RDC: des légistes néerlandais pour l'autopsie de F. Chebeya

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Pressé par la communauté internationale de mener une "enquête indépendante" sur le meurtre de Floribert Chebeya, le gouvernement de RDC a accepté la venue d'experts légistes des Pays-Bas pour participer à l'autopsie du corps du militant des droits humains.

Dans une lettre datée de lundi adressée à l'ambassadrice des Pays-Bas en République démocratique du Congo (RDC), dont l'AFP a obtenu copie, le ministre congolais de l'Intérieur Adolphe Lumanu a donné son accord à la venue de quatre experts néerlandais, dont un médecin légiste, son assistant et un logisticien.

La demande avait été formulée dimanche par les Pays-Bas, quatre jours après la découverte du corps de Floribert Chebeya, 47 ans, président de l'ONG la Voix des sans-voix (VSV), retrouvé mort à l'arrière de sa voiture, les mains liées dans le dos, sur une route en périphérie de Kinshasa.

Les experts néerlandais, dirigés par le Dr Franklin Van de Groot, doivent arriver jeudi soir dans la capitale congolaise, pour pratiquer l'autopsie vendredi dans la journée et quitter la RDC dans la soirée, a-t-on indiqué à l'ambassade des Pays-Bas.

"Il feront des prélèvements et les analyses se feront aux Pays-Bas", a-t-on ajouté de même source. Le corps de Floribert Chebeya est entreposé depuis le 2 juin à la morgue de l'hôpital général de Kinshasa.

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a souligné dans un communiqué que les Pays-Bas voulaient contribuer à une "enquête impartiale et transparente" et qu'il étaient en mesure de fournir "l'expertise requise".

"S'il a été tué, nous attendons des autorités congolaises qu'elles recherchent les meurtriers et les traduisent en justice", a ajouté le ministère.

Un militant de la VSV qui a pu voir la dépouille de Floribert Chebeya le 3 juin a constaté qu'il y avait "du sang sur la bouche, le nez et les oreilles (de la victime), et un gonflement au niveau du front et du cou".

Des constations à priori en contradiction avec les premières déclarations de la police selon qui le corps était "apparemment sans trace visible de violence".

D'après une source au ministère de l'Intérieur, les Etats-Unis ont sollicité l'envoi d'experts du FBI, et cette demande va être "examinée" par les autorités congolaises.

Une enquête difficile

Les causes de la mort et les circonstance du meurtre de Floribert Chebeya sont pour l'instant inconnues.

Le président de la VSV avait disparu le 1er juin dans la soirée, avec son chauffeur, qui n'a toujours pas été retrouvé, après avoir été en fin de journée à l'inspection générale de la police, où il devait avoir un rendez-vous, qui n'a pas eu lieu, avec le chef de la police, le général John Numbi.

Le ministre de l'Intérieur a annoncé dimanche la "suspension à titre conservatoire" du général Numbi, et l'arrestation d'officiers de la police, dans le cadre de l'enquête. Parmi ces officiers arrêtés, dont le nombre n'a pas été précisé, figure le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux.

Kinshasa a été très vite soumise à une forte pression internationale, les Etats-Unis, l'ONU, l'Union européenne et la France notamment, comme de nombreuses ONG locales et internationales, réclamant une "enquête indépendante", "impartiale et transparente".

Samedi, le président Joseph Kabila, cité par le ministre de l'Intérieur, avait fait part de "sa détermination à ce que toute la lumière soit faite" sur cette affaire.

L'arrivée des experts légistes néerlandais "prouve qu'il y a une réelle volonté de faire avancer les choses", a déclaré à l'AFP Me Jacob Balushi, président de l'Observatoire congolais des droits humains.

"Mais le corps (de M. Chebeya) a déjà été manipulé par la police" avant que les autorités judiciaires ne se saisissent, et "c'est un motif d'inquiétude", a-t-il dit. Jacob Balushi a en outre réclamé "la création d'une commission d'enquête mixte pour garantir l'indépendance, la transparence et l'impartialité" des investigations.


AFP

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