Congo: après la prise de Goma, des dizaines de milliers de déplacés

"Nous nous occupions depuis deux mois d'un camp au nord de Goma qui comptait plus de 60.000 déplacés. En quelques jours, avec l'avancée des rebelles, ils ont tous fui dans la panique, recréant un camp encore plus grand à l'ouest de Goma, auquel nous n'avons pas accès", a expliqué mardi à l'AFP le docteur Marcela Allheimen, responsable des programmes à Paris pour la RDC.

"Il y a urgence car cela représente plus de 100.000 déplacés regroupés à l'ouest de Goma, sans aucun abri, sans accès à l'eau, sans aucune nourriture et une partie d'entre eux sont porteurs de choléra", a-t-elle ajouté. "Ces populations souffrent aussi de malnutrition, y compris les adultes, ce qui n'est pas commun, donc il faut pouvoir rapidement intervenir pour des soins basiques", selon Mme Allheimen.

Médecins sans Frontières compte sept personnes dans la région, dont une équipe chirurgicale, qui sont tous bloqués à Goma pour l'instant en raison des combats. Depuis leur reprise il y a une semaine, de nombreuses ONG ont évacué leur personnel vers le Rwanda voisin et l'ONU a annoncé le départ de ses employés "non essentiels". Les rebelles du M23, qui sont soutenus par le Rwanda selon l'ONU et Kinshasa, ont pris mardi à la mi-journée le contrôle de Goma, capitale régionale du Nord-Kivu.

Les rebelles enlèvent des femmes et des enfants, selon l'ONU

Les rebelles du M23 qui ont pris le contrôle de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, ont enlevé des femmes et des enfants, a affirmé l'ONU mardi. Un porte-parole de l'ONU a précisé que les Casques bleus contrôlaient l'aéroport de Goma et effectuaient toujours des patrouilles dans la ville en dépit de l'arrivée des rebelles.

Le secrétaire général des Nations unies a de nouveau condamné de "graves" violations des droits de l'homme commises par les rebelles, selon le porte-parole adjoint de l'ONU Eduardo del Buey. Le Conseil de sécurité pourrait quant à lui adopter mardi une résolution imposant de nouvelles sanctions contre le M23.

Les rebelles du M23, qui sont soutenus par le Rwanda selon l'ONU et Kinshasa, ont pris mardi à la mi-journée le contrôle de Goma, capitale régionale de la riche région minière du Nord-Kivu dans l'est de RDC, une ville qui fut déjà conquise en 1998 par des rebelles pro-rwandais.

"Nous avons des informations selon lesquelles le M23 a blessé des civils, poursuivi les enlèvements d'enfants et de femmes, détruit des propriétés et intimidé les journalistes et ceux qui ont tenté de résister à leur avancée", a déclaré à des journalistes Eduardo del Buey. "La situation dans et autour de Goma a atteint un point critique".

La mission de l'ONU dans le pays, la Monusco, a quant à elle "gardé le contrôle de l'aéroport de Goma. Des patrouilles sont menées par 17 équipes de réaction", a poursuivi M. del Buey.

Les humanitaires bloqués

Les travailleurs humanitaires se sont réfugiés mardi dans l'enceinte du bâtiment du Programme alimentaire mondial (PAM) à Goma, a affirmé une porte-parole de l'agence de l'ONU à Genève. Les opérations dans le Nord-Kivu sont provisoirement suspendues. "Les opérations du PAM pour 447.000 personnes déplacées et les familles d'accueil dans le Nord-Kivu sont provisoirement suspendues. Le PAM a l'intention de reprendre ses opérations dès que possible", a déclaré la porte-parole Elisabeth Byrs.

Les travailleurs humanitaires de l'ONU et des ONG, avec leurs familles, ont trouvé refuge dans l'enceinte du PAM à Goma, désignée par l'ONU comme le point de rassemblement pour le personnel humanitaire dans la ville. Le site est protégé par des casques bleus. "Nous appelons toutes les parties au conflit à protéger la vie des civils innocents et à respecter la neutralité des humanitaires", a ajouté la porte-parole du PAM. Selon elle, le personnel de l'ONU a parlé avec le M23, "qui contrôle Goma", et le mouvement rebelle "a accepté de respecter l'espace humanitaire".

Les agences de l'ONU n'étaient pas en mesure de quantifier mardi les nouveaux déplacements de population. Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), les gens ont fui ces derniers jours vers Goma et le Rwanda. Le camp de Kanyaruchinya, soit quelque 60 000 personnes, a été complètement vidé de sa population, a précisé un porte-parole du HCR Adrian Edwards. Depuis le début de l'année, au moins 650 000 personnes ont été déplacées dans le Nord et le Sud-Kivu en raison des combats, selon le HCR. Les pays voisins de la RDC accueillent quelque 463 000 réfugiés de RDC, principalement en Ouganda, au Congo, au Rwanda et en Tanzanie.

Le Rwanda appelle au "dialogue politique"

Le Rwanda a appelé mardi à un "dialogue politique" en République démocratique du Congo (RDC), après la conquête de Goma par le mouvement rebelle M23, que Kigali est accusé par l'ONU de soutenir. "Ce qui s'est passé aujourd'hui à Goma montre clairement que l'option militaire pour apporter une solution à cette crise a échoué et que le dialogue politique est la seule façon de résoudre le conflit en cours", a affirmé la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, citée par un communiqué de son gouvernement.

Le M23 avait de son côté exigé lundi "l'ouverture de négociations politiques directes (...) élargies à l'opposition politique, à la société civile et à la diaspora congolaise", ce que le président congolais Joseph Kabila avait immédiatement rejeté.

L'ONU a de son côté accusé le Rwanda, ainsi que l'Ouganda, de soutenir militairement les rebelles du M23, ce que ces deux pays nient catégoriquement.

"En se contentant de pointer du doigt de prétendus coupables et en ignorant les causes profondes du conflit en RDC, la communauté internationale a raté l'occasion d'aider la RDC à rétablir la paix et la sécurité pour ses citoyens", estime à ce propos Mme Mushikiwabo.

"Le Rwanda est totalement impliqué dans le processus de paix sous les auspices de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et nous continuons à travailler avec les Etats membres en vue d'une paix totale et durable dans notre région", poursuit la ministre, qui participait précisément mardi à une réunion ministérielle de cette organisation régionale à Kampala.

"Défendre notre souveraineté"

A Kinshasa, le président congolais Joseph Kabila a aussitôt lancé un appel "au peuple ainsi qu'à toutes les institutions" à se mobiliser contre l'agression dont la RDC se dit victime de la part du Rwanda voisin. "Je demande la participation de toute la population à défendre notre souveraineté", a-t-il dit.

A Goma, où la situation militaire demeure confuse, l'armée régulière congolaise est en train de se retirer de la ville, selon une source militaire occidentale. Seule une "arrière garde" "des Forces armées (FARDC) se trouve encore en ville, les blindés ont déjà quitté la ville. Ce retrait n'a été confirmé par aucune source congolaise.

D'où vient le M23 ?

Le M23 a été créé début mai par des militaires, qui après avoir participé à une précédente rébellion, ont intégré l'armée en 2009, à la suite d'un accord de paix. Ils se sont mutinés en avril, arguant que Kinshasa n'avait pas respecté ses engagements.

Ils réclament notamment le maintien de tous les officiers dans leurs grades et refusent "le brassage" (affectations dans d'autres unités et d'autres régions) que veut leur imposer Kinshasa, ce qui les éloignerait de leur zone d'influence dans l'est.

AFP

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