Qui vend encore des armes à l'Arabie saoudite?

Qui vend encore des armes à l'Arabie saoudite ?
Qui vend encore des armes à l'Arabie saoudite ? - © Tous droits réservés

Depuis la disparition et l'assassinat violent du journaliste Jamal Khashoggi, de plus en plus de voix s'élèvent pour que les pays occidentaux suspendent leurs ventes d'armes au Royaume d'Arabie saoudite. On fait le point sur les pays dont Ryad est encore le client.

L'Allemagne dit non

La première à avoir pris position sur la question est la chancelière allemande Angela Merkel: "Pour ce qui est des exportations d'armes, a-t-elle dit, elles ne peuvent pas avoir lieu dans les circonstances actuelles." Le 21 octobre,  Angela Merkel, a estimé qu'il n'était pas possible de procéder à des exportations d'armes vers l'Arabie saoudite vu les incertitudes autour de la mort du journaliste. 

L'Union européenne réclame une enquête transparente

L'Union européenne et ses 28 États membres insistent sur la nécessité d'une " enquête exhaustive, crédible et transparente, qui fasse la lumière de manière appropriée sur les circonstances du meurtre et qui assure que tous les responsables soient amenés à rendre des comptes ", mais ils ne sont pas allés jusqu'à appeler à l'ouverture d'une enquête internationale.

Extrait de la conférence de presse de Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement français), ce 24 octobre

La Grande Bretagne ferme les yeux

Le Secrétaire au Foreign office britannique, Jeremy Hunt, n'a pris aucun engagement concernant une éventuelle suspension des ventes d'armes à l'Arabie saoudite, soulignant que la relation entre ce pays et le Royaume-Uni était "stratégique". 
 

Donald Trump maintient


Aux États-Unis,  la réponse du président Donald Trump a été ambigüe. Le 20 octobre, il a répondu à des journalistes qu'il considérait l'explication saoudienne (sur la mort de Khassoghi) crédible et a déclaré: " Je crois que nous approchons de la solution d'un gros problème." Mais il a par la suite affirmé qu'il n'était pas satisfait  des explications saoudiennes.

Il a également réitéré qu'il n'était pas en faveur d'un arrêt des ventes d'armes à l'Arabie saoudite. Les Etats unis sont le premier exportateur mondial d'armement, avec un volume de 35% du total. Et L'Arabie saoudite est le deuxième importateur mondial, après l'Inde. Récemment, Donald Trump a conclu des contrats pour un montant d'un milliard de dollars avec Ryad.

La Belgique prise entre deux chaises

Dimanche, le ministre-président wallon Willy Borsus(MR) avait laissé entendre que la Wallonie pourrait cesser toute exportation d'armes vers l'Arabie saoudite à la suite de la mort violente du journaliste. Depuis, Willy Borsus a opéré une courbe rentrante. Il privilégie désromais la concertation au niveau européen dans ce dossier. Une position "tiède" aux yeux du Vice-premier et ministre de la coopération Alexander De Croo (Open-Vld), qui affirmait ce matin à la VRT : "Nous ne pouvons pas être la bouche de l'égoût de l'Europe sur le plan de l'austérité morale".

Pour Alexander de Croo, la Belgique devrait suivre l'exemple de l'Allemagne, et suspendre ses ventes d'armes vers l'Arabie saoudite tant que les circonstances de la mort de Jamal Khashoggi ne sont pas élucidées. Mais l'exportation étant une compétence régionale, le ministre flamand ne peut faire beaucoup plus que "tirer la manche de ses collègues régionaux."

Vente d'armes versus droits de l'homme

Les associations Amnesty International, la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie (CNAPD) et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) regrettent la décision de la Région wallonne et de son ministre-président, Willy Borsus, de se limiter à "examiner les futures demandes de licences d'armes avec la plus grande circonspection".

