Ralentissement ou accélération, le réchauffement climatique est bien réel

3% d'émission de gaz à effet de serre par an
3% d'émission de gaz à effet de serre par an - © DIMITAR DILKOFF - IMAGEGLOBE

Le discours sur le changement climatique est toujours aussi pessimiste. A l’heure où le Giec tire la sonnette d’alarme en publiant les premières pages de son nouveau rapport, on parle ici et là d’une pause à propos du réchauffement de la planète. Mais, nuance, il s'agit en fait d'un simple ralentissement, qui s'observe depuis une dizaine d’années. Par la suite, nous devrions passer à l’inverse : une phase chaude et une accélération du réchauffement.

Au cours du XXIème siècle, le réchauffement climatique sera modulé sur une dizaine d’années. L’observation de l’évolution de la moyenne thermique du globe nous confirme qu’on ne peut parler de droite absolue. Il y a ralentissement ou accélération sur une à trois décennies. "Les grandes fluctuations océaniques peuvent, effectivement, moduler le réchauffement lié aux gaz à effet de serre sur une à deux décennies, explique Laurent Terray, chercheur au CERFACS (Centre Européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique). Pour le Pacifique, la phase dure environ 15 ans. La variation de température de l'océan Atlantique est, elle, plus longue. Ces fluctuations sont purement naturelles et liées au mécanisme d’interaction entre l’océan et l’atmosphère."

Pas de "pause" mais toujours autant d'émission des gaz à effets de serre

Le doctorant insiste également sur la distinction entre variabilité interne et variabilité forcée du système (liée au forçage externe comme l’émission des gaz à effets de serre et les éruptions volcaniques). "Dans l’évolution climatique, on a toujours un mélange entre ces différents types d’influence. Le climat est un mélange de ces deux influences. Au cours du XXIème siècle, nous assisterons à une augmentation à long terme liée à l’émission des gaz à effet de serre. Le réchauffement sera modulé à la hausse ou à la baisse par des fluctuations naturelles. Le scénario d’émission actuel est très fort ! 3% par an, c’est énorme. Si l’évolution continue à travers celui-ci, les modulations deviendront de moins en moins importantes par rapport au changement de température qui arrivera à la fin du XXIème siècle."

Pour Laurent Terray, la "pause" actuelle n'est pas un mot très adapté dans le dossier du réchauffement climatique. "La température moyenne du globe varie depuis une quinzaine d’années mais sans augmenter de manière tendancielle, rappelle-t-il. Si on a de bons arguments pour expliquer cela, il faut aller regarder du côté des événements plus froids dans le Pacifique tropicale. Ces températures froides sont responsables du fait que les températures moyennes du globe n’ont pas augmenté depuis les années 2000. Ces modulations sont quelque chose d’évident mais les sceptiques sont ignorants de toute la littérature scientifique qui existe sur le sujet. Les convaincus et les sceptiques se renvoient juste la balle médiatiquement."

A Stockholm, un premier rapport de base
 
Même son de cloche du côté du climatologue de l'UCL Jean-Pascal van Ypersele de Strihou depuis Stockholm : "Les personnes qui mettent l’accent là-dessus tentent de détourner l’attention des médias sur le vrai sujet. Quand on parle de ce ralentissement depuis 1998, on oublie de préciser que 1998 était une année au cours de laquelle l’océan Pacifique était très, très chaud. On prévoit donc les tendances par la suite mais précisions bien que le climat est défini sur une période de trente ans."
 
Le rapport du Giec rendu ce matin n'est que la première phase d'une expertise. Une première phrase qui ne créé pas de révolution mais apporte plutôt une confirmation et un meilleur niveau de précision sur plusieurs facteurs, dont celui de l’influence de l’homme sur l’environnement.
 
Luigi Lattuca (st.)

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