Raids israéliens en Palestine: "Un châtiment collectif à visée politique"

Mercredi, de violents affrontement ont opposé Palestiniens et policiers à Jérusalem-Est occupé et annexé après l'enlèvement et le meurtre d'un adolescent palestinien de 17 ans dans "un acte de vengeance présumé". De nombreux blessés sont à déplorer. Dernières violences en date depuis l’enlèvement de trois jeunes Israéliens et leur meurtre en Cisjordanie.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de condamner l'enlèvement, comme il l'avait fait lui-même pour les trois jeunes Israéliens. Peu après, Benjamin Netanyahu a qualifié de "crime abominable " le meurtre de Mohammad Abou Khdeir, 16 ans.

Il y a quelques jours, après a découverte des corps des trois jeunes Israéliens, le Premier ministre Netanyahu avait déclaré qu’ "ils ont été kidnappés et assassinés de sang-froid par des animaux à la forme humaine. Le Hamas est responsable et le Hamas paiera".

La situation est donc très tendue. "Il y aura des intifada toutes les semaines, tous les mois tant que l’occupation durera. 47 ans que les gens vivent sous un règne militaire, humiliés, empêchés de vivre, de planifier un avenir… Il est évident qu’il y aura des formes de violences différentes selon les contextes", estime Leïla Chahid.

L’ambassadrice de Palestine dénonce la violence des colons israéliens. "Cela fait maintenant deux ans que les autorités israéliennes ont lâché la bride aux colons les plus extrémistes, armés, qui mènent une campagne qui s’appelle ‘Le prix à payer’, qui font des raids sur les villages palestiniens, qui brûlent, tuent, saccagent. Et ils ne sont jamais jugé ". Et d’ajouter : "Les colons sont dans certains cas des fascistes".

"Les colons sont en train de pendre leur vengeance"

Pour elle, ils sont responsables du meurtre du jeune Palestinien. Et le gouvernement israélien est responsable car il les laisse faire. "La veille de l’enlèvement du jeune Palestinien, on a vu la même voiture, filmée par les caméras. C’était un jeune garçon de six ans, ils l’ont arraché à sa mère et ce sont les passant qui ont couru derrière et tiré de nouveau le garçon hors de la voiture. Ils sont revenus le lendemain comme ils n’ont pas été arrêtés. (…) Cette violence elle n’est pas unique malheureusement. Et la société israélienne appelle, dans la presse, le gouvernement à reprendre les rênes du pouvoir répressif de la police et de l’Etat parce que les colons sont en train de prendre leur ‘vengeance’".

Leïla Chahid dénonce la violence impunie des colons qui dure depuis longtemps : "Il y a un an, le Conseil de l’Europe disait qu’il fallait mettre fin à la violence des colons. Il y a trois mois ils ont attaqué un village au sud de Naplouse et ce sont les habitants qui ont protégé les colons parce qu’ils allaient être lynchés par la population, parce qu’ils brûlent les oliviers".

Elle déplore la réaction du gouvernement israélien suite au meurtre des trois jeunes israéliens. "Le ministre de la Défense dit qu’il faut faire de nouvelles colonies et leur donner le nom des trois jeunes victimes".

"Le Hamas dit que ce n'est pas lui"

Le gouvernement israélien affirme que le Hamas est responsable du meurtre des trois adolescents. Comme l’affirmait à la RTBF l’ambassadeur israélien il y a quelques jours. Mais pour Leïla Chahid, ce n’est pas si clair. "C’est Israël qui le dit, le Hamas dit que ce n’est pas lui. Ils disent que ça aurait été légitime de kidnapper ces jeune pour les échanger contre des prisonniers. Mais ils disent que ce n’est pas eux. Et Israël n’a encore rien prouvé. Chaque fois que le Hamas fait quelque chose, ils revendiquent. Rappelez vous de Gilad Shalit. Le Hamas vient de signer un gouvernement de réconciliation. Ils n’ont pas intérêt à tout mettre en l’air".

Et l’ambassadrice dénonce la répression menée par Israël depuis l’enlèvement des trois jeunes. "Il ne faut pas fermer les yeux que depuis le 12 juin, les autorités israéliennes ont mené des raids dans les villages dans le nord de la Cisjordanie. Ils ont tué un jeune de 17 ans à Jénine, ils ont occupé des maisons à Naplouse. Ils savaient que c’était à Hébron – puisqu’ils ont diffusé l’enregistrement d’un des jeunes qui appelle les secours pour dire qu’il a été kidnappé, qu’il est entendu par les ravisseurs et que dans cet enregistrement, on entend qu’ils sont abattus. Pourquoi faire tous ces raids ? C’est un châtiment collectif qui a une visée politique. Le gouvernement israélien veut casser le gouvernement de réconciliation".

"Netanyahu veut casser la réconciliation"

Un gouvernement de réconciliation entre Hamas et l’OLP, Organisation de libération de la Palestine, dominée par le Fatah, qu’Israël a promis de boycotter. "Netanyahu a exigé qu’il mette fin à l’accord. Ça ne le regarde pas, nous on ne se mêle pas du gouvernement qu’il a mis en place, avec des partis racistes à l’égard des Palestiniens".

Leïla Chahid affirme que le gouvernement de réconciliation tiendra. "La réconciliation est une question stratégique pour les Palestiniens. Nous avons réussi, après sept ans de division, à réaliser l’union de notre peule sous l’égide de l’OLP, sous l’égide du président Abbas, qui négocie et qui veut mettre fin à ce conflit, pour que deux Etats puissent exister. Mais pour le faire il faudrait que M. Netanyahu soit vraiment un partenaire. Mais on a le sentiment que la tragédie de ses trois adolescents morts, le jeune homme mort hier et les 15 tués pendant les deux semaines de recherches des trois adolescents sera vraiment terrible si on n’arrive pas à comprendre que M. Netanyahu l’utilise pour casser la réconciliation".

Et de conclure : "Nous demanderons des comptes au Hamas s’il revendique les meurtres mais nous comprenons aussi qu’une occupation de 47 ans produit de la violence qui touche souvent des civils. Depuis 2000, 1511 enfants ont été tués en Palestine. C’est vous dire que les morts des deux côtés sont pareils".

Réécoutez Leïla Chahid au micro de Bertrand Henne :

J.C.

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