La semaine dernière, plus de 50.000 personnes ont signé une pétition lancée par Amnesty demandant à la Région wallonne de suspendre ses transferts d'armes à des pays responsables de violations du droit international humanitaire et des droits humains, comme l'Arabie saoudite.

Pour Amnesty,  la Région wallonne, qui est aussi l’actionnaire principal et unique de la FN Herstal, doit arrêter les exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite : "Toutes conditions pour arrêter l'exportation sont rassemblées, explique Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty Belgique." On est face à un pays qui viole massivement les droits humains. Il a aussi lancé un conflit terrible au Yémen. Et en plus de ça, ce pays a un rôle dans la région qui n’est pas toujours très clair, et certaines de leurs armes se retrouvent aux mains de Daech et d’autres groupes armés". Il est donc temps, selon Philippe Hensmans, que la Région wallonne cesse ses exportations. Il prend l’exemple de la Flandre, qui dit-il, a arrêté ses ventes d’armes envers l’Arabie Saoudite.

Pour Nico Cué, secrétaire général de la centrale des Métallos de la FGTB, c'est un non-sens :"Mr Hensmans dit que la Flandre ne vend plus d’armes à l’Arabie Saoudite, mais en fait elle vend encore des équipements destinés à une utilisation militaire. Il faut arrêter de taper sur la Wallonie avec des aberrations pareilles!".

Pour le syndicaliste, des embargos sont envisageables, mais seulement s’ils viennent de l’Europe: "Si on ne fait pas ça, on va simplement fermer les entreprises wallonnes, alors que l’Arabie saoudite sera encore approvisionnée en armes par d’autres biais. Alors que si on le fait au niveau européen, je suppose qu’il y aura des compensations pour l’ensemble de l’industrie de l’armement. Moi ce sont les travailleurs qui me préoccupent".

Le Davos du désert

Le Forum International sur l’investissement, ‘le Davos du Désert’, s’est ouvert ce matin à Riyad, en Arabie Saoudite. Un événement boycotté, en raison de cette affaire, par de nombreuses personnalités (notamment, la patronne du FMI, Christine Lagarde) et aussi des grands médias comme Bloomberg, CNN et le Financial Times. Du côté belge francophone, aucune entreprise n'est présente sur place. Ni l'Awex, l'agence wallonne à l'exportation, ni Invest Import-Export n'ont été invitées à y participer.

 La Wallonie continue pourtant d'entretenir des liens économiques avec l'Arabie Saoudite. Cela représente un pactole : 318 millions d'euros par an, dont 50% issus de vente d'armes.

Selon Dominique Delattre, responsable à l'Awex "La moitié des exportations wallonnes sont constituées de matériel militaire. 20% sont constituées de chimie et de produits pharmaceutiques, et enfin il y a les machines et équipements mécaniques, un secteur plutôt cyclique, avec des ventes parfois importantes, qui représentent 8% des exportations en 2017."

L'Awex a-t-elle changé d'attitude envers Riyad depuis que l'affaire Khasogghi a éclaté ?

"L'Awex est très attentive à l'évolution des choses, mais attend de voir comment la Communauté internationale va se positionner, tout comme le gouvernement belge, avant de déterminer le message délivré au travers des actions  collectives de l'Agence wallonne".

La Belgique, 1er fournisseur d’armes légères de la Cour

Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), l'Arabie saoudite, qui compte à peine 30 millions d’habitants, est donc aujourd’hui le deuxième plus gros importateur d’armements  au monde, avec des importations qui ont triplé en cinq ans.

Selon le SIPRI, 59 % des importations saoudiennes proviennent d’Europe. La Belgique occupe une place de choix. Notre royaume peut se targuer d’être le premier fournisseur européen de la Cour saoudienne pour une catégorie d’armes bien particulière : les armes légères et de petits calibres (ALPC), ainsi que leurs munitions. On parle ici de pistolets, de mitrailleuses, de fusils d’assaut, de lance-grenades, de lance-roquettes, d’armes antichars… une spécialité belge, et plus particulièrement wallonne.

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