RDC: des survivantes d'Ebola s'occupent d'enfants dont les mères sont hospitalisées

Gizelle Mukonzo, l'une des douze "berceuses"
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Gizelle Mukonzo, l'une des douze "berceuses" - © Patricia Huon

Gizelle Mukonzo berce un petit garçon de deux mois, en chantant doucement pour tenter de calmer ses pleurs. "Les premiers jours, c’est toujours difficile, parce que les enfants viennent d’être sevrés et ne veulent pas prendre le biberon", dit la jeune femme. Elle est l’une des douze "berceuses" qui travaillent dans cette crèche particulière, financée par l’Unicef.

Jouets et odeur de chlore

C’est ici que sont accueillis les bébés de patientes hospitalisées au centre de traitement Ebola de la ville de Béni, qui se trouve à quelques dizaines de mètres. Les personnages de dessins animés peints sur les murs, les jouets dans un coin de la pièce, égaient un peu l’endroit, habité d’une odeur diffuse de chlore. Ils ne masquent pas le drame que la maladie à virus Ebola a amené pour la population de cette région de l’Est de la république Démocratique du Congo, où l’épidémie qui sévit depuis plus d’un an a déjà fait plus de 1800 morts.

Ebola, dont les symptômes incluent fièvre et diarrhée, se transmet par contact physique avec les fluides d’une personne infectée. Les bébés dont la mère est malade sont considérés comme des contacts à haut risque, et doivent être isolés du reste de la famille. "Sa maman a présenté des symptômes, dit Gizelle. Elle est au centre de transit, nous ne savons pas encore si le test est positif ou pas".

La jeune femme, vêtue d’un tablier bleu, ne porte ni gants ni masque. Infirmière, elle-même a contracté la maladie l’an dernier, en s’occupant d’une patiente dans le centre de santé où elle travaillait.

"Trois jours après sa mort, j’ai commencé à avoir de la fièvre. J’ai été hospitalisée deux semaines au centre de traitement, raconte-t-elle. Ça a été très difficile, j’étais très faible". Depuis sa guérison, elle est immunisée, comme tous ceux qui ont vaincu Ebola. "J’aime les enfants, dit Yvonne Simetti, une cultivatrice reconvertie en berceuse. Ma fille de 19 ans et moi avons aussi eu la maladie. Nous avons guéri, mais depuis, elle a perdu la tête. Peut-être que si on s’occupe bien de ces bébés, ils seront moins tristes".

Le travail de ces survivants est essentiel. Pour des patients entre la vie et la mort, pour des bébés séparés de leur mère, c’est le seul contact physique possible. Leur présence rassure.

Quand elles sont en convalescence, on leur amène l’enfant pour qu’elles voient qu’il va bien

"Certaines mères ne voulaient pas venir se faire soigner parce qu’elles avaient peur de ne jamais revoir leur bébé. Mais si elles savent que ce sont des femmes de la communauté qui s’en occupent, elles acceptent mieux, dit Sœur Xaverine, la religieuse en charge de la crèche. Quand elles sont en convalescence, on leur amène l’enfant pour qu’elles voient qu’il va bien".

Malheureusement, il arrive souvent que des bébés aient été contaminés. Dès les premiers signes, ils doivent être transférés au centre de transit, puis au centre de traitement si le test est positif. C’est le cas d’un nourrisson de dix jours, arrivé la veille à la crèche. Il a de la fièvre et doit être hospitalisé.

Au moment de la publication de cet article, l’enfant recevait des soins dans une chambre de plastique biosécurisée, une autre patiente guérie pour nounou à ses côtés. D’après le pédiatre en charge, ses chances de survie sont bonnes. En détectant les symptômes au plus tôt, celles-ci augmentent fortement.

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