RDC: Félix Tshisekedi aura la fonction mais pas le pouvoir, analyse un politologue

Les urnes ont parlé. La Ceni a donné le nom du gagnant. Felix Tshisekedi devrait devenir le prochain président de la République démocratique du Congo. Mais son travail ne sera pas facile. La tâche est ardue et sa marge de manœuvre limitée.

"Joseph Kabila a mis en place le FCC, le Front commun pour le Congo et son mouvement rafle la majorité absolue à l’assemblée nationale ainsi que de nombreux sièges aux élections provinciales. Donc ce camp-là aura une majorité au sénat, qu’on le veuille ou non, Kabila dispose de tous les leviers du pouvoir même sans être chef de l’Etat", explique Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue et écrivain. "La marge de manœuvre du nouveau président sera très étroite et tout dépendra de la façon dont il composera avec Kabila. Son parti fera-t-il une alliance avec celui de l’ancien président ? Ou bien ce groupe fonctionnera-t-il comme un groupe à part ? on ne sait pas encore. Mais avec les résultats provisoires il est clair que le président élu n’a aucune majorité absolue, nulle part. Pas de gouverneur de province, rien. Donc difficile d’imposer son plan s’il ne conclu pas un accord avec Kabila."

Promesses électorales à l’eau ?

Pour le politologue auteur d'un ouvrage intitulé 'De Mobutu à Kabila', les choses sont claires. "Ceux qui sont en face ont aussi fait des promesses. Donc il faudra un accord de gouvernement bien négocié entre lui et la famille Kabila et il faudra aussi compter sur la bonne volonté des uns et des autres pour le laisser travailler. Et là, je doute très fort des capacités des dirigeants actuels de rendre service à celui qui est un adversaire et même s’il est un allié aujourd’hui, ils peuvent se retourner contre lui le lendemain."

La République démocratique du Congo se dirige donc vers une cohabitation inédite dans la mesure ou le président déclaré élu est issu de l'opposition politique à la majorité en place. "Mais on sait qu'en coulisses, c'est cette majorité qui a favorisé l'accession de ce président donc est-ce une cohabitation ou une cooptation?", s'interroge le politologue. "Ce régime semi-présidentiel est inédit. Il y a un partage des pouvoirs entre chef de l’état et le Premier ministre. Il faudra voir comment les deux acteurs vont composer dans les mois à venir. Je suis un peu déçu par la tournure des événements, car les gens avaient soif d’un changement réel or ici c’est un changement dans la continuité. C’est juste un nouveau président, il aura la fonction mais pas le pouvoir."


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Dans le passé, d’autres pays ont expérimenté cette cohabitation. C'était dans les années 90 au Niger par exemple. Le jeu politique avait été quasiment bloqué jusqu’à un coup d’Etat sanglant. Les institutions ne parvenaient pas à fonctionner. "La cohabitation était impossible entre le président et son Premier ministre, même si la constitution règle cela et clarifie les attributions des uns et des autres," explique Dieudonné Wamu Oyatambwe.

Le recours de Martin Fayulu

Le politologue ne pense pas que le recours déposé par le camp Fayulu aboutira. Il est rare en effet que la Cour constitutionnelle  émette un avis défavorable à la majorité en place. "Le risque c’est qu'il y ait une invalidation de la Cour et là Kabila continuerait à diriger le pays. C’est plausible. Mais tout dépend de l’intérêt de ceux qui dirigent cette court, pas seulement les juges qui la composent mais ceux qui les ont mis-là donc la famille politique du chef de l’état, donc de Joseph Kabila. Si vraiment, ils veulent faire invalider l’élection, ils peuvent le faire mais s'ils veulent que ce schéma de cohabitation qu’ils ont imaginé comme un plan B reste, alors ils rejetteront la requête", ajoute Dieudonné Wamu Oyatambwe.

 

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