RDC : A deux mois des élections, l'opposition manifeste contre les machines à voter

En République démocratique du Congo, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Kinshasa et d’autres villes du pays, à l’appel de l’opposition, pour manifester contre le système électoral prévu pour les élections du 23 décembre 2018.

L’opposition demande le retrait des machines à voter, car elle craint qu’elles soient propices à la fraude lors des différents scrutins, présidentiel, législatif et provincial.

Ces machines, de fabrication nord-coréenne, doivent permettre techniquement aux électeurs de choisir leur candidat et imprimer leur bulletin dans les bureaux de vote. Elles devraient notamment servir à désigner le successeur du président actuel, Joseph Kabila, au pouvoir depuis l'assassinat de son père en 2001. Élu en 2006, il avait été réélu dans la contestation en 2011. La Constitution, qu'il a lui-même promulguée, lui interdit de se représenter.

A Kinshasa, où les manifestants étaient réunis sur la place centrale Échangeur de Limeté, scandaient : "Machine à voter = machine à tricher", "Combattants jusqu'à la mort".

Ces manifestations visaient aussi à obtenir de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) la radiation de plus de dix millions d'électeurs inscrits sans empreintes digitales dans le fichier électoral.

Une opposition presque au complet

Cette journée de mobilisation était organisée au lendemain d'une réunion en Afrique du Sud de l'opposition qui s'est engagée à "ne pas boycotter" les élections et à désigner d'ici le 15 novembre un candidat commun.

Parmi les sept formations impliquées figurent celles des ténors Félix Tshisekedi, en course pour la présidentielle au nom du parti historique d'opposition de l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), de l'opposant en exil Moïse Katumbi et de l'ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba qui ont vu tous deux leur candidature rejetée.

L'union n'était toutefois pas tout à fait de mise ce vendredi, puisque l'UDPS par la voix de son secrétaire général, Jean-Marc Kabund, a décidé qu'il "ne participera pas à cette marche".

De son côté l'ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, écarté de la présidentielle, a invité à manifester pour empêcher le pouvoir et la commission électorale "de mettre en place la plus grande fraude électorale avec une affaire de machine à voter qui n'a jamais été testée nulle part dans le monde".

Quant à Moïse Katumbi, empêché de déposer son dossier de candidature à la présidentielle par les autorités, il a déclaré dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux: "Marchons massivement pour dire NON à la machine à voter et NON au fichier corrompu !".

Des marches très encadrées

Ces marches ont été autorisées par le pouvoir, mais elles étaient très encadrées par des policiers déployés en nombre aux points stratégiques de Kinshasa, Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu) dans l'est, Bunia (nord-est).

"Pas d'effusion de sang, avec pour objectif zéro mort. Procéder à l'encadrement des manifestants de la zone de rassemblement jusqu'au point de chute", avait écrit le chef de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo, s'adressant à ses hommes, ajoutant qu'"aucun autre attroupement n'est accepté".

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la police avait dressé des barrières sur les grandes artères de Kinshasa où tous les véhicules étaient systématiquement contrôlés.

A Lubumbashi, deuxième ville du sud-est de la RDC, le maire a mis en garde "quiconque osera marcher puisqu'il trouvera la police sur son chemin", dans une intervention qui passe en boucle sur la radio de l'État dans la ville.

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