et son régime ne proclament pas le vrai vainqueur de cette élection. Et cela risque de devenir très vite incontrôlable."  

Nous serons dans la rue nuit et jour 

A Goma, le mouvement de la Lucha (lutte pour le changement) se mobilise. Hier encore, les jeunes de ce mouvement de la société civile ont parcouru les rues et les ruelles, pour appeler la population à la vigilance. Espoir Ngalukiye a 25 ans. Il est membre de la Lucha, et le 30 décembre, il était avec ses compagnons partout dans les 43 bureaux de vote de la grande ville du Kivu. "A Goma, Martin Fayulu a remporté 70 % des voix ! Shadary (le candidat du pouvoir) a recueilli autour de 17% et Félix Tshisekedi arrive en 3e position. "

Nous notre pouvoir c’est le nombre, et notre aspiration c’est le changement

Si la Céni proclame Emmanuel Ramazani Shadary vainqueur, toute la ville de Goma sera dans la rue, prédit Espoir Ngalukiye: "Nous ne serons pas d’accord avec ce hold-up électoral, parce que nous nous sommes battus très longtemps pour avoir des élections libres, démocratiques et transparentes. La première bataille que nous avons gagnée c’est que Kabila ne puisse pas se représenter pour un 3e mandat, c’était une très grande bataille. La deuxième bataille, c’était d’avoir des élections. Et la troisième bataille, c’est d’avoir les résultats qui vont présenter la volonté du peuple. Si on proclame Shadary vainqueur, nous allons descendre dans la rue. C’est le seul pouvoir que nous avons, nous notre pouvoir c’est le nombre, et notre aspiration c’est le changement. Nous serons dans la rue nuit et jour, jusqu'à ce que ceux qui nous ont martyrisés quittent le pouvoir. Nous attendons tous la vérité des urnes. "   

Des cartons rouge-sang

La vérité des urnes, c’est devenu le mot-fétiche, le Graal d’une population épuisée et avide de changement. Et prête à se sacrifier pour l'obtenir. "S’ils veulent nous tuer, qu’ils nous tuent tous !  Ils  ne régneront que sur leurs propres familles. La population a le droit, par le biais des élections, de donner des cartons rouges à ses dirigeants. Le gouvernement de Kabila a reçu des cartons 'rouge sang' de la population, ils ne méritent plus de nous diriger." 

'Hier, raconte Espoir, j’ai croisé une maman de 60 ans. Elle m’a dit : 'Mon fils, fais attention à ta vie, j’ai peur qu’on te tue, mais moi je suis prête à descendre dans la rue, et je suis prête à mourir.'"

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