Rafael Correa (ex-président d'Equateur): "Vous êtes en train de créer une guerre civile au Venezuela"

Pas d'accalmie dans la crise au Venezuela. Une grande partie de la communauté internationale, les Etats-Unis, la plupart des Etats latino-américains et certains pays européens dont la Belgique soutiennent le président auto-proclamé, Juan Guaido. De son côté, le pays fait bloc derrière le président élu, mais très controversé, Nicolas Maduro. Rafael Correa ex-président de l'Equateur a fait partie des observateurs de l'élection qui s'est tenue en mai 2018. Il revendique aujourd'hui son soutien envers Nicolas Maduro, réprésentant de la gauche au Venezuela. 

Lorsqu'on lui demande pourquoi il soutient Nicolas Maduro, au contraire de la majeure partie de la communauté internationale, celui qui a dirigé l'Equateur entre 2007 et 2017 répond : "Celui qui a été élu dans une élection transparente est différent de celui qui est reconnu par les Etats-Unis." Un paradoxe pour l'ancien homme d'état équatorien : "Ce sont les Etats-Unis qui choississent le président d’un pays ? Qu’est-ce qui arrive, le monde est devenu fou ? C’est tout à fait contre l’histoire de l’Europe, contre le droit international."

"Le plus important est le soutien du peuple"

Rafael Correa pointe une indignation sélective des européens. "Quel plus grand attentat contre les droits de l’homme que le blocage contre le Venezuela ?", questionne-t-il. Pour rappel, ce sont la Russie et la Chine les plus fervent supporters du pouvoir de Maduro. Pour Rafael Correa, ce qu'il se passe actuellement dans le pays latino-américain est le contraire de la démocratie car ce qui compte n'est pas le soutien de tel ou tel pays, dit-il. "Ce qui est important, c’est le soutien du peuple, martèle l'ancien dirigeant qui réside désormais en Belgique. On ne peut pas imposer un président autoproclamé."


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À l'international, ce sont les modalités de l'élection de Nicolas Maduro qui interpellent. L'homme de gauche est soupçonné d'avoir organisé la répression des médias et de l'opposition afin de remporter l'élection. "Ceux qui ne veulent pas un gouvernement de gauche au Venezuela tournent le dos à Maduro car c’est un pays où il y a les plus grand geysers de pétrole au monde. Ils veulent simplement stopper l’influence de la Chine au Venezuela", rapporte Rafael Correa.

Plusieurs grandes puissances évoquent une "crise humanitaire" au Venezuela. C'est pour cette raison que les Etats-Unis ont proposé l'aide humanitaire à ce pays mais elle serait bloquée par le régime. Pour qualifier les faits, Rafael Correa évoque une "grande hypocrisie" et le terme crise humanitaire est, selon lui, exagéré car "les Etats-Unis viennent de mettre en place des sanctions contre le Venezuela". Ces sanctions coûtent plus de 20 milliards par an pour le pays, selon l'ex-président équatorien.

"Une guerre civile"

Alors aux grands maux les grands remèdes ? Pour contrer une fois pour toute le pouvoir de Maduro, le président américain Donald Trump serait-il capable d'envahir le Venezuela. Non, répond Rafael Correa. "Il va utiliser la Colombie ou le Brésil car sinon, cela serait trop meurtrier. Maduro a le soutien populaire, il y a une armée très patriote. Ils ne vont pas se laisser faire. Vous êtes en train de provoquer une guerre civile", affirme-t-il.

Mais alors pourquoi la situation de ce pays d'Amérique du Sud retient-elle l'attention de l'Europe et des Etats-Unis ? L'ancien chez d'état sud-américain a son analyse de la situation. "On a eu une crise très sévère à la fin du siècle en Equateur. Deux millions de personnes ont quitté le pays en très peu de temps et personne n’a rien dit. Parce que c’était le libéralisme, un gouvernement de droite. Il y a une crise au Venezuela à cause du blocage criminel et maintenant il faut intervenir, il faut de nouvelles élections, il faut la guerre pour la crise humanitaire." C'est donc selon lui la couleur politique du gouvernement de Maduro qui pose problème, plus que les modalités de son élection.

Concernant sa situation personnelle, Rafael Correa fait le point : "J’ai 21 procès criminel, il y a une répression terrible et personne ne dit rien. Il n’y a pas d’indépendance de la justice, ils ont pris le pouvoir de façon tout à fait inconstitutionnelle mais personne n’a rien dit." En attendant, son exil se poursuit dans nos frontières, en Belgique.

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